SCÈNE IV
GOQUENETy RAYMOND, qui tire do sa poche un carnet et prend des notes sur la demande que Cécile rient de liii adresser.
GOQUENET, à part, pendant que Raymond achèTe d'écrire.
Du ministre lui-même 1... c'est lui qui vient d'arriver... et puisque sa sœur refuse jusqu'à présent de parler en ma faveur... si je profitais de l'occasion pour faire mes affaires moi-même... ça n'est pas défendu... et comme je ne suis pas censé le connaître, cela n'en fera que plus d'effet, (n
s'approche de la table, y prepd on journal, et salue Raymond qui lai rend
son salut.) Monsicur arrive, à ce que je vois?
RAYMOND
Oui, monsieur.
COQUENET.
Il vient peut-être de Paris?
RAYMOND
Oui, monsieur !...
COQUENET.
Je vous en fais mon compliment...
RAYMOND
• n n'y a pas de quoi...
COQUENET.
Si vraiment, si vous étiez hier à la Chambre !...
RAYMOND
J*y étais...
GOQUENET.
Vous pouvez VOUS vanter d'avoir entendu un fameux discours... celui qu'a prononcé le ministre et qui a tenu toute la séance... Quel homme, monsieur, que ce gaillard-là! comme il les a retournés, vers la fin surtout !...
RAYMOND
C'est l'endroit qui a excité le plus de murmures...
COQUENET.
Qu'est-ce que ça fait !...
EATMOND, se rapprochant de lai.
Âh ! cela ne vous fait rien?...
COQUENET.
Non, monsieur, cela n'empêche pas que ce ne soit un superhe discours... et un homme d'un talent immense, prodigieux... (atoo brusquerie.) Si VOUS ne pcnscz pas comme moi, tant pis pour vous... voilà mon opinion...
RAYMOND, souriant.
Que j'estime... (a part.). Surtout pour sa rareté !...
COQUENET, continuant avec chaleur.
C'est un homme d'Etat, celui-là... le seul que nous ayons... OU je ne m'y connais pas...
RATMOND, à part et de même.
Ma foi, il faut venir à Dieppe, pour entendre ces choseslà... (Haut.) On s'occupe donc de lui, en ce pays?
COQUENET.
Il y est adoré...
RAYMOND; h part et de même.
Ah bah !... Et le télégraphe qui ne m'en dit rien...
COQUENET.
On lui dresserait des statues...
RAYMOND, à part et de même.
Pour m'en jeter demain les débris à la tète... N'importe !
(Haut.) C'est une très-aimable ville que la vôtre, monsieur...
COQCENET.
Oui, l'air y est pur, la population éclairée, les fonctionnaires y sont très-bien... Nous venons, avant-hier, d*en perdre un très-estimé...
RATUOND.
Je le savais»
GOQUENET, à part.
Déjàl... (Haut.) C'est la nouvelle du pays... cela fait une place vacante... et Ton compte plusieurs concurrents...
RAYMOND
Je m*en doute... car moi, qui suis de Paris, et qui ne peux rien, j'ai déjà reçu une pétition à ce sujet...
GOQUENET.
On me l'a remise au moment où je descendais de voiture.
GOQUENET.
Vous m'avouerez que c'est d'une indiscrétion, pour ne pas dire plus !... et j'en suis f^ché pour notre endroit... (a part.) Ce ne peut être que Babourdin, le sous-directeur, le seul qui ait des chances... (Haut.) Du reste, je connais ici tout. le monde... ^t si vous me disiez le nom de l'individu qui devait être au bas de la demande ?
RAYMOND
Je ne l'ai pas lu... je n'ai pas achevé la pétition...
GOQUENET.
Franchement, vous avez bien fait... je me doute de qui cela peut être...
RAYMOND, riant.
D'un intrigant... d'abord... c'est ce quei'ai pensé.
GOQUENET.
Rt vous avez eu raison.
54 COMÉDIKS — DRAMES
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RAYMOND
Cela ne m'empêchera pas cependant de voir... d'examiner... de prendre des renseignements... Et vous, monsieur, qui êtes de cette ville...
COQUENET.
Voilà quinze ans que je n'en suis sorti...
RAYMOND
Vous qui me paraissez un citoyen estimable, et en Topinion duquel on peut avoir confiance...
COQUENET.
Vous me faites trop d*honneur...
RAYMOND
Dites-moi, puisque vous semblez connaître ce candidat, si c'est un homme capable... un homme de talent?...
COQUENET.
Ehleh!
RAYMOND
iouiMl de quelque estime*., de quelque considération ?
COQUENET.
Ehleh!
RAYMOND
Cest donc, sous tous les rapports, la médiocrité %t la nullité même?...
COQUENET, de même.
Eh t eh 1...
RAYMOND
Vous y mettez une discrétion et une délicatesse que j'apprécie... VOUS n'osez me dire que ce choix n'est pas convenable?...
COQUENET.
Franchement... il y a mieux que cela à choisir... et pour peu que l'on ne se presse pas et qu'on attende...
RAYMOND
Je vous remercie, monsieur... Sans avoir d'action directe dans cette affaire... il se peut que je sois consulté, que Ton demande mon avis, et alors, je me souviendrai de celui que vous avez eu robligeance de me donner.
(u 8ala0 Coqnenet et tort.)