‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 40 sur 150 · BELLEAU, LE VICOMTE, COQUENET · texte numérisé non relu

BELLEAU, LE VICOMTE, COQUENET

COQUENET, allant à lui et lui donnant la main.

Bravo ! jeune homme, bravo I une noble conduite qui vous fera honneur près des dames... toutes celles de la ville raffolent déjà -de vous, à ce que m'a dit madame Coquenet, et vous aurez encore plus de succès ici qu'à Paris !...

LE VICOMTE

Encore un à qui on ne l'ôtera pas de l'idée !

COQUENET.

Voyez-vous, ce qu'on estime le plus en province, c'est la discrétion !... peut-être, parce qu'elle y est plus rare qu'ailleurs.

Mais, monsieur...

COQUENET.

Et puis, non-seulement c'est généreux... mais c'est adroit... Aussi, vous y gagnerez... car on gagne toujours à se bien conduire... et si vous étiez convenu de la moindre chose..* vous étiez perdu.

LE VICOMTE

Comment cela, s'il vous plait?...

COQUENET.

A cause du ministre 1... qui eût été furieux... On ne se laisse pas impunément enlever une si jolie maîtresse.

LE VICOMTE, étonné et regardant BeUean, qui, de la tète, lui fait signe

que oui.

G*estla maîtresse du ministre?...

COQUENET.

Qui n'eût jamais accordé à un rival la place qu'il vous a promise... tandis que maintenant, et en récompense...

LE VICOMTE

Quoi, monsieur I... vous pourriez croire...

COQUENET.

Ce n'est pas moi qui le dis... ce sont ces messieurs vos amis intimes... qui prétendent que, d'ordinaire, vous ne défendez pas la réputation des dames... au contraire... mais cpie, dans l'occasion.. . et pour faire son chemin, on peut déroger, une fois par hasard, à ses principes.

LE VICOMTE

Mais c'est une infamie!... Moi, capable d'un mensonge, d'une bassesse, pour flatter un ministre, pour obtenir une place... Je suis donc, à leurs yeux, un indigne, un misérable... C'est pour cela que, tout à l'heure, Derviôre a détourné la tête, et ne m'a pas salué...

COQUENET.

Allons donc I vous vous trompez.

LE VICOMTE

Non, non... et je lui en demanderai raison... Mais apprenez-moi tout... racontez-moi ce qu'ils ont dit...

COQUENET.

Rien que d'inoffensif et de tout naturel... ils prétendent que, maintenant; vous voilà ministériel, et qu'avant trois mois, vous serez secrétaire d'ambassade... grâce à ce désaveu...

LE VICOMTE

Que je regrette maintenant... Oui, j'ai eu tort... c'est ma faute... et pour un rien, je dirais que c'est vrai...

BELLEAU

Dame !... si c'est vrai, dites-le !...

Et non ! morbleu I cela n'est pas I...

COQUENET, froidement.

Alors, ne le dites pas, et ça reviendra au même 1 car maintenant, que vous le disiez ou non, ce sera exactement la même chose.

LE VICOMTE

Eh ! monsieur, vous me feriez damner, et si vous n'étiez pas un homme respectable... c'est à vous d'abord que je m'adresserais,..

COQUENET, effrayé.

Par exemple!...

LE VICOMTE, le rassurant.

Eh non!... je sais bien que ce n'est pas votre faute, que vous êtes innocent de tout ceci... Mais enfin, je ne sais plas que dire, ni que faire... je n'oserai plus défendre cette jeune personne... Et d'un autre côté, cependant, et de peur de paraître ministériel, je ne peux pas trahir ma conscience et la vérité...

COQUENET.

Silence ! voici le ministre...

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