‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 49 sur 150 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

Mme J)£; SAV ENAY, paraissant à la porte du foad ; CÉCILE,

sortant de l'appartement à droite.

CÉCILE, avec inquiétude.

Eh bien! madame... quelles nouvelles?

M"^« DE SAVENAY

Mauvaises 1... ce combat a eu lieu I...

CÉCILE

C'est fait de moi!...

^rne jy^ SAVENAY.

J'ignore les détails... mais il paraît que M. de Saint- André est intervenu dans Taffaire, et que quelqu*un a été blessé... très-légèrement, il est vrai I... N'importe... Téclat est toujours le même... et après un tel événement, malgré tous mes efforts pour vous défendre... et môme pour vous croire...

CÉCILE

Quoi! madame!.,.

M"® DE SAVENAY

Tenez, Cécile, ne faisons pas de phrases et parlons franchement. H y a encore un moyen de vous sauver, et notre parenté... quoique éloignée... l'intérêt que je vous porte,

les calomnies même dont j'ai été Tobjet et qu'il est urgent de dissiper... tout me faisait un devoir de tenter un dernier effort aa votre faveur.

CECILE, avec impatience.

Permettez-moi seulement,.^ .

M°*« DE SAVENAT.

Écoutez-moi, d'abord, vous me répondrez après... ou plutôt il n'y a rien à répondre. M. le marquis de Sommerville, le pair de France, l'oncle du vicomte de Saint- André, arrivait aujourd'hui à Dieppe pour sa santé... et vous jugez de son indignation en apprenant la conduite de son neveu... carie marquis est religieux et moral)... Je l'ai beaucoup connu autrefois!... beaucoup... et entre gens dé qualité, on s'entend aisément, on parle la môme langue. Il a compris comme moi qu'un mariage était indispensable... il se charge d'y décider son neveu... son seul héritier...

CÉCILE, de même.

Mais, madame...

M"^® DE SAVENAY

Il cherchait pour lui un riche parti... car le vicomte est sans fortune... la vôtre est fort belle... la famille consent... moi aussi...

CECILE, ne se contenant plas.

Et moi, madame... je refuse I

M™® DE SAVENAY

Après ce qui s'est passé !...

CÉCILE

Mais il ne s'est rien passé... et puisque vous daignez, ditesvous, me porter quelque intérêt... quelque amitié... je vous en demande une preuve... la plus grande de toutes... emmenez-moi, partons d'ici.

M™® DE SAVENAY

Eh! que ne dira-t-on pas?...

CÉCILE

Tout ce qu'on voudra... pourvu que je parte... que je m'éloigne...

M"« DE SAVENAT.

Il y a dans cette résolution subite quelque nouveau mystère.

CÉCILE

Aucun, madame.

M"« DE SAVENAT.

Si, mademoiselle!... et comme je ne veux pas, encore à mon insu, jouer un rôle indigne de moi... j'entends que vous n'ayez plus ni secrets ni restrictions. D me semble d'ailleurs, qu'après tout ce que j'ai fait pour vous... j'ai quelques droits à votre confiance... parlez, et je consens à vos demandes... je vous emmène à l'instant môme.

CÉCILE, arec impatience et douleur.

Mais que voulez- vous que je vous dise?... je n'ai rien à vous avouer.

M"*® DE SAVENAT.

Quoi) M. de Saint- André?...

CÉCILE

Je ne le connaissais pas ; je l'ai vu hier pour la première fois ; je n'y ai donc jamais pensé.

M°?* DE SAVENAT.

Ainsi, vous n'avez jamais aimé... vous n'aimez personne... vous me le jurez devant Dieu!...

CÉCILE, avec embarrafl.

Ah ! madame... •

M"*^ DE SAVENAT, vivement.

C'est donc vrai!...

CÉCILE, vivement.

Ah I le ciel m'est témoin que c'est dans ce moment seulement que je vois clair dans mon cœur...

M"* DE SAVENAY

A la bonne heure, au moins... voilà parler... pourquoi ne pas ravoir fail plus tôt ?...

Mais c'est que plus tôt, je ne pouvais me rendre compte des sentiments que j^éprouvais !... il me semblait que c'était de l'amitié, de la reconnaissance... pas autre chose... et cependant, me défiant de moi-même... je cherchais à combattre... à éloigner ces idées... j'y avais réussi, je consentais à me marier... je m'efforçais d'aimer celui qu'on me destinait... Mais quand j'ai vu que celui-là aussi, que tout le monde, que vous-même... vous m'abandonniez!... qu'une seule personne osait me défendre, me protéger et exposer son honneur pour sauver le mien !... alors, que vous diraije ?... pénétrée d'estime, d* admiration, de tendresse... j'ai compris ce que j'éprouvais pour luil... et loin d'en rougir, il me semblait que cela lui était dû... que j'en étais fièrel... Voilà mon crime... si c'en est un... et c'est à vous seule que

je l'aurai confié, madame... (a demi-voix et avec expression.) Je

l'aime!...

M"® DE SAVENAV.

Lui! Raymond!...

CÉCILE

Le plus noble... le plus généreux des hommes!...

M"'* DE SAVENAT.

Ce qui ne l'a pas empêché de séduire une jeune personne confiée à sa garde et à la mienne. .

CÉCILE

Non, madame... il ignore ce que je viens de vous confier...

M"« DE SAVENAT.

Allons donc I...

11 ne s'en doute même pas... il ne le saura jamais... et la L — lY. 8

'Il I 11 II I I I ii.i . m ■ ■ Il I I

preuve, c'est que je vous supplie de m'emmener avec vous... de partir à Tinstant même...

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