‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 4)Chapitre 51 sur 150 · COQUENET, M'»^ DE SAVENAY, CÉCILE, RAYMOND · texte numérisé non relu

COQUENET, M'»^ DE SAVENAY, CÉCILE, RAYMOND

RAYMOND

Partir!... et pourquoi donc?...

CÉCILE

Mais tout ce qui arrive... tous ces bruits effrayants I...

RAYMOND, souriant.

Tout va à merveille .. je suis accouru avec M. de Saint- André juste au moment où le combat commençait... Impossible de faire entendre raison aux deux adversaires... et c'est en me jetant entre eux que j'ai reçu cette égralignure,

LA CALOMNIE {y*

(Montrant sa main enveloppée d'un morceau de taffetas noir.) SÔUle

goutte de sang qui ait coulé dans cetto mémorable affaire...

lime j)E SAVENAY.

On prétendait que M. de Saint-André était blessé...

Et très-dangereusement...

COQUENET.

C'est Bellcau, le garçon de bains, qui m'a dit le tenir d'un témoin oculaire...

RAYMOND, a Et voilà justement comme on écrit l'histoire î » Croyez donc, après cela, aux récits des grandes batailles!... Du reste, après la guerre... la paix!... elle vient d'être signée... M. de Saint-André et moi, nous avons donné à Lucien des raisons si claires, si évidentes, si positives... que celuici a tendu la main à son adversaire...

COQUENET.

En vérité!...

(il ra s'asseoir près de la table à gauche, et j reste à lire les journaux

jusqu'à la fin de la scène.)

RAYMOND, à Cécile.

Maintenant... comme je te l'avais promis... plus de soupçons... ils sont tous dissipés... Lucien va venir réclamer de loi cette main qui lui appartient... pour laquelle il a combattu... et tout à l'heure, à table, devant notre brillante société de Dieppe et de Paris, nous annoncerons officiellement votre mariage...

CECILE, arec embarras.

Non.'.-, non... monsieur, je vous prie I

RAYMOND

Qu'est-ce à dire ?

Je suis heureuse,., que M. Lucien me rende justice...

quelque tardive qu'elle soit... Mais celui qui a pu me soupçonner... m accuser...

RAYMOND

Allons, allons... nous sommes tous sujets à Terreur... et par son caractère... lui plus qu'un autre peut-être !... Mais n'oublie pas que, même te croyant coupable, il t'aimait toujours, te défendait et se battait pour toi !... moyen qui devait le compromettre plus encore, mais qui, enfin, est une preuve, sinon de sa raison^ au moins de sa tendresse.

CÉCILE

Oui, monsieur... mais hier encore, vous m'avez laissée libre de mon choix...

RAYMOND

Hier, sans doute, sur un mot de toi, j'aurais tout rompu. Mais aujourd'hui, mon enfant, ce n'est plus possible... l'éclat de ce duel, les bruits qui l'ont précédé... ont rendu ce mariage nécessaire... indispensable... et pour toi, Cécile, pour ton honneur... je te le demande... je t'en supplie, au nom de la raison... au nom de l'amitié...

CÉCILE, hésitant.

Ah ! monsieur...

RAYMOND

Ton père m'a remis ses droits... tu le sais... et s'il était là... il te dirait lui-même : « Il le faut, ma fille, je l'exige! »

CÉCILE, à demi- voix, à M™® de Sarenay.

Vous l'entendez, madame!... v6usavais-je dit la vérité?...

M^e DE SAVENAY, à Raymond.

Mais cependant, monsieur, s'il était des obstacles...

* CÉCILE, Tivement et à voix basse, à M'^^ de Sarenay.

Silence... au nom du ciel... (Haut.) Dès que vous le voulez, monsieur... et quoi qu'il m'en coûte... j'obéirai... je ne partirai pas. (a coquenet.) Merci, monsieur, de vos soins, de

VOS bons offices... que je n'oublierai jamais, (a m"* de Savenaj.) Venez, madame.

(Elle «oit, eyec M"^® de Sayonay, par la porte à droite.)

Page 1