‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 14 sur 115 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

LOUISE, en négligé du matin, asiiee auprès i» U toilette, et la tête appuyée sur sa main; SALSBAGHa entr'ourrant la porte A gauche.

.SÀLS6ACH.

Peut-on entrer chez la inariée ? (Louise ne l'entend pas ; il entre, et Tenant auprès d'elle, il répète encore.) Peut-On entrer

■chez la mariée t

LOUISE, ^e levant.

Ah ! c'est vous, monsieur Salsbach.

SALSBACH.

Pardon de me présenter ainsi. Vous n'avez paru ni au déjeuner, ni au dîner ; et j'étais impatient de savoir des nouvelles de madame la harofnne^ car vous voilà baronne maiiitenfait;'et;la ^Bbère tante a beau dire, c'est uni titre assez agréable,

JLOUISE.

Que Ton ne me donnera plus dès ce soir, je l'-espère.

40 OOMéDIES-YAUDEVILLES

SALSBACH.

Pourquoi donc? c'est indélébile, impérissable; quand on a été baronne, nd fût-ce qu'un quart d'heure, il n'y a plus de raison pour que ça finisse.

LOUISE

Peu m'importe, je n'y tiens pas, pourvu que la séparation soit prononcée aujourd'hui même.

SALSBACH, à part.

Nous y voilà.

ÀlB de Une heure de mariage.

A se rapprocher tous les deux Gomment pourrai-je les contraindre ?

LOUISE, l'obMrrant.

Mais vous paraissez soucieux.

Avons-nous quelque obstacle à craindre ?

SALSBACH.

Non, non, madame.

(a part.)

Aucun encor !

(Hfiat.) Vous êtes, sans qu'on vous y force, Tous deux parfaitement d'accord; C'est ce qu'il faut pour un divorce.

Vous ne l'avez pas vu depuis hier soir ?

LOUISE

Non, sans doute»

SALSBACH, à part.

Ni moi non plus, (Haut.) Je viens de le rencontrer tout à l'heure ; il paraît qu'il voudrait vous parler.

LOUISE, effrajée.

A moi!

LOUISE OU hk RÉPARATION 41

SALSBACH.

Oui, il m*a chargé de vous demander un moment d'entretien, (a part.) Il se pendrait plutôt que d*y songer.

LOUISE

Que me dites-vous là ? Ah ! mon Dieu 1 cette idée me rend toute tremblante.

SALSBACH.

Eh bien, eh bien, pourquoi donc? est-ce que je ne suis pas là ? Certainement, je ne vous conseillerai jamais d'aimer votre mari, le ciel m'en préserve ! mais cela n'empêche pas de l'écouter ; si ce n'est pas pour vous, c'est peutêtre pour d'autres, pour le monde, pour l'honneur de la famille.

LOUISE, arec calme et résolatioii.

Monsieur Salsbach, je n'ai pas votre expérience : je connais peu ce monde dont vous me parlez, et qui m'a punie autrefois de la faute d'un autre. On m'a dit que, pour le satisfaire, il fallait un mariage, une réparation ; et quoique j'eusse de la peine à comprendre qu'il fût au pouvoir de quelqu'un que je n'estime pas de me rendre l'honneur, quand c'était lui qui s'était déshonoré, j'ai obéi, j'ai consenti à ce mariage, à condition qu'il serait rompu sur-lechamp ; et maintenant, c'est moi qui crois de ma dignité, de mon honneur, de réclamer cette séparation. Ma tante m'a fait demander pour ce sujet. Monsieur Salsbach, souffrez que je passe chez elle.

(Elle salue et sort.)

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