NANINE
Maman, ce n'est pas ma faute... vous avez voulu faire une grande toilette.
M™* SABATIER
Pas d'observations!... (En s'adressent A Lacerai.) Monsieur, ne pourriez-vous pas nous faire entrer par faveur ?
LUGBVAL.
Je n'ai point ce crédit-là, madame, je ne suis ni juré, ni magistrat... je suis simplement avocat stagiaire.
M™° SABATIER
C'est dommage... car je n'aime point à être derrière les autres... Je viens ici chercher des émotions fortes pour ma
LA COUR d'assises 81
santé... il m'en faut absolument... Vous me direz : on en trouve à la Galté, à V Ambigu..,
AIR : Elle a trahi ses serments et sa foi.
G*est un tissu de charmantes horreurs; Chaque théâtre offre les mêmes pièces...
Ce sont partout des bandits, des chauffeurs Et des Toleurs de toutes les espèces.
LUGEVAL.
Voilà pourquoi le public, maintenant.
Craint a bon droit d'y porter son argent.
M"»« SABATIER
Mais je l'éprouve, cela ne suffit pas... la fiction ne vaut pas la réalité... la réflexion détruit l'effet. Au théâtre, vous ii*avez que des coupables de convention, des scélérats â tant par soirée... c'est un état... c*est presque toujours la même figure qui représente tous les crimes... M. Beauvallet ou M. Marty.,. et une fois qu'on les connaît, adieu Tillusion... Ici, le drame est bien plus énergique... c'est une suite de sensations qui déchirent Tâme d'une manière délicieuse.
LUCEVAL
Je conçois... (Montrant Nanine.) C'est votre fille qui vous accompagne ?
M™« SABATIER
Oui, monsieur... A son âge, il ne serait pas convenable qu'elle restât seule à la maison... aussi je l'emmène partout avec moi.
LUCEVAL
J'applaudis à votre prudence... mais, entre nous, vous pourriez la conduire à meilleure école.
AIR : T'en souviens-tu.
Quand le coupable, abjurant l'espérance, Entend sonner l'heure du jugement,
$2 GOMÉDIBS-VAnDEVILLES
Pâle, abatto, dans un affrevx silence.
C'est un spectacle horrible et déchirant...
Il peut flétrir un cœur encor novice.
Ne montrcMis pas à des yeax kigénas Le châtiment qui doit frapper le vice, Mais la couronne assurée aux vertus.
M"^^ SIBATUSR.
Gela peut ôtre vrai, monsieur... mais uoe fille ne risque jamais rien avec sa mère.
NA.NINE, à part, vtgaréBat dbof 1« coolisse.
Je crois que fai aperçn M. Théophile!... Comme le cœur me bat !
M™* SABATIBII.
Viens avec moi... Il faut essayer d^acheter une place en tête de la queue.
(iM€9féi fl*él«igiM' «a nooMot et «a canser avec un aroeot qui passe dans
lesgateriM.)
M"** 6IR0UX
Eh î c'est M"*® Sabatierî une bourgeoise de notre rue.
(a une femme qui se troure è côté d'elle.) Ma VOlsine, gardez-moi
ma place... (au gendarme.) Gendarme, on me garde ma placé.
M™« SABATIER
Comment! vous ici, M"»* Giroux?
M"*® GIROUX
Prête à vous servir, madame, si j*en étais capable : madame est-elle contente de la rampe en fer que mon mari a eu Thonneur de poser à son escalier? Il vous a fait attendre... mais nous sommes si occupés!
M™« SABATIER
Ce qui ne vous empêche pas de passer ici votre matinée.
M"*® GIROUX
Je n^aurais pas voulu pour tout au monde manquer la séance... Je n*en manque jamais une... Aussi, dès ce matin, j'ai dit à mon honmie que j'allais passer la journée chez
LA COUR b'assisrs 83
ma cousiae, qui demeure à la montagne Sainte -Geneviève.
M"** SABATIER
Et vous n'y êtes pas allée...
M™® GIROUX
C'était un prétexte pour venir ici... Il faut bien que les femmes aient un peu de bon temps... J'ai laissé à la maison mon mari, qui enrage de ne pouvoir venir. Ce sera si intéressant !
M™* SABATIER
Vraiment !
Nous avons d'abord une affaire de fausses clefs... Ce ne sera pas grand'chose...
. M^^^ SABATIBA.
Ëasuile?
M™« GIROUX
Une cause d'outrage à la pudeur.
M"*® SABATIER
Ah I mon Dieu ! je suis bien fâchée d'avoir amené ma ûlle...
M"® GIROUX
Cela se plaide à huis clos...
M"'<' SABATIER, entre les denU.
Quel dommage 1
M"*® GIROUX
C'est ce que je dis ; les détails ne sont que pour le tribunal... Les magistrats sont toujours favorisés... Enfin nous aurons l'affaire de M. Germeuil, un voleur de bon genre , qui habite la Chaussée d'Anlin.
M°*® SABATIER
Vraiment !
84 COMÉDIKS-VAUDEVILI.FS
M™* GIROUX
Oui... il paraît même qu'il n'est pas le seul dans ce quartier-là ; mais c'est le premier que Ton prenne : il y a commencement atout.
M"^° SABATIER, cherchant à se rappeler.
Germeuil 1 n'est-ce pas ce jeune homme qui volait l'été dernier dans les maisons de campagne?
M'"° GIROUX
Précisément ! un parliculier très connu...
M°"® SABATIER
Qui est, dit-on, très-riche.
M"® GIROUX
Il trouvait peut-être qu'il ne l'était pas encore assez.
M^^ SABATIER
Et nous qui l'avons rencontré l'été dernier au bal de Saint- Mandé!
AIR : Ah ! si madame me voyait. (Romagnesi.)
Ah ! comme l'on est exposé !
Avec lui tu dansas, ma fille ; 11 te trouvait même gentille, Car avec lui moi j'ai causé, Moi-même avec lui j*ai causé.
M"® GIROUX
Il vous a pris quelque chose peut-être?
M"^* SABATIER
Non... mais, par l'ombre favorisé,
Il pouvait... Ahl dans un bal champêtre,
Voyez comme on est exposé !
Ah ! comme l'on est exposé !
Toute la Chaussée d'Antin y sera... et vous verrez quel coup d'œil... C'est une affaire à toques et à marabouts... presque pas de bonnets ronds.
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