SCÈNE IV
ZOÉ; PIERRE, auli.
ZOÉ, à part.
Cte petite bête! Ce vilain régisseur!... Voilà pourtant comme ils me traitent tous ! (Regardant Pierre.) Excepté Pierre ; lui, au moins, ne me dit pas de choses désagréables. 11
Scribe. -— OEurres complète». 1I"»« Série. — aO™o Vol. — 13
GOMEDIES-VAUDKVILLES
est vrai qu'il ne me parle jamais, (te regwdam avec pii» d'attention.) Je VOUS demande, dans ce moment-ci, par exemple, à quoi il peut penser; si toutefois il pense. Si c'était... (Haut et «'approchant un peu.) Monsicur Pierre...
PIBRRE, d*an air Indifférent.
Ah! vous êtes encore là, Zoé?
ZOÉ, À part.
Gomme c'est aimable! (awt.) Oui, Vou? avez Tair tout drôle... (s'approchant de lui tout â fait.) A quoi que vous pensez donc comme ça?
PIBIiRB.
Ah! dame ! je pensais au cabaret de la mère Michaud, où j'ai déjeuné à c'matin.
ZOÉ, soupirant.
Joli sujet de réflexions !
PIERRE
Figurez-vous qu'ils étaient là une douzaine à me corner aux oreilles : « Pourquoi que tu ne te maries pas, grand imbécile? Au lieu de vivre seul, comme un grigou. Que diable ! tu as des écus ; tu es ton maître. Tu pourrais faire le bonheur d'une honnête fille. ï»
ZOE.
Ahl ça, il y a longtemps que je vous le conseille.
PIERRE, se lerant, et s'approchant de Zoé.
C'est bien aussi mon intention; et dès que j'aurai la ferme des Viviers, je prendrai une femme; je signerai les deux baux en même temps.
ZOÉ
Vous n'avez pas besoin d'attendre.
PIERRE
Si fait; afm de pouvoir dire à ma prétendue: « Voilà, vingt-cinq ans, un bon enfant, quarante setiers de terre
première qualité, physique idem, et quelques sacs de côté, pour acheter des dcnieJles et des croix d'or à madame Rousselet. ■ C'est à prendre ou à laisser, D'aiUeur», c'çsl voua qui m'avez (ait songer à c'te ferme.
C'est vrai; mais ça ne doit pas vous empêcher de faire un choix, parce que, pendant que voua vous consultez, les jeunes filles se marient, et si vous tardez comme çaK..
Vous q' pourrez placer, j' gage, Vot' caur ni votre argeai; Car dans notre village, Tout'3 les flU's, on les prend...
El ja plaint vot' dettin...
Ch» voua i'n la fortune. Et l'bonheur chez l' voisin!
C'qu'elle dit là est assez juste. Il n'y a déjà pas tant d'Allés dans le pays. U y a disette.
Oh! on en trouve encore, en cherchant bien.
PIERRE, d'un sir ds dsnle.
Hum! voyoûs, Zoé... vous qui me connaîsaea d'enlance qui est-ce qui pourrait me convenir?
ZOE, litnidsineiit*
Dame! dut voir. Il vous liut quelqu'un d'aimable, de gentil...
PtEKHE.
Oui, qui me fasse honneur.
Quelqu'un qui ne tous taquine jamais; parce que vous Hes vif, sans que ^ paraisse.
PlEaKE, <-u lir tnM[ûl]*.
Très-TÏf.
Une bonne pelile femme qui tous aime bien.
Et qui ne m'attnpe pas.
Bien mieux : qui vous empêche d'être attrapé ; car a êtes un peu simple.
Oh! j'ai l'air comme ça; mais j'suis fùlé, sans qu'ça paraisse... (Gknckiat.) Ah! dites donc, la grande Harianoe?
Ohl non. Ësl-ce que vous la trouvez jolie, la~^ grande Marianne 1
Hais...
ZOÉ
Je ne trouve pas, moi. ELe est maigre el sèche... C'est VTai qu'elle n'est pas si bien que Catherine Bazu,
ZOÉ, d'an lit ■pprobllif.
Ah! voilà une jolie fille.
N'est-ce pas?
Hais elle est coquette.
zoÊ OU l'amant prêté 221
Catherine Bazu!
ZOÉ
Ah! elle est coquette... Il n'y a qu'à lavoir les dimanches, elle se pavane, elle fait la belle, sans compter qu'elle change de danseur à chaque îustant.
PIERRE
Ah! si elle change de danseur... il n'y aurait pas ce danger-là avec Babet Leroux?
ZOÉ
Oh! oui, la pauvre enfant! elle est si douce! et puis elle ne peut pas danser.
PIERRE
C'est vrai, elle boite; cependant, quand elle est assise, ça ne paraît pas... Nous avons la grosse Gothon?
ZOÉ
Une mauvaise langue.
PIERRE
Claudine?
ZOÉ
Plus vieille que vous.
PIERRE
Fanchette?
ZOÉ
Elle épouse Jean-Louis.
PIERRE, se grattant l'oreUle.
Diable ! voilà tout le village. Je n'en vois plus d'autres.
ZOÉ, à part.
Ah ! mon Dieu ! il est donc aveugle !
PIERRE
A moins de prendre dans les mamans, (comme frappé d'une Idée.) Ah! que je suis bête ! Je n'y pensais pas.
ZOÉ, àrdc joie.
L'y voilà enfin.
PIEBRE.
Il n'y en a plus ici...
Arn dtt VAud<iTin« de tÉcH de tùs fMnc».
Mais c'est demain, V*là taon affaire, Jour de marché.
ZOÉ
Qu'est-c* que ça Fra?
PIERRE
Do tous les environs, j'espère, Il en viendra... je serai là.
Étant r premier sur leur passage, Je serai bien sûr do saisir Leur coeur...
ZOÉ
A moins qu'avant d* partir Ëll's n' l'aient laissé dans leur village ; A moins pourtant qu'avant d' partir^ EU's n' l'aient laissé dans leur village !
PIERRE
C'est encore possible. Il y a des amoureux comme ici, peut-être plus... (Regardant yers la gattdiiSi) Msis v'ià ift Compagnie qui sort de table, car je la vois dans les jardins. J'vas vite trouver le régisseur, pour qu'il me fasse pc^rler à M. d'Auberive. Sans adieu, ma petite Zoé... (En s'en aUant.) si je trouve ce qu'il me faut, il y aura un cadeau de noce pour vous.
(il dlfepèralt dans le bosqaet.)
SOB>fE V.
ZOË, seule, le suivant des yeux.
Esl-ce impatientant 1 Dire qu'il songé à tout le hiôhde, excepté à moi. (s'essuyant les yeax.) Et il me demande cohâôil
zoé ou i/amant prêté 22S
encore 1 Moi qui l'aime depuis si longtemps, et de si bon cœur ! Mais voilà ce que c'est, personne ne fait attention à Zoé, la petite jardinière, personne ne lui fait la cour I et ces vilains hommes ne désirent jamais que ce que les autres veulent avoir.
J' ne suis pourtant pas mal, , Hais c'est comm' ta, quand o Et vous toutes, vous que je ïois Me traiter avec arrogance, J'aurais bionlôt, soit dii aans me louer, Vingt amoureux comme les vôtres.. .
Si quelqu'un voulait s' dévouer Pour encourager les autres.
(Ella reB«rJ« va» I. g.uchfl.)
Ah! mon Dieu! v'ià toute la société qui vient par ici et mes fleurs qui ne sont pas prêtes I Tant pis, je n'ai plus de cœur à rien.
ernestine:, Alphonse, .onant d» i^mo, t gauche: plusieurs Jeunes Gens àet dem leiai ; ZOË, d>aa ]« paviilnn.
Des derniers jours d'i H4loDS~nous de jouir ; Déjà le vent résonne.
Et l'hiver va venir,..
Ainsi, dans le jeune Age, Proritous des instants; Le plaisir est volage.
Et dure peu de temps.
2i4 COIIÉDIKS-VAUDBVILLKS
Des derniers jours d'automne, elc.
(Los jeanM fens lnTitent les dames à s'asssoir sar les chaises qui se
troaTenl daas la bosqaet.)
EBXBSTIXE.
Eh bienl mes bonnes amies, que faisons-nous ce matin
ALPHONSE
Faut-il aller chercher les châles, les ombrelles ?
UNE JEUNE PERSONNE, è la droita d'Brnastine.
On avait parlé d'unt> promenade à cheval. Qu'en dis- tu, Emestine?
KANEbTIN'E.
Oh! non. Je ne connais rien db plus maussade...
ALPHONSE, souriant.
C*est pourtant vous qui Taviez proposée.
ERNESTINE, sèehemsiit.
C*est possible, monsieur. Mais mon père souffre un peu de sa goutte... Il ne quittera pas le salon, et je ne puis m'éloigner.
TOUS
C'est juste.