‹ Œuvres complètes de Eugène Scribe (volume 5)Chapitre 90 sur 115 · SCENE XI. PIERRE, ANDRÉ, ZOÉ · texte numérisé non relu

SCENE XI. PIERRE, ANDRÉ, ZOÉ

PIERRE, à André qui tient des lettres è la main.

Qu'est-ce que tu veux? qu'est-ce que tu demandes?

ANDRÉ

Ce n'est pas vous, c'est mam*zelle Zoé, un paquet de lettres que je rapporte pour elle de chez le notaire.

(n donne les lettHt & tué.) PIERRE.

C'est bon; va-t'en (André s'en ra.) Des lettres, un notaire; qu'est-ce que cela veut dire?

zoé.

Je n'y comprends rien ; on ne m'écrit jamais, et pour bonnes raisons... Mais voua, monsieur Pien^e, qui savez lire?...

(Elle lui donne les lettres.) PIERRE, les prenant.

Avec plaisir; c'est mon fort, la lecture : le reste, je ne dis pas. ^(ii lit comme un écolier.) « Mam'zelle, depuis que je « vous adore, excusez si je ne vous en ai rien dit... »>

ZOÉ

Comment! c'est une lettre d'amour?

aoÉ ou l'amant prêté 261

PIERRB, haussant les ép«nles.

Comme c'est écrit!

ZOB.

Mais pas mal... « Je vous adore. » Continuez.

PIERRE, oontinuant.

« C'est que mon respect était égal à mon silence. Mais « si l'offre de ma main et de ma fortune... » (s'interrompant.) Que c'est bète 1 ma main et ma fortune ; ils n'ont que ça à dire; fa doit être beau! Quel est donc l'animal qui écrit de pareilles sottises? (ii regarde la signature.) Jean L'huillier.

Jean L'huillier, le menuisier ; un joli garçon !

PIERRE

Oui, un grand échalas.

ZOÉ

Et les autres ?

PIERRE, parcourant les lettres.

Toutes de même.

ZOÉ

Ils veulent tous m'épouser ?

PIERRE, lisant les signatures.

Jérôme Dufour, André Leloup, Christophe l'Ahuri... en v'ià-t-il ! en v'ià-t-il !

AIR : J'en guette un petit de mon âge. {Le» Scythes et les Amazonet.) I* crois qu'il en sort de dessous terre.

ZOÉ, à part.

V'ià qu'ils arrivant!... Est-ce étonnant!

PIERRE

C'est pire qu'âne folle enchère,

Et tout r monde en veut maintenante

(Regardant les lettres.) La provision est assez amplc^

252 COUKUIES-VAUDKVILLBS

Car tout le village après elle s'est lancé,

Depuis que 1' seigneur a commencé.

ZOÉ

Ce que c'est .que le bon exemple !

(a part et regardent Pierre.) £t ça ne lui fait ricn; il se tait ; cependant il souffre ! Peut-on être dur comme ça à soi-même I

PIERRE, héaitent.

Et de tous ceux-là, lequel que vous choisiriez?

ZOÉ, le regardant en dessous.

On ne sait pas ; il peut s'en présenter d'autres.

PIERRE, à part.

Au fait, elle a raison. Si je tarde encore... Jusqu'à présent, il n*y en a que deux qui en valent la peine : le seigneur et le régisseur. On serait le troisième, et le numéro 3 n'estpas trop mauvais. Si j'osais... j'ai envie d'oser... (a zoé ) Mam'zelle !

ZOÉ, se rapprochant.

Qu'est-ce que c'est?

PIERRE

Eh bienl... (a part.) Ah! mon Dieul et Catherine Bazu qui a ma parole ! Si j'allais me trouver deux femmes sur les bras ! Faut que je me dégage.

(On entend sonner deux heures.) ZOÉ.

Ah ! mon Dieu ! et mon amoureux qui m'attend !

PIERRE

Vot' amoureux !

ZOÉ

J'ai promis d'aller le rejoindre à deux heures.

PIERRE

Pourquoi donc?

20É OU L*AUANT PRÊTÉ 553

Je ne sais pas.

Et où ça?

ZOE.

PIGRRE.

ZOÉ

Au bout de cette allée.

PISRIIB.

Et VOUS irez ?

ZOÉ

Certainement. Moi, d'abord, je n'ai que ma parole. (Regardant da edté du bos^oet.) Justement je l'aperçois.

(inie y court.) PIERRE, voulant l'arrêter.

Eh bien ! attendez donc, mam'zelle ; moi aussi j'ai à vous parler.

ZOE, en s'en allant.

Ce sera pour une autre fois ; (a part.) ça lui apprendra à se décider.

(Elle disparaît dans le boaquet.)

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