‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 138 sur 186 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

M«« DEFONROSE et CLÉMENCE, assises sur une banquette, à gauche, près du comptoir ; SAINT- AMAND, en négligé du matin, étendu nonchalamment sur une chaise, à droite ; M. CANARD, assis sur un tabouret, les deux mains et le menton appuyés sur sa canne ; ROBINET et SUZANNE, qui vont et viennent; PLUSIEURS BAI- GNEURS qui attendent.

CANARD

Dites-moi donc, garçon... songez à mon bain... j'ai le numéro vingt-deux... et voilà déjà une demi-heure que...

ROBINET

DansTinstantl..

U^^ DEFONROSE, è Snxaqae.

Et nous, mademoiselle, pensez-vous à nous?

SUZANNE

Dans un petit quart d'heure, mesdames ; vous savez bien qu'un cabinet à deux... c'est plus difficile.

CLÉMENCE

Ah ! mon Dieu, ma tante, nous pouvons bien attendre... rien ne nous presse... (a part, regardant autour d'eiia.) Je ne vois pas Victor... s'il avait su deviner que nous devions venir ici ce matin...

SAINT-AMAND

Décidément, ces bains-ci ont la vogue, il y a un monde scandaleux.

CANARD

Ahl mon Dieu, oui... on vient pour se rafraîchir, et on étouffe, vu la foule.

SAINT-AMArND.

C'est étonnant qu'il n'y en ait pas plus.

AIR : Litte épouM 1' boau Gernance. {Fanehon la vieHeute.)

Que dans sa jalouse flamme, Un mari dise à sa femme :

Où courez-vous si matin?...

« — Mon ami, je vais au bain. »

Oui, ces lieux si ohers aux belles Ne pourraient les contenir, Si vous aviez toutes celles Qui partent pour y venir.

Ce qui n'empêche pas qu'on y voie (Lorgnant.) des femmes charmantes... Moi, je viens ici passer deux heures tous les matins... sans compter qu'on est servi avec une promptitude...

CANARD

Joliment!... Moi qui aides affaires, voilà trois quarts d*beure que je m'impatiente...

l'hôtel- des bains 247

SAINT-AMAND

Ah! j'y suis... c'est que monsieur vient peut-être ici pour se baigner.

CANARD

Eh! mais, apparemment!... Ce n'est pas l'embarras... la première fois que je suis venu, je m'y suis trompé, c'était le soir, j'ai pris ça pour le théâtre du Vaudeville ; j'ai même demandé deux places de baignoire pour moi et ma femme ^ madame Canard.

Ah! vous êtes M. Canard!...

CANARD

Moi-méme...M. Canard, employé aux Eaux-et-Forôts... Et croiriez-vous que, moi, qui ne demande qu'à me baigner... voilà plus d'une heure...

SAINT-AMAND

Eh! pourquoi ne faites-vous pas venir des bains chez vous?

AIR de Marianne,

Oui, c'est une nouvelle mode, Aux bains, jadis nous allions tous; Mais aujourd'hui c'est plus commode,.

Et les bains vont venir chez nous !

Oui, l'on colporte

De porte en porte,

A juste prix, De l'eau dans tout Paris;

Qu^on dise un mot,

Crac! aussitôt

Votre bain chaud Vous arrive au grand trot.

CANARD

Oui, j'en ai vu, moi qui badaude, Avec deux chevaux attelés Et le cocher, les doigts gelés, ' Sur son tonneau d'eau chaude.

Heureusement, voilà le garçon.

248 COMéDIBS — VAUDEVILLES

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