‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 158 sur 186 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

NARCISSE, seul.

On se lève donc bien tard dans ce château I j'ai déjà fait trois OU quatre tours de jardin. . . et je n'ai pas trouvé un seul individu... Quand je dis un seul individu... c^estune façon de parler... car j'ai fait une rencontre... à laquelle... je ne m'attendais pas... J'allais m'asseoir au pied d'un arbre, près du petit pavillon chinois, lorsque j'y trouve la personne que voici... (se fouillant.) Rh bien, où l'ai-je donc mise?... dans ma poche de côté... (Tirant un portrait.) Parlez-moi de ça... voilà comme je les aime... parce que dès qu'on se mêle de porter une figure... il faut en avoir comme ça ou pas du tout... C'est drôle, je ne peux pas détacher mes yeux de cette peinture... et plus je la regarde, plus je sens là... Si j'avais mon portrait aussi, moi, au moins je pourrais... mais je vous le demande, est-ce vexatoire... de ne pas se connaître soi-même?... de ne pas savoir à quoi l'on ressemble?... C'est pas l'embarras, si j'en crois papa et mon gouverneur, je sais à peu près à quoi m'en tenir... Quand j'étais petit, ils étaient toujours à me dire : « Ah qu'il est laid, Fanfan! qu'il est laid!... » Est-ce que j'aurais par hasard quelque dif-

formité dans la physionomie ? Cependant, quand je regarde le reste du physique, ce que j'en vois n'est pas mal... Certainement, voilà une jambe du plus favorable augure... tout le laid serait donc répandu sur la figure?... Au surplus, quand je serais un monstre, ce n'est pas une raison pour m'ôter la jouissance de ma physionomie...

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