‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 25 sur 186 · HERMANCE, NANCY · texte numérisé non relu

HERMANCE, NANCY

BERMANCE.

Gomment, Nancy, ta veux nous quitter le jour de mon mariage ?

NANCY

Oui, ma sœur.

HERMANCE

Je vois que la Hongrie nTa pas le bonheur de te plaire ; que veux-tu de mieux cependant? Des cavernes de glace, des montagnes de granit, des forêts^ des précipices^ un pays superbe I et des vassaux... des vassaux comme il y en a peu]

AIR : De semmeiller encor, ma chère. {Fanehon lapkiUeme,.) Oui, ces paysans respectables Nous rappellont le bon vieux temps :

Chez eux on croit encore au diable, Aux vampires, aux revenants; On croit à toutes les maries.

Aux amours, aux doins assidus,

Aux grands sorciers, aux grands génies...

Bref, à tout ce qu'on ne voit plus !

C'est un pays privilégié... jusqu'à mon futur époux qui est d'une complaisance...

NANÈY.

Allez, vous devriez rougir ! faire à votre âge un mariage de convenance... un mariage de raison... c'est affreux !

HERMANCE

Réfléchis donc un peu I Nous sommes orphelines, d'une famille noble, il est vrai, mais sans appui et sans fortune. Il se présente un homme riche, considéré, jeune encore, le baron de Lourdorff... une des familles les plus nombreuses d'Allemagne ; fallait-il le refuser ?

NANCT.

Oui, il le fallait... Quelle différence entre lui et le comte Adolphe, si bon, si aimable, si généreux, et à qui, du reste, vous aviez juré une constance étemelle !

HERHANCE.

D*accord; mais cette union ne pouvait faire que son malheur; sa famille, qui est immensément riche, s'y opposait; son oncle, le vieux maréchal de Valberg, nous détestait sans nous avoir jamais vues. Voilà six mois qu'Adolphe n'est plus ; tu sais combien j'ai été sensible à sa perte ; mais je ne pense pas que parce qu'autrefois on a aimé qudqu'un...

NANCY

. Si, m'tdemoiselle, cela doit durer toujours I et, même avant son départ, vous ne l'aimiez pas encore autant qu'il le fallait : vous le receviez quelquefois avec une froideur, une indifférence que je ne pouvais concevoir ; de sorte que j'étais toujours obligée de lui faire bon accueil pour le dédommager. Que vous étiez heureuse ! il était auprès de vous... il vous suppliait de l'aimer, et souvent vous ne répondiez pas. Eh ! mon Dieu ! j'aurais dit ouil était-ce donc si difficile?

HERMANCE, étonnée.

Eh î mais, tu ne m'en as jamais parlé ainsi.

NANCY

Il fallait bien se taire.

AIR do Tiniers.

Quand il venait dans notre humble demeure, Celait pour vous ; au moins je le voyais I Du rendez- vous lorsqu'avait sonné l'heure,

Vous étiez calme, et j'attendais!

Il vous disait : Pensez à ma tendresse;

^oi j'y pensais à tous moments...

Vous juriez de l'aimer sans cesse, .

Et je tenais tous vos serments.

Aussi maintenant, c'est fini, je n'aimerai plus personne.

HXRUANGE.

Allons, Nancy, tu n'es pas raisonnable. Voilà que tu pleures encore en y pensant... tais-toi, nous en reparlerons; mais on vient... c'est M. Lourdorff et un étranger.

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