SCÈNE IL DUHAZARD, LÉMINCÉ
LÉMINCÉ; à la cantonade.
Piquez bien le fricandeau... raccourcissez le civet, et allongez le bouillon...
DUHAZARD.
Bonjour, père Lémincé... vous voilà déjà dans la sauce?
LÉMINCÉ.
Je crois bien, avec le monde que nous allons avoir aujourd'hui I la foire de Nanterre, on ne Ta qu'une fois par an; et si on ne se rattrapait pas ces jours-là... (courant.) Remettez à la broche le coq d'hier.
DCHAZARD.
C'est unique, Tactivité que vous avez à votre âge !... à la poêle... sur le gril..» à la broche... vous êtes partout; il est même étonnant que vous n'en soyez pas malade , mais ça ne peut pas manquer d'arriver.
LÉldlNCÉ.
Vous croyez ?
DUHAZARD.
Parbleu 1 voyez plutôt la poitrine. (Lui donnant un coup de
poing dons l'estomac.) Hein ! comme ça sonne creux !
LÉMINCÉ.
Il faut vous dire que je n'ai pas déjeuné.
DUHAZARD.
C'est égal, vous avez quelque chose qui vous tourmente.
LÉMINCÉ.
Ça, c'est vrai; j'ai ma fille Claudine... une jeunesse qui me fera perdre la tête. Imaginez-vous qu'elle a fait à Paris une connaissance qui m'a causé joliment du tintouin, sans compter la dépense.
AIR : Dans ma chaumiôre. {Koulouf.)
A la Chaumière Elle a dansé trois moi» entiers; Que d'escarpins I... trop heureux père, Si l'on n'usait que des souliers
A la Chaumière. {Bis.)
Enfin, aucun moyen de lui faire entendre raison..* Cette petite fille ne fait rien... ne sert à rien... et ça nuit à l'économie d'une maison.
DUHAZARD.
J'ai ce qu'il vous faut... Vous demandez de l'économie, prenez un domestique de plus ; on n'en fait jamais d'autres dans les bonnes administrations... Un sujet excellent qui n'est pas cher.
L HOMME AUTOMATE
LËMINCE«
Eh! mais, au fait!... Et a-t-clle de bons répondants?
DUHAZARD.
Comment! a-t^elle?
LÉMINCË.
Eh'ben ! oui, la domestique que vous me proposez.
DUHAZARD.
Comment, la domestique... c'est un beau et grand jeune homme... genre distingué... tenue bourgeoise... un de mes amis qui sort de chez Véry, où il a fait ses études.
AIR : J'ai vu partout dans mes voyages. (Le Jaloux malgré lui.)
C'est un garçon dont rien n'approche, Et qui, toujours leste et pimpant, Conservait près du tourne -broche La fraîcheur de son linge blanc ; Qui, des fourneaux à la toilette Voltigeant dans un temps donné.
Le matin portait la serviette Et la lorgnette après dîné.
LÉMINCÉ.
Oui-da ! encore quelque élégant qui en conterait à ma fille, et me boirait mon vin.
AIR : Tonton, tonton, tonlaine, tonton.
Il ne me faut dans ma guinguette Rien qu'un talent de marmiton.
Tonton, tonton, lontaine, tonton, Pour faire sauter l'omelette Et rajeunir le miroton, Tonton, tontaine, tonton.
Comment! vous vous arrêtez à de pareilles considéralions?
LÉMINCÉ.
Oui.
DUHAZARD.
Et vous me refusez? moi, votre médecin ordinaire !
LÉMINCé.
Oui, oui, et cent fois oui ! D'ailleurs, depuis que ma fillo est chez moi, je ne veux plus que des femmes à mon service, c'est plus calme, plus tranquille... (Qn eAUnd m grand bruit dans la maison.) Ah ! mou Dicu I c'est Madelon, la cuisinière, qui se dispute avec Javotte... Pan! les bonnets à la tête... elles vont tout renverser.
DUHAZARD.
Mais, permettez donc...
lëmixcé.
Non pas, non pas... c'est que, dans une cuisine, quand elles se jettent comme ça tout à la tête, c'est moi qui paie les pots cassés. . ,
(U sort.)