ADOLPHE, NANCY
NANCY, à elle-même. EUe a un petit chapeau de TOjrage.
Oui, je veux partir tout de suite ; je veux retourner au couvent et ne plus en sortir. Ah ! je ne resterai pas à leur
noce. (EUe est arrêtée par Adolphe.) Ah ! c'est VOUS, milofd !
(a part.) C'est qu'il lui ressemble... Enfin, lorsque je le regarde, j'ai toujours envie de lui demander pourquoi il ne me reconnaît pas.
ADOLPHE
Comment, charmante Nancy, vous nous quittez ?
NANCT.
Oui, monsieur, je veux m'en alleri je n'ai plus rien qui
m'attache ici. (a part, rerenant «nr les pat.) Ah ! mon Diea, comme il lui ressemble I .
ADOLPHE
Cet Adolphe que tout le monde oublie, excepté vous, vous aimait donc bien tendrement ?
NANCY
Oh ! non, il ne prenait pas garde à la petite Nancy ; c'était ma sœur qu il adorait Mais moi je Taimais sans en riea dire, et maintenaol qs» ma sœur n'y pense plus, je puis bien l'aimer, n^est-ce pas, monsieur? ça n'offense personne.
ADOLPHE, tendrement et lai prenant la main.
Ce n'est pas moi, d'abord, qui vous en empêcherai.
NANCT, à part.
Jusqu'à sa voix ! c'est désolant ! (Haut.) Et vous êtes bien sûr d'être lord Ruthven ?
ADOLPHE
QuUmporte qui je puis être, si je suis assez heureux pour vous rappeler cet AdoJphe que vous regrettez, et qui, sans doute, vous aîmait moins que moi ? Traitez-moi en ami, traitt^Z-Oioi comme lui.
NANCY
CçmwM lut !
AIR : Après une si longue absence. {Le Portrait de famille.) Non, ce n'est pas la même chose :
J'étais heureuse auprès de lui ; Près de vous je tremble, je n'ose Dire ce que j 'éprouve ici.
ADOLPHE
Allons, achevez de m'instruire.
NANCY
Non, un secret comme cela, A lui seul j'aurais pu lo dire.
ABOLFSB.
Parlez, parlez comme s'il était .là. ;
*Même «Ir;
NANCY
J'avais juré, 'dès mon enfance.
De n'avoir jamais d'autre ami.
Et je sens, en votre présence, Même bonheur qu'auprès de lai...
(Le regardant.) Voilà ce sourire que j'aime ; Ses traits, son regard, les voilà; Enfin, jusqu'à mon cœur lui-même Qui bat, qui bat, comme s'il était là.
ADOLPHE, à part.
Je n'y tiens plus. (Haut.) Nancy, si j'étais chargé de vous remettre cet anneau qu'il destinait à son amie... (lqî donnant un anneau.) cct anneau dont vous seule êtes digne...
NANCY
Oui, oui, je le reconnais. (Elle le baiae.) Ah ! ne vous faites pas un jeu de ma douleur I Par pitié, qui êtes-vous ?
ABOLPHF.
Nancy, je ne puis vous le dire encore ; contentez -vous dé savoir que je suis... je suis...
scÈiNE xiy.
Les mêmes ; CHARLES, qnî eit entré précipitamment sur les derniers mots, Vapèrcoit et se précipite dani ses bras ens'écriant :
CHARLES
M. Adolphe I mon maître ! . .
NilfCt. * . .
C'est lui! '^ ■ ■ \
ScBiBi. — Œavrcs eomplète». Il»* Série. — 6"»« Toi. • 5
JIIKKLPHE.
Tais- toi, malheureux I
ÇHAELES.
Non, je ne vous quitte plus ; cette fois, vous ne nous échapperez pas, votre oncle me suit.
Mon oncle, dis-tu?
CHARLES
Oui, nous venons de la dernière auberge où vous vous êtes arrêté. Un papier, un mémoire de Taubergiste, sur lequel vous aviez écrit quelques mots, a frappé les yeux de votre oncle ; nous .prenons des renseignements sur vous, vos gens, votre voiture ; nous revenons sur nos pas, et le premier objet que nous apercevons dans la cour du château, •c*est la berline qu'on nous a désignée.
ADOLPHE
Adieu, je n*ai pas de temps à perdre,
CHABLES
Non, monsieur, non, vous ne vous en irez pas ; la fuite, d'ailleurs, est impossible. Dans ce moment, M. le comte de Valberg est occupé à faire cerner le château; toutes les issues sont gardées.
ADOLPHE
Que faire maintenant? Charles, Nancy, vous m'êtes dévoués, je peux compter sur votre attachement, sur votre silence ?
NANCY
Oui, oui, je me tairai ; mais vous serez M. Adolphe, n'estce pas ? vous le serez toujours ?
ADOLPHE
Oui, Nancy, je ne nie pas que je le sois, je le serai, si cela peut vous faire plaiàir. Mais n'importe, je ne me rendrai pas ainsi. La colère de mon oncle, et la forteresse de
LE VÀMPinE 75
Temesvar en perspective, j*cn ai bien assez comme cela ; n'y a-t-il pas quelque, endroit où je puisse me cadier ? Ce cabinet.. •
CHARLES
On vous y trouvera toujours.
ADOLPHE
Allons, en ce casT, employons mon grand moyen. Je n'en connais pas d'autres.
NANCY
Grands dieux I que voulez- vous faire?
ADOLPHE
Ne craignez rien... Charles, il faut qu'à l'instant...
' (u lui parle bas.) CHARLES.
Comment, monsieur I vous voudriez...
ADOLPHE
Eh bien ! ne suîs-je plus ton maître? As-tu oublié que je veux dans mes gens un entier dévouement?
CHARLES
Mais, je ne pourrai jamais; c'est une abomination; votre pauvre oncle!...
ADOLPHE
Cent florins ; sinon, tu ne rentreras jamais à mon service.
CHARLES
J'obéis, monsieur 1 mais il y a conscience.
ADOLPHE
Songe que je serai... là, dans ce cabinet, et que j'entendrai. On vient, pars vite. Nancy, du silence ! (a part.) Enfermons-nous à double tour, et soutenons l'assaut;
(n entre dans le cabinet, et on l'entend fermer la porte à double tour. Charles sort de Tautre câté.)
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