SCENE xvn
Les MÊMBs; ADOLPHE.
ADOLPHE, s'ôlanQanU
Mon oncle, il est à vos pieds !
TOUS, s'éloignant.
Abl mon Dieul
PiTERS»
J'en étais sûr. Par exemple, cette fois il n'a pas été long à revenir.
LE COMTE
Mon neveu, mon cher Adolphe! car c'est lui, mes amis» n'ayez pas peur, cette fois, c'est bien lui, je vous en réponds.
LOURDOBFF, A Adolphe.
Certainement, dès que vous m'assurez que vous êtes vivant, votre parole suffît; mais quel était donc le pauvre garçon dont j*ai escorté le convoi à Temesvar?
ADOLPHE
C'était moi, qui, secondé par un sergent de la garnison» n^ai pas trouvé de meilleur moyen pour sortir de la forteresse et rejoindre mon régiment qui était au feu.
LE COMTE
Bien; mais ce brave soldat laissé pour mort dans les champs de Molwitz?
ADOLPHE
C'était moi ; et cette fois-là c'était de franc jeu. Recueilli parles Prussiens, nos ennemis, et sauvé par eux, je voulus, lors de la paix, revenir incognito en Hongrie, et voyageant sous le nom du major de Schwarzenbach...
PÉTERS
Comment! ce monsieur avec qui j*ai causé dans la rue de Presbourg...
ADOLPHE
C'était moi.
PÉTERS
Eh bien 1 alors, celui qui dernièrement, à Barzova...
ADOLPHE
Ce n'était pas moi ; mais un fripon de domestique qui avait pris mon nom et mon majorât, pour toucher à ma place certaine lettre de change, et qui, depuis, se sera fait serrer de près pour quelques espiègleries du même genre. Ne pouvant plus porter ce nom, je pris celui de lord Ruthven...
PETERS
De sorte que vous n'étiez pour rien dans tout cela; c'est dommage.
8â COMÉDIES — VAUDEVILLES
ADOLPHE
Comment, c'est dommage !
PËTERS.
Oui, c'est dommage, parce que ça n'est plus si drôle.
LE COMTE
Adolphe, je ne te demande pas alors quel était ce grand hussard qui, pour me délivrer, frappait de si bon cœur sur les dragons prussiens.
ADOLPHE
Ah I mon oncle, sans le souvenir de cet heureux événement, aurais-je osé aujourd'hui me présenter à vos yeux !
LE COMTES
Tu vois' bien que c'est moi qui suis ton débiteur ; la reconnaissance ne m'effraie pas, touche là. Ne nous quittons plus ; marie-toi à ton gré, et embrasse ta femme.
Ahl Nancy, je puis donc enfin être à toi!
NANCY
Ah! mon Dieu, est-ce bien pour tout de bon?
LE COMTE
Comment, c'est elle que tu aimes ?^
ADOLPHE
Oui, mon oncle, oui, mon cher Lourdorff. Nous avons chacun la femme qui nous convient, et nous serons heureux, je Tespôre. Mais croyez-moi, pour faire bon ménage, il n'est rien tel que de mourir. On ne connaît jamais sa femme de son vivant.
VAUDEVILLE
AIR du vaudoville d'infortnne et Gaieté.
PÉTERS
Jç n'eus jamais l'âm' militaire, Et s'il faut aller à la guerre, Voulût-on m* fair' sergent-major,
NJx, jo suis mort»
Moi, je suis mort; Mais drès qu'on dans' sous la tonnelle.
Et drès qu*un bon dîner m'appelle, Ou qu'une fillette m'attend.
Je suis vivant, Bien vivant.
Toujours vivant. (B/«.)
ADOLPHE
Ce grand acteur qu'on dii si riche, Que l'on voit si peu sur l'affiche.
Et dont souvent on parle encor.
Serait-il mort? {Bis.) Vampire de nouvelle espèce.
De la province usant la caisse, Dès qu'une recette l'attend...
Il est vivant.
Bien vivant.
Toujours vivant.
LOURDORFF.
Ce paisible fonctionnaire.
Qui n'a jamais su que se taire.
Et qui depuis vingt ans s'endort.
Serait-il mort? (Bis.) Est-il une place vacante, Ou bien, du mois quand vient le trente.
Faut-il toucher son traitement;
Il est vivant, Bien vivant,
Toujours vivant.
LE COMTE
Ce riche dont la main stérile Aux siens ne fut jamais utile.
Lorsqu'il est frappé par le sort,
Il est bien mort.
Tout à fait mort; Celui qui servit sa patrie Sans regret peut perdre la vie;
COHéDIES — • VAUDEVILLES
Dans notre cœur reconnaissant Il est vivant.
Bien vivant.
Toujours vivaût.
NANGT, au publie.
Chaque vampire a la puissance De revenir à l'existence; Mais la moitié du temps son sort
Est d'être mort» (Bis.) Partageons... qu*en cette demeur Chaque matin le nôtre meure.
Pourvu que le soir seulement
Il soit vivant, Bien vivant.
Longtemps vivante