SCENE PREMIERE
M. DE ROSTANGE, VICTOIRE, occupée a ranger les meubUs du salon.
M. DE BOSTANGE.
Allons, Victoire, allons, dépôchons-nous ! Vous savez que nous attendons du monde, et le salon n'est pas encore prêt..«.
VICTOIRE
Écoutez donc, monsieur, il n'est encore que midi ; moi j'ai cru que c'était pour ce soir !
M. DE ROSTANGE
Du tout..* c'est qu'au contraire je donne une soirée ce matin...
VICTOIRE
Ce matin f... Ah! mon Dieu, notre maître, ce que c'est que de recevoir des gens de bon ton!...
ÉÊ^:
AIR du vaudeville des Dehors trompeurs.
Il est onze heures d'ordinaire - Quand chez vous T plaisir les conduit^ Et même la semain' dernière.
Ils n' sont arrivés qu*à minuit; Grâce à toutes ces simagrées, Grâce à tous ces retards enfin, V'ià maintenant que les soirées N' commenceront plus que* lendemain.
M. DE R0STAN6B
Eh I noD; eh ! non... c'est un extraordinaire ; tu ne sais donc pas qu*il va y avoir une éclipse de soleil visible à Paris? éclipse totale le 7 septembre.
VICTOIRE
Ah ! mon Dieu... une éclipse, que ça doit être beau... paiera-t-on pour ça?..»
M. DE ROSTANGE
Non, mon enfant, c'est spectacle gratis... comme toutoe qui vient de là-habt...
AIR : A soixante ans, oa no doit pas remettre. (£« Dîner de Madelon,}
C'est un spectacle où chacun peut paraître; Grands et petits, tout le monde est admis ; Ce jour-là même, aux premières peut-être, On ne voit pas si bien qu'au paradis.
Pour la première fois, je gage,.
Par le hasard récompensé, Plus d'un talent, dans son septième étage,.
Va s'étonner d'être le mieux placé.
VICTOIRE
J*entends, le soleil luira pour tout le monde.
M. DE ROSTANGE
Au contraire, pour personne.
VICTOIRE
Eh! bien, alors..,. qu'est-ce qu'on verra donc?...
L*£CLXP8E TOTALE
M. DB RÛSTâNOB.
. Des étoiles en plein midi... c'esl-à;>dîre qu'on ne verra rien;
VICTOIRE
C'est clair... et je comprenons maintenant... c'est pour jouir de ce spectacle-là que vol' société va venir.
M. DE ROSTANGE
Précisément... tu sens bien que quand on a l'avantage de demeurer dans la rue d'Enfer, à côté de l'Observatoire, six fenêtres sur la rue et une terrasse... on 3e trouve dans une assez belle position... aussi c'était à qui s'inviterait à dé* jeûner chez moi, et nous aurons des curieux, nous en aurons...
AIR de Galpigi. (Tarare.) •
Oui, dans cette ville frivole, Pour le moindre moineau qui vole, À chaque croisée aussitôt Tout se garnit du bas en haut.
L'impôt dés fenêtres est sage, Mais il donnerait davantage, Si l'on faisait payer un droit A tous les badauds qu'on y voit.
VICTOIRE
C'est ça, encore du monde qui vont tout briser I
ir. DE ROSTANGB.
Tu n'oublieras pas le punch ?
VICTOIRE
Oui, pour faire encore des taches aux meubles du salon I
M. DE ROSTANGB.
Eh bieni ma fille, on met les housses, et c'est fini... il y a tant d'autres tachés dans le monde dont on ne s'aperçoit pas!
VIGTOniE.,
Ah I pour vous, notre maître, vous êtes toujours content I
90 GOMÉDIKS '— VAUDEVILLES
M. DB R08TANGB.
C'est ma foi vrail... je suis enchanté de tout ce qui arrive, je trouve que tout est pour le mieux, et qu'ici-bas et làhaut, tout va à merveille. Qu'il ,nous apparaisse quelque grand personnage, quelque astre briUant, c!est u^s-bien... qu'il vienne à s'éclipser^ c'est encore mieux... qu'il en arrive un autre... je ne m'y oppose pas I Depuis cinquante ans, je vis célibataire, libre et toujours heureux... sais-tu pourquoi?... c'est que je ne me suis jamais mêlé de rien... et que,' pendant que les autres se heurtaient, je suis toujours resté ici... quartier de l'Observatoire... A propos de cela... tu n'as pas oublié ma longue-vue, ni mon télescope ?
VICTOIRE
Non... monsieur^ les voilà*..
M* DE itOSTANGE.
Bien... c'est cela, près de la terrasse ; mais tu n'as pas mis de bougies dans les flambeaux... tu veux donc que tout à Theure nous nous cassions le cou?... Va en chercher, et dépêche-toi, car voilà déjà du monde qui nous arrive.
(victoire tort.)