‹ Œuvres complètes de Eugène ScribeChapitre 88 sur 186 · SCÈNE IIL BELLEPROSE, REDINGOTT · texte numérisé non relu

SCÈNE IIL BELLEPROSE, REDINGOTT

BEDINGOTT, se levant.

A mon tour!...

BELLEPROSE.

Eh I je ne me trompe pas... c'est ce cher Redingott, mon tailleur anglais... par quel hasard à Caudebec?...

166 COMÉDIES — yÀaj)BVILLES

REDINGOTT.

Monsieur...

BELLEPROSE,

Vous venez déjà me prendre mesure irour cet habit neuf?... Diable, diable, mon cher, il faut attendre Tévénement...

Ah ! my God ! je suis las d'attendre et de courir après vous de ville en ville... c'est de Targent qu'il me faut, entendez-vous?... Je suis venu en France, croyant y faire fortune, mais j'ai trouvé tout le monde habillé à Tanglaise et ma spéculation a été manquée...

AIR do Julie.

Je vois London au sein des Gaules t Tous vos Français portent nos habits longs ; Chez eux la taille est auprès des épaules, Chez vos ladys elle est près des talons ; Sur maint carrick, j'ai vu, puis-je le croire?

Mon style si bien imité.

Que mille fois je fus tenté

D'aller présenter mon mémoire.

Aussi, c'est fini, je rassemble mes fonds et demain je reprends le paquebot.

BELLEPROSE.

Demain?... Allez... allez, mon cher ami, que je ne vous arrête pas I...

REDINGOTT.

Oui, mais...

BELLEPROSE.

Votre place est peut-être retenue... partez...

REDINGOTT.

Quand vous m'aurez payé.

Vous payer?... Mon ami... je ne puis pas parler d'affaires

aujourd'hui... une première représentation... l'inquiétude^ vous concevez... des coupures à faire, des costumes à surveiller, mes billets à distribuer... Allez, mon bonhomme^ allez, vous recevrez de mes nouvelles à Londres.

REDINGOTT, cherchant des papieri*

. C'est l'affaire d'un instant... un coup d'oeil sur mon mémoire et un bon pour la caisse... (iiure un papier.) Le voilà... non, non, c'est la lettre de mon neveu...

BELLEPROSE, l'arrêtant.

Comment, vous avez un neveu, mon cher Redîngott... et vous ne me le dites pas !... moi qui m'intéresse tant à toute votre famille... Ah çà 1 et qu'est-ce qu'il fait à Londres, ce cher neveu?...

BEDINGOTT, cherchant toujours.

Huml ce petit drôle de Tomy, j'aurais dû l'y laisser... mais je l'ai fait venir en France, pour mon malheur... Je crois que c'est neuf cents francs...

BELLEPROSE, l'arrêtant toujours.

Ahl ah! une frasque de jeune homme, quelque sujet comique... contez-moi ça, j'en tirerai -parti!... Voyons^ M. Tomy...

REDINGOTT.

Je ne sais plus où il est.

Votre neveu?...

REDINGOTT.

Non, votre mémoire...

BELLEPROSE.

Parlons de votre neveu...

REDINGOTT, cherchant toujours.

Si je le rejoins, le coquin!... Enfin, je le fais venir de Londres, pour l'associer à mon commerce, je le charge des recettes... Il va toucher pour moi ime cinquantaine, de

louis à Saint-Malo, et au lieu de revenir, le fripon se met à courir le pays et à manger une demi-douzaine de carricks magnifiques avec quelque aventurière... goddaml...

BELLEPROSE.

Ces jeunes gens, ça taille en plein drap!... Mon ami... que je ne vous retienne pas !... courez après votre neveu... diable! un libertin... des tètes volcanisées... tâchez de le rattraper.

REDINGOTT.

Le voilà...

BELLEPROSE.

Hein! qui donc?...

Eh 1 parbleu ! votre mémoire... je disais bien, huit cents francs.

BELLEPROSE.

Ah çàl sérieusement... vous voulez être payé ?...

REDINGOTT.

Absolument!...

BELLEPROSE.

Eh bien ! moucher... je ne vais pas par quatre chemins... on me donne ce soir...

REDINGOTT.

Je le sais...

BELLEPROSE.

Voilà des billets de parterre... je ne vous dis que cela... votre argent est dans vos mains...

REDINGOTT.

Comment?... comment? vous voulez que sir Redingott, on Anglais, aille applaudir des pièces françaises ?

BELLEPROSE.

Ah! fhmçaises... jusqu'à un certain point... votre délica-

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tesseestà couvert de ce c6té-Ià... Allez toujours rassembler votre monde, je vous ferai ouvrir la petite porte de derrière, et dans un petit quart d'heure... j*irai vous faire répéter...

REDINGOTT.

Me faire répéter...

BELLEPROSE.

Oui... montrez un peu vos mains, (n frappe dam sa maîa.) Des mains superbes...

AIR da TaudOTille du Nouveau NicaUe.

Pan, pan, quel son divin !

Qu'avec plaisir ce bruit me frappe 1

Pan, pan, quel son divin 1 On dirait d*un son argentin.

Vous gagnez net six francs par tape.

C'est là de l'argent bien placé.

REDINGOTT.

J'y cours... mais si l'on m'y rattrape, Goddam 1 je veux être boxé.

BELLEPROSE.

Pan, pan, quel son divin, etc.

(Redingott sort.)

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