LIVRE DU PEUPLE
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PREFACE
En passant sur cette terre, comme nous y passons tous, pauvres vopgeurs d'un jour, j'ai entendu de grands gémissements : j'ai ouvert les yeux , et mes yeux ont vu des souffrances inouïes, des douleurs sans nombre. Pâle , malade, défaillante, couverte de vêlements de deuil parsemés de taches de sang, l'humanité s'est levée devant moi, et je me suis demandé: Est-ce donc là l'homme? est-ce là lui tel que Dieu l'a fait? Et mon àme s'est émue profondément, et ce doute l'a remplie d'angoisses.
Hais bientôt j'ai compris que ces souffrances et ces douleurs ne viennent pas de Dieu , de qui tout bien émane et de qui rien n'émane que le bien ; qu'elles sont l'œuvre de l'homme même, enseveli dans son ignorance et corrompu dans ses passions; et j'ai espéré, et j'ai eu foi dans l'avenir de la race humaine. Ses destinées changeront lorsqu'elle voudra qu'elles changent, et elle le voudra sitôt qu'au sentiment de son mal se joindra la claire connaissance du remède qui le peut guérir.
Regarde, ô peuple, s'il n'est pas temps de justifier l'Auteur des êtres en te créant un sort plus conforme à sa justice , à sa bonté.
Tu dis : J'ai froid; et, pour réchauffer tes membres amaigris, on les étreint de triples liens de fer.
Tu dis : J'ai faim; et on te répond : Mange les miettes balayées de nos salles de festin.
Tu dis : J'ai soif; et l'on te répond : Bois tes larmes.
Tu succombes sous le labeur, et tes maîtres s'en réjouissent; ils appellent tes fatigues et ton épuisement le frein nécessaire du travail.
Tu te plains de ne pouvoir cultiver ton esprit, développer ton intelligence; et tes dominateurs disent : C'est bien ! il faut que le peuple soit abruti pour être gouvernable.