TOME II
qui le noble pair n'assigne cependant que la seconde place dans la bibliothèque de l'enfance. II ne dit pas à quel autre ouvrage il réserve la première : mais il tient extrêmement à œ qu'on mette entre les mains des jeunes personnes , lorsqu'elles seront déjà suffisamment familiarisées avec les lois fondamentales et les lois organiques, la Défense des quatre propositions de 168â, par Bossuet (2). Les esprits légers trouveront peut-être ces lectures excessivement graves ; on ne nie pas qu'au premier aspect elles n'offrent quelque chose d'un peu sérieux pour des petites filles, et même pour des petits garçons : mais après cela aussi la France pourra se flatter d'avoir des citoyennes comme on n'en voit guère assurément , et les femmes les plus fortes de l'Europe en théologie et en politique ^a/licanes.
Il n'est pas inutile de rappeler ces extravagances : mieux que tout ce qu'on pourrait dire , elles montrent ce que devient la raison publique chez les peuples qui abjurent le christianisme. Ils tombent dans une sorte d'imbécillité à la fois risible et effrayante. Le sens leur est ôté, et c'est leur premier châtiment.
On se plaint depuis longtemps de l'esprit dans lequel la jeunesse est élevée en France : mais , dès qu'on i^it de l'éducation une institution politique^ l'éducation est nécessairement ce qu'est l'État luimême; ses doctrines régnent dans les collèges comme dans la société , quel que soit l'enseignement particulier de tel ou tel maître : aucune puissance humaine ne saurait faire qu'une institution politique soit opposée , et en elle-même et dans ses effets , au principe dont elle émane, qu'il y ait de la foi dans les écoles établies et administrées par un gouvernement qui professe l'indifférence absolue des religions. De là cette espèce de doute contagieux et cette impiété froide et tenace , qu'on observe avec épouvante dans la plupart des établissements publics d'éducation. Les désordres de mœurs, bien que portés à un degré autrefois inconnu , sont moins alarmants pour l'avenir. On se corrige du vice ; rarement on revient d'une incrédulité précoce. Nous avons cité des faits terribles ; nous en garantissons de nouveau la trop exacte vérité : et combien n'en pourrions-nous pas citer d'autres! On dit qu'il aurait fallu taire ces faits : non , non , quand il s'agit d'avertir les parents des dangers auxquels ils peu-
« de notre bfcn-aimé souverain. Il voudrait que plus tard on offrit o â leurs yeux les ouvrages de Bossuet, docteur éternel de l't- « glike gallicane , etc.. ici le noble pair ne craint pas qu'on i'acm. cuse de confondre les lectures d'un sexe avec celles de l'autre. « Sujettes et c//c>rmnr/, épouses et mères de famille, rinstruc- « lion des femmes, leur éducation, importent aujourd'hui à la so- « ciété sous des rapports plos étendus qu'autrefois. • Moniteur du 14 juillet 1824.
DE LA RELIGION DANS SES RAPPORTS
vent , saD8 le savoir, exposer ce qu'ils ont de plus cher ; quand il s*agit du salut des âmes , se taire est un crime, et dissimuler en est un plus grand.
La religion ne se commande point , elle s'inspire. L'exemple général , Tesprit des institutions , Tinfluence des lois , voilà ce qui fait sa force et ce qui la conserve ; et c'est pour cela aussi qu'à bien peu d'exceptions près , nos écoles publiques ne peuvent être que des écoles d'impiété, et par conséquent de mauvaises mœurs. Lorsqu'on établit dans un collège , à côté d'une chapelle catholique , un prêche calviniste , quel doit être , je le demande , sur la foi des élèves , l'effet d'un semblable rapprochement? Protestant , catholique , chacun se moque de son culte, et ne voit dans la religion qu'une rêverie absurde , ou tout au plus qu'une coutume indifférente. Et qu'on ne croie pas remédier aux inconvénients d'un pareil système d'éducation en plaçant à sa tète un évèque ; car l'unique résultat d'une si choquante inconvenance est d'abuser quelques familles , de perdre quelques enfants de plus , d'augmenter les dangers du mal en le couvrant d'un voile sacré, de mettre l'athéisme sous la protection de la religion même, et de persuader peut-être aux oppresseurs de l'Église qu'il n'est point de complaisances qu'on ne puisse exiger et attendre de ses ministres.
Cependant , corrompre l'enfance , c'est corrompre l'avenir tout entier, c'est appeler les fléaux et provoquer la ruine. Car quel est le peuple qui puisse subsister lorsque la base des devoirs, méconnue par l'État , est encore ébranlée dans la société domestique ? Le temps approche où ces vérités , éternelles comme Dieu , cesseront d'être un objet de doute et de raillerie insensée. Quand , de sa main inexorable, la justice, qui ne meurt point, les aura écrites en caractères de sang sur une terre désolée, on comprendra que le monde est soumis à d'autres lois que celles inventées par la raison du dix-neuvième siècle. Beaucoup de générations ne passeront pas avant que cette grande et dernière leçon soit donnée aux hommes. Jusque-là tous les avertissements seront vains ; mais ils ne laissent pas d'entrer dans les vues de la Providence pour éclairer ceux qui ont le cœur droit, et pour justifier la sévérité de ses jugements sur les autres.