‹ Œuvres complètes de F. de La Mennais (volume 2)Chapitre 93 sur 226 · SIS · texte numérisé non relu

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ccHe accusation, quelque ahtiirde , quelque conlrailîctoirr qu'elle soit , ne Inisse pas d'Clre propre à effrayer et é scaniialiser les simples, qu'elle pourmil tn^Die rom promet Ire au dehors la réputation de notre église, laréuéralile compagnie ne peut plus se dispenser tie rompre un silence sage dans l'ort- Rine , mais où l'on aurait le'droit de voir maintenant lie l'embarras ou de la timidité. Pourquoi, d'ailleurs, 3lfecterait-elledeeachersessenlimpnts?neseriiit-cc pas exposer le peuple à penser qu'elle en rougit? Et , pour le rassurer , pour l'éclairée sur la foi de tes pasteurs qu'on lui représente comme des apoliais, ceuK-ei ne lui doiTcnt-ils pas une déclaration franche et nette de leurs croyances ?

Le temps de se taire est passé. De plus lonfjs ménagements ne serviraient qu'à accroître la hardiesse de nos adversaires , à leur fournir de nouveaux prétextes de calomnie et de nouveau:^ moyens de séduction. Que veulent-ils? quel est leur but? Rappeler insensiblement les maximes de l'intolérance , arrêter le progrès des lumières , faire rétrograder la réforme vers de vieux préjugés aujourd'hui pre^que éteints. Nous ledisons hautement, il est du devoir de la vénérable compagnie de prévenir ces funestes effets et de prouver qu'elle est digne encore de se placer à la télé de la réforme , par son invariable attachement au principe qui en est U base . et par un généreux aveu de toutes les conséquences de ce principe conservateur de la raison humaine.

C'est eu imitant le courage des premiers réformateurs . plulAt qu'en adoptant servilement leurs opinions particulières , que nous nous montrerons leurs dignes successeurs. Ils ont fait beaucoup sans doute . mais ils n'ont pas tout fait ; et comment ceux it la vaste carrière que nous parcourons il-ils pu en marquer le terme? ï a-t-ilméme un lenne assignable aux découvertes que le génie peut faire dans la religion , qui n'est autre chose que la science de l'iurtni ? Les Luther , les Calvin , les Bèze , en élaguèrent quelques erreurs : s'étounera-t-on que. par une suite d'anciennes habitudes d'esprit , et peut-être par condescendance pour la Fiibfesse de leur siècle , ils en aient conservé d'autres ? Qu'on ne l'oublie jamais . leur gloire n'est pas d'avoir cru ceci ou cela , mais d'avoir rejeté toute croyance spéciale , imposée comme un devoir.

On s'imagine embarrasser beaucoup la vénérable compagnie et la rendre odieuse en insinuant qu'elle ne croit plus à la Trinité , au péché originel, & ta nécnsité du bapttme et d'une grâce surnaturelle , â la divinité de Christ , à sa rédemption , à l'éternité des peines. On la somme de s'expliquer netlemenl sur tous ces points , et l'on triomphe de son silence avec une joie digneduseizièmesiècle, comme

si la religion dépendait de ces questions scolastiques. Le mieux serait de laisser chacun les décider poursoidansTintérieurdesaconscicnce. Mais, puisqu'on veut une réponse nette, nous dirons , sans craindre d'être désavoué, que la vénéraldc compa- ' guie n'admet point de dogmes incompréhensibles , ' parce qu'au Fond ce n'est rien admettre, ou c'est admettre une absurdité ; et nous ajouterons qu'ellt n'a pas l'orgueilleuse prétention de comprendre It mystères qu'on lui reproche de ne plus croire et de ne plus enseigner.

Qu'on ne se liSte pas cependant de se rejouir de cet aveu comme d'une victoire ; car nous soutenons cl nous allons démontrer avec évidence;

1° Que, pour maintenir le principe du protestantisme , la vénérable compagnie a dû nécessairement renoncer aux opinions qu'on lui fait un crime d'avoir abandonnées ;

2° Que ses adversaires renversent totalement ce | principe tulélaire , et qu'ils y opposent des bk mes qui les obligent, s'ils sont conséquents, à rentrer dans l'Église romaioe.

Ces deux propositions étant prouvées , it en résultera , ce nous semble , la justification la pliu complète de la vénérable compagnie.

5 I. Pour mninlenir le principe du protestantisme, la vénérable compagnie a dû nécessairement renoncer aux opinions qu'on lui fait un crime d'avoir abandonnées.

Le droit d'examen est le fondement de la religioD protestante , et tout ce qu'elle contient d'invariable. Tant que ce droit est reconnu , exercé saus entrave, elle subsiste elle-même saus altération; ce droit aboli, elle n'est plus. Hais combien ne serait-il pu i absurde d'ordonner à chacun d'examiner pour former sa foi , et de lui contester ensuite la Mbertj i d'admettre le résultat , quel qu'il soit, de cet examen? Concoit-on , je le demande, de plus manifeste contradiction ? Nos pasteurs ont donc pu légitimement rejeter telle ou telle croyance , conservée par les premiers réformateurs. Et que signifie même ce mot de 'f^ornie, entendu dans son vrai sens, sinon un perfectionnement progressif et continu? Prétendre l'arrêter â un point fixe , c'est tomber dans la rêverie des symboles immuables , qui conduisent' tout droit au papisme , par la nécessité d'une autorité infaillihie qui le détermine. Souvenons-noue- \ en bien , la plus légère restriction â. la liberté de j croyance , au droit d'affirmer et de nier , en matière de religion , est mortelle au protestantisme. Nous ne pouvons condamner personne sans nous condamner nous-mêmes , et notre tolérance n'a d'autres limites que celles des opinions humaines.

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DÉFENSE DE LA TÉlléRlBLE GOMPAGNIS

On ne peut done , sont ce rapport , que louer la sagesse de la Ténérable compagnie. Proroquée par des hommes qui , en l'accuMnt d'erreur , sapaient la base de la réforme , elle s'est peu inquiétée des opinions qu'elle sait être essentiellement libres ; mais elle a défendu le principe même de cette liberté , en repoussant de son sein les sectaires qui le violaient. Permise tous, leur a-t-elle dit, de croire ou de nier personnellement tout ce qu'il tous plaira , pounru que tous laissiez chacun user tranquillement du même droit, pourm que tous ne prétendiez pas donner aux autres tos croyances pour règle ; car c'est li ce que nous ne souffrirons jamais. Qui ne reconnaît dans ce langage et dans cette conduite le plus pur esprit du protestantisme 7

On ne le reconnaît pas moins dans le choix des opinions que la Ténérable compagnie admet ou rejette. Le devoir d'examiner pour former sa fdi a des conséquences nécessaires qu'on ne remarque pas assez; et de lâ naissent souTent des contradictions fâcheuses, que le corps enseignant doit surtout s'attacher à éviter.

En effet , nul ne peut examiner qu'aTCC sa raison; la raison ne peut juger que de ce qu'elle comprend : aucun dogme incompréhensible ne saurait donc être admis par un protestant qui règle sa foi d'après les maximes fondamentales de sa religion. Or, qu'on me dise si , parmi les dogmes que rejette la Ténérable compagnie , il en est un seul qu'un homme sensé se flatte de comprendre. On aura beau crier qu'ils sont clairement dans l'Écriture : d'abord c'est la question même ; et puis faut-il donc prendre à la lettre tout ce qu'on lit dans l'Écriture? Personne ne soutiendra une pareille absurdité. Ceci est mon corps; ceci est mon sang: qu'y a-t-il de plus clair que cela dans l'Écriture? Nous convenons tous cependant qu'on ne doit pas entendre ces paroles littéralement. Et pourquoi? uniquement parce qu'elles choquent notre raison. C'est donc toujours notre raison , la raison de chacun de nous qui décide du sens de l'Écriture , et qui décide selon ce qu'elle comprend. A moins donc qu'on ne soutienne que la Trinité, qu'un homme- Dieu , etc. , sont des dogmes qui se comprennent mieux que la présence réelle . il restera prouvé qu'en rejetant ces dogmes inconcevables la vénérable compagnie s'est conformée très -strictement à un principe non-seulement essentiel au protestantisme , mais qui est le protestantisme tout entier. Si une fois l'on se mettait â croire ce que l'on ne peut comprendre , je ne vois pas sur quel fondement on refuserait d'admettre un seul point de la doctrine des papistes. Quand on jeui protestety il faut saToir pourquoi, et s*y tenir, quelque incouTénient qui en résulte. II n'y a rien de pire que l'inconséquence , et ce n'est pas le moment

de fournir de nouTdkt armea contre nova. Je passe i ma seconde proposition.

S IL Les aehersaireê db ks vémérabh cm^mgnie renversent Malewteni le princ^ db prviesiantisme ; et Us y opposent des maximes pâ lesobligenty s'ils soniconséquents,à renirer^bns V Église romaine.

Lorsque les réformateurs se séparèrent de rigiK de ce temps-là , il fallut établir dans l'ÉgÛM Telle un ministère nouTcau ; car éridemment ne succédions pas â ceux avec qui noos romptonsi ce moment même. De là naquit une difficnllé dPafr» tant plus grande que la Traie notion de la réfeiw n'était pas encore , â beaucoup près, parfaitemeil déTcloppée dans les esprila. Chacun réforount isi manière, et dès-lors un peu au haurd, jeTcnidire sans concert, sans ordre arrêté pour rexëculisn d'un plan commun. En secouant le joug du calhtlicisme , on ne secoua pas également odui de toulai les croyances qu'on STait puisées dana son ada; on eut surtout une peine extrême è se faire une jvle idée de FÉglise , qu'on Toulait toi^ours se r^rt* senter comme une société immuable , iDStitoée par Christ, et gouTcmée en son nom par des ouniilNS iuTestis d'une mission diTine.

Nous pouTons FaTOuer aujourd'hui, en partant de ces maximes il était impossible aux premicn réformateurs de répondre aux catholiques rien de sensé quand ils leur demandaient les preuTes de cette mission diTÎne reconnue nécessaire des deux côtés : car il n'était que trop manifeste qu'il n'avaient aucune mission , à moins qu'ils ne la tiotsent immédiatement de Christ; et cette missioo immédiate , surnaturelle , n'était pas aisée è prouver, quand on n'en donnait aucune marque analogie I celles par lesquelles Christ lui-même avait fait reconnaître la sienne , et qu'au contraire on rejetiit, au moins depuis les apôtres , la superstition dei miracles ainsi que tant d'autres superstitions. Le mouvement intérieur de l'esprit ne signifiait rien, puisqu'on pouvait le nier comme on l'affirmait, et que l'esprit, à cette époque, inspirait des choses fort étranges , et souvent les plus opposées entre elles, à ceux qui se prétendaient extraordinairemeot envoyés. Au fond , en ce qui regarde la mission , il fallait en croire les réformateurs sur leur parole.

Or, cette difficulté , tout à fait insoluble avec les idées qu'on avait alors , ne Test pas moins aujoa^ d'hui pour les adversaires de la vénérable compagnie, lis se disent les ministres de Christ, et ils soutiennent que Christ est Dieu. Si ces deux poioti sont véritables , nul doute qu'ils ne soioit revêtus d'une autorité divine, et qu'on ne dolre leur obéir

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