‹ Œuvres complètes de F. de La MennaisChapitre 105 sur 108 · REPONSE A UN ARTICLE DU MONITEUR · texte numérisé non relu

REPONSE A UN ARTICLE DU MONITEUR

14 septembre 1881.

Quelque habitude que nous ayons du langage officiel, quelque accoutumés que nous soyons aux assertions les plus étonnantes j aux contre-vérités les plus hardies y le ministère, nous devons l'avouer, vient de réussir à ce que nous aurions cru impossible , à surpasser, sous tous ces rapports , notre attente, et à exciter notre surprise, comme s'il parloit pour la première fois. A propos de la circulaire de M. l'archevêque de Pans, le Moniteur explique la conduite du gouvernement à l'égard de l'Église. « On sait, dit-il, quelles préventions malheureuses » étoient excitées depuis plusieurs années contre le » clergé en général ( et c'étoit un tort ) , par suite » des scandaleuses intrigues et de l'odieuse inquisi- » tion dont quelques ambitieux et quelques fanatiques » s'étoient rendus coupables. On sait quelles tristes » conséquences ces préventions pouvoient entraîner, » à une époque où on ne manquoit ni d'occasions ni » de dispositions pour les exploiter. L'administration » comprit ses devoirs ; elle étendit sa protection sur » des choses saintes, sur des hommes vénérables, et

» en même temps elle renouvela aux hommes ardens » qui compromettoient les choses sacrées Tayertis- » sèment de veiller sur eux-mêmes aussi, et de ne pas » rendre impuissantes par leurs fautes ses bonnes in- » tentions pour faire respecter leurs droits.

» Elle vouloit protéger ce qui méritoit de Tètre ; }} et pour assurer d'autant mieux le succès de sa sol- » licitude , elle prit soin de séparer plus décidément 1) que jamais le temporel du spirituel. Elle demanda » au clergé, à qui elle vouloit accorder toute la pro- M tection des lois, d'obéir lui-même à celles qui ré- }) gloient sa condition en France : elle voulut donc » réhabiliter les dispositions organiques du concordat n que la restauration avoit laissé tomber en désué- » tude , et que la signature du pape recommandoit au » moins au respect des évèqu^s. »

Ainsi l'administration est contente d'elle-même ; et nous catholiques, nous lui devons une vive reconnoissance de ce qu'elle a fait pour nous. Elle a daigné étendre sa protection sur des choses saintes, sur des hommes vénérables . Veut-elle dire que toutes nos églises n'ont pas été abattues , tous nos sanctuaires pillés, qu'on a laissé vivre et notre culte et les ministres de ce culte ? Est-ce de cela que nous lui devons rendre grâces ? Entend-elle que les catholiques doivent lui tenir compte des crimes qu'elle n'a pas commis , de ce qu'elle s'est abstenue de proscrire la religion de la majorité des Français, de ce qu'elle n'a pas renouvelé les lois de 1 793, et relevé sur tous les points de la France les échafauds qui en étoient la

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sanction ? Est-ce de cela , encore un coup , que nous devons lui rendre grâces? Que si ce n'est pas de cela, de quoi donc? de la démolition de quelques uns^ de nos temples? de la profanation de quelques autres ? de l'envahissement à main armée de plusieurs de nos séminaires? des persécutions qu'elle a fait subir à nos écoles? de la prohibition prononcée par elle des cérémonies extérieures de notre culte, et de son intervention, au dedans même de nos églises , dans les rites , l'enseignement et les prières de ce culte ? des vexations que ses ministres ont eu à subir soit par ses ordres, soit par ceux de ses agens, soit delà part des ennemis de notre foi , dont les actes, quoique opposés à toutes les lois , sont restés impunis ? et c'est en présence de tous ces faits que le ministère viendra nous demander de la reconnoissance ! Il en mériteroit de nous une bien grande et que nous lui paierions de toute notre âme , s'il avoit, comme il s'en vante, pris soin de séparer plus décidément que jamais le temporel du spirituel. C'étoit là notre vœu, et c'est encore, et ce sera désormais toujours le vœu des cath<v< liques, vœu que nous avons, ce semble, assez souvent; ^ assez énergiquement exprimé. Et si nous nous plai-. gnons du ministère, si nous l'accusons hautement, à la face de la France, d'avoir manqué tout à la fois à ses devoirs envers nous et envers le pays, c'est précisément parce qu'il n'|i pas, ainsi que la Charte Ty obligeoit, 5^|>ar^ décidément le spirituel du temporel, en cessant de se mêler des choses religieuses , en nous donnant la liberté à .laquelle nous avons droit. Nou^

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ne rédamons qu'âne chose, cette liberté que nnl pon- Toir, nous le disons sans hésiter, ne sera assez fort pour nous ravir long-temps. Et nous ne la réclamons pas pour nous seuls ; car n'y eutnil que cet unique motif, ce seroit le plus sâr moyen de la perdre bientôt : nous la voulons pour tous nos frères, quelles que soient leurs croyances ; nous la voulons entière pour Um$, égale pour tous. Que si quelqu'un en abusoit , la loi commune est là pour le punir ou pour le réprimer. Et voyez un peu ce qu'osent nous dire ces hommes : ils ont imaginé de nous faire libres, comme nous étions libres sous Napoléon I En vérité, on en riroit si la question n'étoit pas si grave. Ils prennent apparemment leur plume de procureur o« leur aune de marchand pour le sabre sous lequel l'Enfla tremblante se courba pendant douze années. Us ont voulu, disentrils, rihabiUter ks dispositions organiques du concordai , que la signature du pape recommandoit au moins au respect des éviques. Et quand le fait seroit vrai, vivons-nous sous TEmpire? La Charte du 7 août n'a-t-elle rien changé à nos rapports avec TÉtat? ou sommes-nous seuls exclus du bénéfice delà Charte? Mais le fait est faux, matériellement faux. Loin d'apposer sa signature aux articles organiques, publiés^à son insu , le pape n'en eut pas plus tôt connoissance qu'il se hâta de protester, de la manière la plus solennelle, contre des dispositions inconciliables avec les principes de la religion catholique , et tellement incompatibles que sous le règne même de Bonaparte elles demeurèrent, pour la plupart, sans exécution.

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Quoi que que fassent les miDÎstreSy elles seront encore bien moins exécutées aujourd'hui : et nous ajouterons que le concordat même contient des clauses réso- i lutives qui ne permettent pas au gouvernement de j l'invoquer aujourd'hui sans violer directement ef la lettre et Tesprit de notre Loi fondamentale. Mais poursuivons :

« En même temps que l'autorité ramenoit les rerlations du gouvernement et du clergé ^ sous le rap- ^

port temporel , aux conditions qui les régissoient (

sous l'Empire y elle s'appliquoit à restituer au \

spirituel de l'Église plus de respect ^ plus d'indé- |

pendance que jamais. Les familles pieuses con- [

viendront que si le culte n'étale pas aujourd'hui , ^

comme il y a quelques années, un luxe de démons- S

tration et une ardeur de domination incompatibles , à notre avis , avec la modestie , l'abnégation et la véritable piété, l'Eglise jouit, d'un autre côté, *

d'une liberté intérieure et d'une protection bien- »

veillante qui ne lui étoit pas acquise à une époque ^

où un gouvernement absolu ne laissoit aucune indépendance s'établir, même en dehors des affaires politiques. Et cependant on se rappelle avec quelle reconnoissance le clergé avoit accepté cette demiprotection que lui accordoit le chef du gouverne- ' ment , et quelles formules de déférence et de res- I pect avoient été inventées pour la lui témoigner ! » j Encore un appel au respect et à la reconnoissance. ( Eh ! nous le disons avec une parfaite sincérité, notre ^^ joie seroit de vous devoir l'un et l'autre. Nous ne j

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TOUS demandons point pour notre culte un luxe de démonslraUon f qui n'est pas nécessaire à son existence. Encore moins désirons-nous la domination, car elle nous seroit mortelle , car elle est incompatible avec la liberté qui est notre vœu conune elle est notre droit. Vous nous parlez de modestie, d'abnéga-' tion , de vraie piété : fort bien , pourvu que ces mots, sur vos lèvres et dans votre cœur^ ne signifient pas esclavage. Gar^ ne vous y trompez point, le temps de la servitude est passé; vous ne le ferez pas renaître. Vous ne persuaderez point aux catholiques qu^ils jouissent de plus d' indépendance que jamais, lorsque , de votre aveu, vous les ramenez aux conditions qui les régissaient sous C Empire. Ces deux motà , Empire et indépendance, dans lesquels vous résumez leurs droits, ne sont, s'ils expriment votre pensée réelle, qu'une monstrueuse absurdité, et, s^ils ne Texpriment pas, qu'une dérision insolente. Apprenez donc une fois, si vous ne le savez pas, que ce qui nous pèse c'est votre joug, c'est la dépendance où vous vous obstinez à nous tenir, votre intervention dans les choses de notre foi et de notre culte affranchi par laloi. Apprenez que ce que nous voulons ce ne sont point des richesses , ce n'est point du pouvoir : malheur au catholique qui aspireroit , comme tel , à la domination ! nous ne le redirons jamais assez, nous répudions toute idée semblable. Ce que nous voulons , c'est la liberté : l'entendez-vous bien? la liberté ! non pas une liberté à votre façon , qui se borne à laisser TÉglise maîtresse de ses sacrcmens et de ses cérémonies

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jusquà la porU du sanctuaire^ et sous la seule réserve des droits que les articles organiques du concordat attachent à r administration pubb'qtie; car ceci c'est Tesclavage, un esclavage honteux, insupportable à des hommes de cœur, et que nous ne supporterons pas ; mais une liberté qui nous suive partout où notre ^

droit ne commenceroit pas à violer le droit d'autrui , dans les rues comme dans le sanctuaire ; une liberté de discipline comme une liberté de sacremens ; une 2

liberté telle que vous n'ayez à vous mêler, sous aucun «

prétexte, de ce qui intéresse notre conscience, de ce , }

qui touche à notre religion ; une liberté enfin qui ne i

réponde d'elle-même que devant la loi et les tribunaux.

Et quant à ce qui concerne Tarchevèché de Paris, y

nous n'entrerons point dans une discussion que nous ne sommes pas appelés à suivre. Ce n*est pas pour quelques pierres que nous plaidons, et jamais un toit ne manquera pour abriter les têtes vénérables de nos premiers pasteurs. Mais nous dirons à Técrivain ministériel du Moniteur qu'il y a, dans certaines circonstances, des paroles incompatibles avec la simple pudeur de l'honnête homme, et des insinuations qu'on ne sauroit relever, précisément parce qu'elles pourroient ressembler à des crimes.

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