‹ Œuvres complètes de FléchierChapitre 179 sur 181 · DES GRANDS JOURS DAUVERGNE · texte numérisé non relu

DES GRANDS JOURS DAUVERGNE

qu'ils y resteroient pendant toute h durée des grands jours* Us partirent vers le nàlieu de septembre. La relation ne dit rien de*ce qui arriva aux voyageurs pendant la route depuis Paris jusqu'à Riom* C^st à leur arrivée dans cetfe dernière ville, une des plus riches et des plus agréables du royaume, que commence le récit de M. Flécbier. 11 débute par une description de cette ville , de ses rues larges et commodes, de ses édifices publics et particuliers , de sa riante situation au Milieu des plaines fertiles et délicieuses de la Limagne, des moeurs douces et faciles de ses habitans , et du ton de politesse qui régnoit dans leurs assemblées. 11 parle avec éloge des maisons où se réunissoitk bonne compagnie, et en particulier de celle du lieutenant général où M. de Caumartin et sa famille allèrent loger, maison qui ne le cédoit à aucune des mieux tenues de la capitale pour la propreté, la magnificence et le bon goût des ameublemens. Les expressions lui manquent lorsqu^il veut peindre la beauté des campagnes qui sont autour de cette ville et leur fertilité. Dès les premières conversations qu'il lia , soit dans les sociétés, soit à la promenade , avec les personnes qui lui parurent les plus aimables et les plus instruites, on le mit au fait de ce qu'on appelle ordinairement dans les provinces la carte du pays. On lui en raconta les aventures les plus singulières et les plus piquantes. 11 en rapporte une qui n'est pas sans intérêt , quoique les personnages qu'on y met sur la scène n'aient par eu:ç -mêmes rien de propre à le faii^ naître et à l'entretenir.

C'est un jeuiie homme de Glermont ; son nom est Faget, riche, spirituel, généreux, bien fait, estimé de tout le monde pour sa pfobité, son caractère aimable, et le bon usage. qu'il sait faire de sa fortune, qui aime passionnément une delnoiselle (elie n'est pas nommée) qu'on regardoit comme la merveille clu pays, parce qu'elle réunissoit dans sa personne tout ce qu'il faut pour inspirer de l'attachement et mém^'de la passion; les. grâces de la figure, la finesse de l'esprit, l'enjouement de l'humeur, une taiUe'Wble et bien prise , un son de voix touchant , une conversation douce où elle sa voit mêler à propos le fruit de, ses lectures avec lessaHlies vives et brillantes que la gaieté naturelle lui inspiroit. Elle étoit fille d'un président au présidial de Riom , ce qui s'appelle dans une provincp, dit M. Fléchier, avpir de la naissance , et tenir le premier rang dans la société. Les vues du jeune homme étoient honnêtes , et la demoiselle ne rejetoit pas son hommage 5 la convenance dos caractères et l'égalité des conditions étoient aux yeux de tous ceux qui connoissoient leurs sentimens des moyens propres à faciliter leur union. Si l'un avoit plus de fortune, cet avantage auquel on donne presque toujours plus de prix qu'il n'en mérite, étoit compensé par toutes les belles qualités que l'autre avoit reçues de la nature. Us sont d'abord traversés par les parens de la demoiselle qui ont d'autres projets pour son établissement, guidés par des motifs d'intérêt et de vanité ; mais ce premier obstacle ne les déconcerte pas, et ils mettent leur gloire à donner un exemple de constance et de

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fermeté , dans Tespôîr â'intéresscF à leur sort tous les cœurs^sensibles, s'ils ne peuvent toucher ceux de qui. leur bonheur dépend. Mais bientôt ramjjition vient jeter le trouble et la désunion entre 9eux personnes qui paroissoient n%i Tune pour Tautre. L'intendant de la province , 'à qui le jeune homme confie ses intérêts, conçoit des sentimets tentires pour la demoiselle-, et , au lieu de répondre* aux intentions de sonfemi , il travaille pour lui-m^éme, 11 commence par s'acquitter de la commission à<^ il ^'.est chargé, in2gtssana;y mettre le zèle et lî chaleur qu'on atlendoit de lui. Ensuite il s'aperçut qu'il ne déplaisoit pas , et qu'il pçuvoit cesser de parler potir autrui. 11 quitta donc pc^u à peu le personnage de médiaftii' ; et, se mettant à la place de son ami , il se proposa lu^- même pour époux* Le rsmg qu'il occupe dans la jJtovince est trop considérable pour que l'amour-propre d'une femme , naturellement ambitieuse-, n'en soit pas flatté. Elle ne voit pas avec indifférence qu'il ne tient qu'à elle de le partagef . Ses anciens sentimens parlent encore^ pendant quelque temps en faveur de celui dont son cœur avoitfait choix, mais insensiblement ils s'âffoiblii^sent, et bientôt la vanité lui fait envisager qu'en acceptant les offres de l'intendant de Riom elle deviendra la personne de son sexe la plus considérable du pays», n'ayant plus d'égale parmi les autres femmes, et voyant chaque jour les plus distinguées du pays* par leur condition et leurs rkhesse^^, empressées à lui plaire. Elle ne tient pas contre cette image séduisante ; et, convaincue qu'elle se manqueroit à elle-même si elle

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refusoit ce que la fortune venoit lui présenter , elle consent à devenir Fépouse de celui qui lui donne un rang dont iiéclat et les avantages l'ont éblouie. Ainsi Tambition triomphe de l'amour, etPhômme puissant est préféré à celui qui méritoit Jle l'emporter par la délicatesse et la constance de ses sentimens. Dans le manuscrit de M. Fiétfiier ^ue nous avons sons les yeux /fout c^la est mêlé d'incidens, de portraits, de réflexions et d'autres accessoire^ qui en rend^pt le rébit très-agréable et très-vaH<J^* Quoiqu'un peu long. La conversation où M. Fléchier apprit tous ces détails, et plusieurs autres que nous avons supprimas, se passa dans, une promenade publique $ qui est, dit -il, le Luxembourg de ce cantojn.

Aprèviyoir passé quelques jours à Riom , messieurs les commissaires du roi se rendirent à Clermont pour y commencer les importantes fonctions dont ils étoient chargés. Ces villQ3 ne sont éloignées l'une de l'autre qne de deux lieues; mais la route est si belle, si riante, qu'elle ressemble plutôt à une promenade qu'à un grand chemin. 11 est bordé de beaux arbres des deux côtés qui sont arrosés par deux ruisseaux d'une eau claire et vive , comme par deux canaux naturels qu'on diroit creusés là tout exprès pour récréer la vue , rafraîchir l'air et entretenir la verdure. On découvre d'un côté les montagnes du Forez dans Téloîgnement, |t une grande étendue de prairies qui sont d'un vert plus vif et plus frais que celui des autres pays; elles sont arrosées par une infinité de petits ruisseaux dont îe cristal pur et transparent, répétant en

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mille manières les fleurs et la verdure , fortne le plus beau coup d'œil du monde. On voit d'un autre côté les montagnes d'Auvergne , qui sont f btt proches , mais qui, par la variété de leur parure et la fertilité des terres qui les environnent, bornent la vue si agréablement qu'elle ne voudroit pas s'étendre plus loin.

Tout le peuple de Clermont et des'lieux voisins étoit répandu sur la route pour voir arriverles magistrats qui venoient leur rendre justice. Tons lés corps étoient venus au devant d'eux , et attendoient d'espace en espace pour débiter , chacun à leur tour , les harangues qu'ils avoient prépâtrées , fet où ils n'avoieht pas épargné les brillantes comparaisons tirées du soleil et de ses rayons, de la lune et de sa douce lumière , des grands et des petits jours, ceux-là propres aux grandes entreprises par leur, durée et leur sérénité , ceux-ci plus favorables à l'exécution des mauvais desseins que des^boiis , à causé des ténèbres et de l'obscurité qui les couvrent presque toujours. Après» avoir essuyé toijtes ces fâcheuses rencontres, les magistrats des grands jours entrèrent dans la ville , où il fallut encore s'arrêter pour entendre de nouveaux *hahmgueurs, qui ne vouloîent rien perdre de toutes leurs études passées dont leurs discours étoient un abrégé, et qui prétendoient se mettre en réputation de gens d'esprit et d'un grand savoir par l'ennuyeux étalage de leur mauvaise éloquence.

Pendant que M. Talon ^, chargé des fcfactions de

' Denis Talon, avocat général au parlement de Paris, Gis du célèbre Omer Talon , aussi avocat général, pendant la minorité de

procureur général , alla visiter les prisons et faire disposer au^palais tout ce qui étoit nécessaire pour Tott' yerture des grands jours , leà autres commissaires allèrent ^'établir dans les divers Ipgemens qui leur*étoient destinés. Le lendemain , dès le matin , les harangues et les complimens recommencèrent. Les officiers des justices voisiaes vinrent, dit la relation, s'humilier devant celle de Paris et lui rendre hommage. ,Des religieux dediftérentes couleurs se présentèrent en corps pour remplir le même devoir , en dtant sajnt Paul et saint Augustin , comparant les grands jours^ au jugement universel , et rapportant scientifit[uement toas les endroits de l'Écriture qui peuvent s'appliquer au sujet de la justice des hommes. Uq jésuite à la tête de son collège , et un capucin le plus vénérable de la province se signalèrent à citar les plus beaux endroits des saints pères à la louange de messieurs^des grands jours, et firent voir avec beaucoup d'érudition que saint Augustin et saint Ambroisç avoient prophétisé ce qui se passoit alors en Auvergne»

La ville de Clermont parut aux yeuxde M. Fléchier et des autres habitans de Paris qu'il y avoit accompagnés une des moins agréables de France, à cause de sa situation trop voisme'des monfagaes, ^t de ses rues SI étroites (|uela plus grande, dit-il, est la juste mesure d'un^carrosse ; mais, si elles ont ce défaut, elles ont aussi cet avantage , qu'un grand nombre de fon-

Louis XIV, qui a laissé d'ezceUens mëmoires imprimés sur les éffi^ireis^de son temps , auxquelles il a eu beaucoup de part., s'e'tani trouvé chargé du ministère public dans des momens très-^orageux.

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taines, de la plus belle eau du monde, y entretiennent partout la propreté, ce qui ne contribue pas peu à la «alubritëdel'aircfu'on y respire. Les maisons sont a§sez belles, surtout <lans l'intérieur, dont la distribution est commode et bien entendue. M. Flëchier observe xme singularité dans la consltuction de ces bâtimens, c'est qu'ils sont tous comme soutenus en l'air, sans en excepterles plus vastes, la coutume étant, dÎNil, cle creuser 1^8 caves sous les fondemens qui, par ce moyen, ne sont appuyés que sur une base suspendue 5 et , ce qu'il y a de bien étonnant, c'est que cette base, qui paroît si peu scJide , e^t pourtant si ferme qu'il n'en est jamais arrivé d'accident.

La ville est extrêmement peuplée-, et , si les femmes n'y sont pas remarquables parla beauté de leur^traits, elles le sont au moins par leur fécondité. C'est un fait ^ constant, dit la relation, qu'une dame. morte, il y a quelques années, âgée de quatre-vingts ans, ayant fait le dénombrement de ses enfans, petits -enfans, neveux et arrière- neveux, en compta jusqu'à quatre cent soixante-neuf vivans , et plus de mille qui étoient morts et qu'elle avoit vus. J'en ai vu , ajoute M. Fléchier, la table généalogique qu'en a fait dresser M. Pascal, fils de cette dame, si connu par ses inventions mathématiques et par ses lettres provinciales. Après cela, dît-il -encore, peut-on dquter de la prodigieuse propagation d'Israël pendant la captivité d'ÉgyptS,? et n'a-t-on pas sujet de demander ici ce que les HoUaur dois demandèrent,* lorsqu'ils entrerait en Chine, et qu'ils virent la foule de peuple dont les villes y sont

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remplies, si Jies f^c^mes de ce pays tnettent a\i monde dix enfans à la fois.

Lorsque les dames de la ville vinrent faire visite à celles qui avoient accompagné messieurs les commis- •saires , Tabbé Flechier , qui*observoit tout avec les yeux de là curiosfté, étoit présent, et la manière dont *il peint cette scène nouvelle pour lui est toot-à-{ait plaisante. Les dames arri voient ^par^troup^es afin de se rassurer les unes les autres , et d'être moins remarquées. Leur façon de se présenter, leur air gauche et décontenancé, leurs bras pendans ou croisés sur la poitrine sans aucun m^uyement, leur, parure où les modes du temps étoient portées à Fexçès, comme c'est Tusage des femmes de province qui se piquent de se bien mettre , leur affectation à se placer en cercle , suivant'la qualité de leurs maris., ou suivant Tépoque de leur mariage, rien de ce qui peut former -un tableau d'un ridicule achevé n'échappe au pinceau 4a Aaixa* teur. Il distingue néanmoins dans cçtte foule madame Perrier, sœur de M. Pascal,* femme du plus grand mérite, que madame la marquise de Sablé a tjint louée, et qui le méritoit à ^i juste titre. C'étoit la personne de sdu sexe la plus estimable et la plus considérée. Elle tiroit plus de gloire, dit M. Fléchier , de %es quaklités pprsoimelles et de sa vertu que de rhonneur d'avoir pour frère le plus grjmd. géomètre et le plus pîirfait, écrivain du siècle, en. §orte qu'elle aaroit Joui de la même réputation qu^n^iln'yaUroit pasea de Pascfil pour^Uustrer sa famille , et de majrquise de Sablé pour .faire son éloge.

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Après la messe du Saint-Esprit , eëlébrée par Fëvéque de Clermontj prélat éloquent él d'une vie trèsexemplaire, qui fit un beau discours s.ur l'objeè de la cérémonie, messieurs les commissaires ouvrirent les «éances des grandt jours. M. dç Novion ,^ président de-'^ce tribunal, présenta la déclaration du roi dont il fit^lecture^ ensuite M. Taloa prononça utfe harangue qui fut très-applaudie. 11 débuta par cette maxime empruntée c^es philosophes que,^an8 le moral comme dans le physique , les choses agissent avec plus ou moins de force, selôi^ qu'djb» sont plus proches ou plus éloignéesides prineipe^M^ elles tirei^ leur activité. U expliqua cet axiomepar des exemples tires de la nature, et il* en conclut que le tribunal suprême qui, par ses lumières et son autorité, est pour l'Au-^ vergue, comme pour tous les autres tribunaux inférieurs, un centre d'action et de mouvement dans l'ordre judiciaire, se trouvant placé à nnd. grande distance de cette pievince-, il ne pouvoit y iaire de grandes im* pressions qu'en y envoyant de teipps en. temps des magistrats revêtus de l'autorité du prince. Il passa na-^ tarellement de là aux louanges du roi. U i^marqua qu'il y a des monarques .qui , dans la crainte de com^ promettre leur grandeur et leur .majesté, se dérobent aux regards des peuples, se tiennent au fond de leur palais comme dans un sanctuaire impénétrable, et affectent en quelque sorte de se mettre au rang des dieux par les barrières qu'ils élèvent autour d'eux, et le peu de commerce qu'ils ont avec les hommes ; que leur vrai motif est de cacher leurs défauts et d'éviter

lé mépris qu'on auroit pour eux si leurs foiblesses étoient connues •, mais que LouisVavoît aucune de ces raisonspour s^ rendre inaccessible à ses sujets, et de jeter le moindre voile ^r*ses actions, qui sont toutes grandes, {looles, éclatantes, et digheà de son rang auguste 5 qu'il aitnoit à se communiquer au deHors par ses bienfaits et ^on^équité surtout en leur faisant entendre les otacles de sa justice , soit par lui-inême, soit par ses magf strsfls choisis qu'il entqypit dans les proTinces où il ne pouvoit autrement/aire -sentir sa présence 5 et (^'aprèa tant de belles entreprises qui avoient illustré le' commencement de ^n règne il ne manquoit plus à sa gloîre que.celle de réprimer les violences qui se commettoient dans son royaume, et de tirer les peuples de l'oppression des hommes puissans, dont la méchanceté devient plus Audacieuse par l'impunité. Il termina son discours par «quelques réflexions sur la Justice , dont il trouva les' principaux caractères dans les attributs que la peinture luî donne; son intégrité dans le bandeau qui lui couvre les yeux, son attention scrupuleuse à tout peser au poids du sanctuaire dans la balance qu'elle tient d'une main, et son inflexible sévérité à punir le crime dans l'épée nue dont son autre main est arméa.

M. de Noviou, président, harangua aussi avec beaucoup de noblesse et de gravité ; il exposa les in* tentions du roi (Istns l'érection du tribunal des grands jours , et fit connoître en détail les divers objets dont ce tribunal alloit s'occuper conformément aux vues sages et bienfaisantes de sa -majesté. Après cela , un

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jeune avocat qui annouçoit des talens distingués pour les exercices du palais plaidât une cause d'apparat pour remplir la séance , et mettre messieurs les commissaires en possession de l'autorité dont ils étoient revêtus. - ^

L'abbé Fléçhier , ayant trouvé une occasion pour aller à Vichy, ce lieu si renommé à cause de ses eaux médicinales et de ses bains salutaires , ne la laissa pas échapper. Le premier jour du départ, ses compa- , gnons de voyage et lui couchèrent à Effiat , où le maréchal de ce nom avoit fait bâtir un vaste et magnifique château dans la plus belle situation du monde. Le lendemain ils aperçurent :

Ces TaUoDS où Vichy, par ses chaudes fontaines , Adoucit tous les jours miUe cuisantes peines.

Ces deux vers de Chapelain cités par M. Fléçhier, quoique durs et rocailleux, ne sont pas les plus mauvais du poëme de la Pucelle.

Il n'y a pas dans la nature , continué M. Fléçhier, de paysage plus beau, plus riche et plus varié que celui de Vichy. Lorsqu'on y arrive, on voit d'un côté des plaines fertiles , de l'autre des montagnes dont le sommet se perd dans les nues,- et dont l'aspect forme une infinité de tableaux difféf ens , mais qui vers leur base sont aussi fécondes en toutes sortes de productions que les meilleures terrains de la contrée.

Elles fournissent non-seulement aux yçux un spectacle enchanteur, mais encore à la vie tout ce qui peut

la rendMe abondante et dottcé. On ne sadioit s'imaginer un lieu plus charmant; et, quand on Youdrœt se faire à plaisir une perspective qui réunît ensemble toutes les beautés champêtres, on n'y réassiroit pas aussi bien. Un de mes amis, ajoute-t-il, qui fait de trës-jolis vers, me disoit qu'il y venoit passer tons les ans six semaines , non pas tant pour sa sauté que pour son amusement :

Et fx>ar Yoir ces lieux à loisir.

Où la natare a pris plaisir A reunir dans T^endae Tout ce qui peut plaire à la vvn , Les village^ et les ohâteai|i , Et les Yallous et les coCeaux , La perspective des montagnes > Couronnant 4e vastes campagnes -^ Le beau fleuve qui dans son cours Forme à leur pied mille détours ^ La verdure ëmaillëe des plaine» , Le cristal de mille fontaines , Les prés , les ruisseaux et las bois , Toiî^s oe» ^aut^s à \^ fois IVeudent le pays; admirable ; Et, dans ce séjour délectable , Séjoor à jamais préféri^ble A celui qv'lmbiteiit )es dieux, Qn pense , fi c^esi chqst croyable , Que pour Tutile et l'agréable Jamais on ne peut trouver mieux.

Tbii» le» efforts qa» la peioture Fsnl'p«ur «niI^eUir la nature Ne sont que de faibles crayons Des beautés que nous y voyons.

Auprès de toutes ce» merteille».

Qui Boat pent-^tre Miat pareille» ,

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Je i»^e8|inipn>i8 fa» fiR^ ebott Le paysage de Saiot - Cloucl , KoQ plus q^et:.elui de Suréoe, Arrose des' eaux de la Seine { Et qui Tante Blontmorency, Se Uitaài s'il eàt Ta ceci^

L'abbë Flécbier s'est -'il masqtié sons h; rvonti d^oti ami pour ne pas anoiier cette ttrade poétique , «11 «ont -ils en effet d'unQ main étrangère? C'est ee qtie nous îgdorons; mais ce cpie Kfist le nion^ avatera eeilime iio»s, c^est que parmi les vers qui nous res^ ient de loi on n'en trouve pas d'nn toor svussi facile et dira coloris aussi brillant, aussi frais que ceux-ci^ La relation continue ; L'Allier^ dit<«lle, qui serpente dans ce Talion, et qui, dans cel endroit^ porte déjà df assez grands bateaux ^ est un ées pltis beauid onie**> mens de cette agréable, coçtrée. Ou travailloit alors à le rendre entièrement mtTigsble à cause des mines de charbon qu'on avoû découvertes plus kaut dans les Biontagnes, qti'qn ne pouvort exploiter avec s«kç<ces», si Tan n'avok pas un moyen de traiispotiieff £e^ cilement ce qu'cm en tireroit. Mais ce qu'il y h de plus remarquable en ce lieu , c'est qu'on n'y troure pas seidement à récréer sa vue lorsqu'on le contenir pks et à s'y nourrir déUcieusement quand on l'bar hite^ mais encore à se guérir quand on est malade, en sorte ^v^ tQutes les beautés de la nature semjblent avoir voulu s'y réunir avec l'aboadance et la santé. Outre ces sources, qui coulent de toutes part» et qui paroissent inutiles, parce qudies ne servent qu'à ré-

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créer la vue et arroser les champs^ on en voit d'aulrcs qui fortifient les corps, et qui soulagent les malades en détruisant k cause des maux qu'ils souffrent. Par de longs canaux souterrains elles semblent accourir {\u secours de cent misçrables qui viennent de tous les pays y chercher la fin de leurs tourmens. En passant à traders le» soufre ou le vitriol , elles se rendent dans de grands bassins qu'en leur a creusés , et se présentent .en bouillonnant à tous ceux que Tespoir de la santé fait arri^r en foule dans cet heureax canton V aussi les tient-on renfermées sous des^rilles de fer, et les estime-t-on à l'égal des Uqueurs les plus précieuses.

La saison propre à faire usage des'eaux étoit déjà fort avancée , et la plupart des buveurs s'étoient retirés. 11 ne restoit g«ère plus à Vichy que des religieux et des religieuses qui, arrivés des prenriers, s'étoient arrangés pour ne partir que des derniers. C'est , dit ingénieusement le narrateur^ le grand soin <|ue les personnes consacrées à la retraite et à la dévotion ont ordinairement de leur santé , et bien sou* vent aussi le dégoût du cloître qui les retient si long-temps après les autres. Parmi sept ou huit religieuses qui se trouvoient là, les unes avoient obtenu des ordres de la cour pour y venir malgré leurs ,évêques, d'autres avoient si bien fait leur cour aux éyêques que ces prélats leur avoient permis de s'y rendre, malgré les supérieurs locaux, et toutes ne paroissoient occupées que du soin de profiler à l'envi les unes des autres de ce temps de liberté. Deux seu-

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lement s'y faisoient remarquer par leur goût pour là retraite, et par leur édifiante régularité. C'étofent des filles de qualité, Tune et l'autre très-aimables, très-bien élevées, d'un caractère pleinde douceur, et d'un esprit très-cultivé, mais beaucoup plus dis-^ tinguées par les vertus de leur état que par leur naissance et les autres avantages de la nature et de l'éducation, qui inspiroient à tout le monde le désir de les connoilre. Tandis que les autres ne cherchoient que les amusemens et la dissipation, celleg-là vîVoient aussi retirées , étoient aussi exactes à rempKr, autant .qu'il éloit possible , les observances de leur règle , et tes exercices journaliers de la vîè religieuse , que si elles eussent été dans leur clôture. C'est que les personnes véritablement pieuses portent partout avec elles le principe de leur conduite , et que le changement des lieux ou des circonstances n'en apporté point srax motifs qui les font agir. '

Parmi les buveurs qui se trouvoient encore à Vichy M. Fléchier fut ravi de rencontrer madame dé Briom ^ personne de qualité qui avoit épousé un conseiller au parlement de Paris, mais qui faisoit ordinairement sa résidence en Auvergne pour plaire à son mari^ dont les terres étoient situées dans cette province. Elle y jouissoit d'une grande considération , moins pour son rang et ses richesses qu'à cause de son esprit , de s'a douceur, de sa politesse, de son caractère estimable et de sa conduite pleine de sagesse el de raison; Mais, si M. Fléchier rend justice aux qualités vraiment dignes d'éloges que madame de Briom avoit su

réunir, et jHirtout au hou espit dont eUe avotl fait preuve en reuox3çai;it znx amnsemens de la capitale pour se couCori»er au goût de.&oli inari qtti^^e se plaisoit que dans ses terres, cet ingénieux narfatemr s'égaie aux dépens de quelques originai^x dont il peint les ridicules d'une manière aussi naïve que plai-^ ^nte, quoiqu'il n'eût jamais de peàcbant pour la «afire. D'abord c'est un capucin d'ilne.toarnure plus élégante que celle de ses confrères, qui est dan» l'usage de parcourir chaque année toiis les bains de Ja province pour y faire de nouvdles comioissances e^ r^smasser dafts un lieu des aneedoles qu'il débite (dans on autre , ce qui le met en état de paroître av«c distinction dans la société ^es buveurs* Il avoit passé à Bourbon , il y avoit vu des personnes qui se disoierU amies de l'abbé Fléchier 5 U leur avoit entendu dire que cet abbé faisoit des vers, et qu'on commenooit déjà à le compter parnvi les beauK-ésprits 4e la capitale. Arrivé à Vichy^ le révérend père r^and tout ce qu'on lui a dit sur les taleos et le^s ouvrages de l'abbé Fléchier, et voilà cet ^bbé connu , renommé, vanté malgré lui par tom les buveurs, avec la reputatioi\ jde poêle et de bel-esprit.

Ce soiU ensuite deux provinciales bien précieuses 0t bien singulières dont cette réputation Jui attire la visite. L'oue, dit-il, étoit d'une taille qui approcbcôt de celle des aaiciens géaus ; et^ son visage n'étant pas proportionné à sa taille^ elle avoit la démarche et la figure d'une laide amajeone.iL'autre étoit au contraire fort belle, et son visage étoit si couvert de mouches

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qde je n'en pus Yoir autre chose que le i^ e|; ^€^ yenx. Je remarquai seiilement qu'elle 4toit an peu boiteuse; mais ce qu'on ne jpouvoit s'empécber de voir dans leurs manières^ leur parure et toiH lew extérieur, c'étoit que l'une et l'autre se *croyoien4: Jbdles. Pour moi , lorsqu'elles entrèrent, dans m(i chambre, ces deux figures si étrangères m^ firent peur; et, daûs mon premier mouvetnent, je les pr« ;pouf deux mauvais anges .q/ai tâchoieiU.de se (dé*guiser en anges de lumière. Cependant je me rassurai du mieux que je pus; et, ne sachant enqore cammeni je devois leur parler, j'attendis qu'elles m'eiisseiat fait leur compliment pour ajuster ma réponse à ce qii'elles me diroiait. La peiitte, comme plus âgée et ayant déjà quelques années de mariage ^ prit la parole , et d'ua ton de voix très-affecté : Vous avez, me dit-elle, ioonsieur, de si beaux livrée, et vous en faites de si parfaits^ comme nous l'a dit le révérend père Ra^ phaël (c'étoit le capucin à la mode dont on a vu le portrait plus haut), qu'il est probable que vous tenez dans Paris un des premiers rangs parmi les beaux*esprits, et que vous êtes sur le pied de ne cède*- en rien à messi^rs de rAcadénue. C'est là , motïsieur, le motif qui nous a fait v^nir avec tant dé cOi^fiance pour vous témoigner l'eatime^nfiiiie que nous IVisoa^ de vous. Il y a si peu de gens instruits et d'un tour d'esprit agréable dans ces pays éloignés et presque barbares que 7 quand il vient quelqu m) de la coiir et du grand monde, on ne sauroit trçf) faire pmv lui témoigner Testime extraordinaire <|u'}l mérité. Je rie

puis qu'applaudir à cette Térité , reprit la grande -, car, ajoutait -elle, pour moi, quelque indiffërente que je paroisse, j*ai de tout temps aimé Tesprit avec passion 5 et , ayant toujours remarqué que les abbés en ont plus que les autres, j'ai aussi toujours été portée d'une inclination particulière à les honorer. Je leur répondis avec un peu d'embarras que j'étoîs le plus confus du monde, que je ne fnéritoîs ni la réputation que le bon P. Raphaël m'avoit donnée, ni la bonne opinion qu'elles s'étoiënt faite de moi sur i

sa parole, et que }'étois cependant très -flatté de la bonté qu'elles avoient eue de me croire ce que je n'étois pas , parce que cela me procuroit de connoître deux personnes qui dévoient avoir de l'esprit infiniment , puisqu'elles l'estimoient et le recherchoient si fort dans les autres. Après ces politesses réciproques, elles s'approchèrent de nia table, et me prièrent d'excuser si elles avoient la curiosité d'ouvrir quelques livres qu'elles y voy oient, en ajoutant que c'étoit un mouvement auquel elles ne pouvoient résister, et que les livres avoient pour elles un attrait invincible. Parmi tous ceux dont ma table étoit couverte, elles trouvèrent la traduction d'Ovide, par le président Nicole*. Je né sais si ce fut le titre de ce livre qui leur plut , ou si elles espéroient y apprendre quelque

' Claude Nicole, président de Péleclioa de Chartres, sa patrie, né en i6i i , mort en i685 , âgé de 74 ^^^ 9 cultiva les muses toute sa -vie ; mais ses poésies, recueillies en deux vol. in-13 , sont d'un style faible , sans verve et sans couleur. On y trouve différent morceau^ traduits, ou plutôt imités de Virgile , d'Horac^ d'Ovide, de Juvénal et de Perse j VArt d'aimer d'Ovide est de ce nombre.

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*:hose, mais elles me prièrent de leur prêter cet ouvrage, dont' elles avoient entendu vanter roriginal.' Je leur prêtai donc ce livre, dans lequel se trouve l'Art d'aimer ; j'eusse bien voulu pouvoir leur prêter celui de se rendre aimables, dont elles avoient grand ber soin. Soit reconnoiçsance de ma politesse, soit d^Èiv de former une liaison plus étroite avec moi , .elles me proposèrent un petit voyage à une très-belle maison de campagne qu'elles avoient à deux ou trois lieues de Vichy, où elles se promettoient de me procurer beaucoup d'amusemens pendatit le séjour que je voivdrois y faire. Mais des raisons pressantes, que je n'avois pas prévues, m'obligèrent à partir dès le lendemain pour Clermont. Madame de Briom se détermina de son côté à prendre la même route, que j'eus la satisfaction de faire avec elle , etr je quittai Vichy, ses fontaines, ses capucins, ses buveurs et ses beauxesprits, sans rien laisser après moi que je pusse regretter. Nous avons transcrit ce long passage pour donner une idée de la manière de conjter de l'abbé Flcchier,^ et du ton de plaisanterie qu'il s'est permis quelquefois dans sa relation des grands jours : nous aurons encore occasion d'en citer quelques autres exemples avant de finir cet extrait.

L'arrivée des commissaires envoyés par le roi pour la tenue des grands jours d'Auvergne ne fut pas plutôt connue que la terreur s'étoit. répandue au loin dans toute la province. Les gentilshommes coupables de divers crimes, les officiers de justice accusés de malversation 5 de fraude ou de connivence avec les

449t , EXTRAIT Dfi LA RELATION

hommes ptti^ssans et avides dont ils avoieiU favorisé les dessein^ injustes, les seigneurs qui avolent abusé de leiiir aui&ritë pour vexer et' opprimer leurs vasf^Ux, spit par eux-ipémes, soit par les subalterues qu'ils faisoient agir^ en ua'mpt> tous ceux à qui la yoix publique ou les remords de la coi^science reprodioient des atrocités^ des violences et des pillages, sentirent que les teipps alloient cbangejr pour eux et l^ir leurs victimes ^, et que le jour de la vengeance alloit alors éclore avec le règne de k justice. La plu- {>art , agités par la crainte , essayèrent de se mettre en sûreté : 1^ uns«en quittant la province et même le joyaume, s'ils le pou voient , avant qu'on fût instruit 4e leur évasion et qu'on ^eût le temps d'envoyer à leur poursuite ) les autres, en se réfugiant sur les rochers et •dans Jes cavernes inaccessibles doiU les jBQOt^gnes sont remplies. Mais on avoit donne de si bons.ordres que plusieurs furent arrêtés au milieu des préparatifs qu'ils faisoient pour s'évader, et que presque tous les autres furent découverts et arrêtés par les prévôts ^t les commissaires députés que le ij^ibunal des grands jours avoit; mis en campagne à «et effet.

M. Fléchier, témoin de tous les événemens qui «enoieu.t les y^ux du public ouverts sur la çoadqite ^t les opérations de MM. les commissaires , raconte dans le plus grand détail les procès qui furent instruits et >ugés pend^jint la durée des grands jours; ' non-seulement il fait l'histoire des crimes déférés au tribunal , dont tous les opprimés venoient en fouie

I)E$ GRANDS JÔUR8 DÀUYERGNË. 44^

rédtmier la jâistîcô , mais encore cell^ dés crioiindis par toute la ^uite Ae leurs actions , eu femàixtaDt quetqnefois jusqu'à Jew première jeunesse. *îl pki>* co«rt les diffiirentes époques ide leur vie , et rapporte avec exactitude les excès de torns genres auxqueh iis se sont porti$s, sans omettre là nmèkidré ciretftisiitnce^ jusqu'au temps où la justice *irbp tardive, comifte ^lle l'est presque toujours, étendit ^cm bras sur énx^ Les accusations , Jes procédures , hs témoigtrages , l^s preuves, h jugement et le suppliée ^ rien a'est'ou- Uîé. li fait même connt)àtre la naissance, Tétat, la famîMe et les alliances des coufiabjyDs^ surtout lor»* qu'ils sont d'un rang^ disitinguë, et ce sont hss tïoms ies pîlus illustres dé h province' qui subsistent encore avec pttisou moins d*éclat' dans ies pmmières^plaoes de réglisé^ de Ja ttifce et dé Tëpée. I^ous pensons qu'il 'seroif itiutile , pieut^-étre' lÀévofé imprudent , tite retracer ici des faits oabliés depuis plus 'ti'un siècle. A l'époque où ils août arrivés, ils ont pu &ire de vives impressions sûr les esprits , dans la province qui en fut le tliéâtre, servir d'oLjiet À la curiosité, ranimer le respect poùrieslois, etcontenirlesiiié* chau^ par l'effrayant appareil d\me juste sévéïiljé. Mais, aujourd'hui, à quoi serott^il bon d'en rappeler le souvenir efl&cé jtrr les belles actions et les vertus qui se sont perpétuées dans les familles des coupa-blés? cela ne serviroit tout au plus qu'à blesser leurs descendans et leurs alliés, sans aucune utilité pour le public. D'ailleurs, quel intérêt poorroient trouver à présent et l'écrivaiii .et le lecteur dans le récU xle

ces faits anciens, les uns d'une atrocité révoltmle^ les autres d'une malice réfléchie et d'une noircear qui* n'est propre qu'à flétrir les imaginations sensibles et les cœurs généreux ? L'histoire des crimes n'est déjà que* trop vaste et trop connue 5 c'est celle des vertus et dès actions quî font la gloire de l'humanité qu'il faut surtout s'attacher à conserver, et à répandre.

Tandis que les magistrats s'x)€Cupoient , avec un courage et un zèle dignp de leur amour pour la justice 5 à éclaircir et à terminer les affaires dénoncées à leur tribunal par les plaintes deia partie publique ou par les requêtes des particuliers , l'abbé Flédiier employoit son loisir à recueillir quelques notions intéressantes sur le pays où il se trouvoit , et à visiter dans les environs les ouvrages de la nature et de l'art qu'on lui avoit indiqués comme les plus propres à satisfaire sa curiosité. Les objets de ce g'enre les plus frappans ef les plus singuliers sont les rochers d'où jaillissent les eaux qu'un aqueduc d'une belle structure et des canaux souterrains conduisent à Clermout pour Tusage des habitans de cette grande ville. On conduisit l'abbé Fléchier dans ce lieu qui passe avec raison pour une des merveilles de la province , et il en fait une agréable description, a On voit , dit-il , K au haut d'une montagne, dont la pente a été fort adoucie pour qu'on puisse y arriver sans peine, deux ou trois rochers d'une grandeur prodigieuse , dont les masses paroissent comme suspendues , et qui, s'entr'ouvrant d'espace en espace, forment des grottes naturelles où se rendent toutes les eaux qui

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se sont creusé elles-mêmes et sans artifice les canaux par lesquels elles s'échappent du sein de la montagne^ Dans cette maltitude étonnante de gruisseaux qui passent à travers les rochers , les uns coulent à pçtits filets et sans bruit, les autres s'é^ncent avec impétuosité , et forment en murmurant des cascades plus belles que tout ce qu!on admire de plus surprenant en ce genre dans les maisons royales où Tart a fait de si puissans efforts ppur étonner les yeux. En entrant dans la grotte , on voities eaux s'y rendre par tant d^endroits et easi grande abondance qu'on craint d'abord qu'en peu d'instans elles n'occasionent une vaste inondation , mais elles coulent toutes séparément, et vont se réunir dans le réservoir qui est au. milieu. De là elles se distribuent à toutes les fontaines de Clermont par les routes secrètes qui leur ont été tracées. Vous diriez que ces eaux si limpides , si fraîches et si abondantes , sortent avec plaisir des masses énormes où elles ont leur source, pour entrer dans les ca* naux et parcourir l'aqueduc par où elles portent leur tribut aux habitans de la capitale d'Auvergne. Celles qui ne sont pas. destinées à cet usage ont la liberté de s'épancher sans contrainte. Elles en profitent pour se répandre à leur gré dans la campagne, où elles forment mille petits ruisseaux des deux côtés du chemin depuis les grottes jusqu'à Clermont, au milieu des prairies d'un vert admirable , ce qui ressemble de loin à des bandes de cristal sur un fond d'émeraude. Au retour de cette prome-

/f46 KXTRAIT DB LA RELATION

n^e, on rencontra ui^te siicîei»»e ëg1is« tsnllëe dans le rochep-, qui n'est ëolairée que par quelques petites oaverbtireê4|a'on.y a pratiquées. Suivant la traditton d^ pays , C0t te église a servi de retraite aux fireitiiers chrëtiiens d' Axivet^ne , lers«{0e saint ÂHstr^moine, Fuo des sept mèssionnaires envoyés dans les Gaules par Téglise d«. BioiBe^ vint y porter les kip»èr^ de la foi vers le milieu du troisième siède*

Apr^ cette agréable^dfiscription des grotte» et des fontaines qui fournissent de si belles eatrx à Clermont^ Fabbé Fléchier reprend le péei* des Oféralions- da tribunal des grands jonrs, des procès crinijinels^ jik> gés, et des exécutions publiques qui en furent la snifè. Les mêmes raj^n^ qui lions ont déjà fait pas* ^r sur ces tristes objets sanis npus y arrêter nous engagent encore à ne pas extraire cette partie de la relation , qei occupe en différens morceaux près de }a moitié du manuscrit. Il y a néanmoins au milieu de cela des traits d*uiiebonne philosophie , des a|^<dotes singulières , et des» moralités heureusement dédinte9 des faits qui viennent d'être racontés; mais, en les détachant du ti^u dauS lequel Fauteur du récit les a fait entrer, ces traits , ces anecdotes et ces moralités perdroient ce qu'on y remarqâe^de 3ail]ant ou de judicieux , quand oU' les lit à la suite des événe-* mens qui les- font naître.

Tout le monde avoit cru que l'autorité de mes* sieurs les commissaires n'afvo^ d'antre objet que d'arvdter le cours des oppressions et des brigandages, en punissant les violences de îa noblesse ,^ et les excè»

DES GRANDS JOURS d' AtJ VER GUE. 44?

de leurs officiers. Ainsi Ton fiit bien étonné Ursqu'on apprit qu'ils renoicnt de donner un arrêt pour la réformation du clergé dans les points les pins inté^ ressans delà discipline ecclésiastique. En ^flfet M. Talon^ animé d'an zèle ardent pour le rétablissement du bon o^dre , avoit fait un discours plein de chaleur et de force contre les abus qui s'étoient glissés , par les malheurs des temps, dans les chapitres et les monastère$ des deu% sexes. It y déploya toute la sévérité de ses principes , et toute Fénergie de. son éloquence.^ Il ti'aça des tableaux si frappans des désordres d0 tout genre que la contagion des exemples et la négligence des supérieurs avoient laissé introduire dans les corps ecclésiastiques et dans les cloîtres •, il les peignit de couleurs si vraies et si propres à faire impression qu'il eut tout le succès qu'il espéroit. Son réquisitoire fut remis à M. Na« , qui l'expédia promptement, et dès le lendemain l'affaire fut ]:apportéey en sorte que l'arrêt qui avoit été dressé de concert avec M- de Novion , président, fat rendu à la pluralité des voix , et au grand contentement de M. Ta* Ion. Il portort que les supérieurs des monastères établis depuis trente ans seroient tenus de rapporter dans quinze jours les lettres- patentes de leur établissement avec l'arrêt de vérification , à peine de sop-^ pression ; que toutes les communautés séculières et régulières seroient également tenues de présenter dans le même délai les contrats de leurs acquisitions faites depuis dix ans avec les lettres d^amoi^tissement obtenues à cet effet , à peine d'être déchues desdites

acquisitions et privées des biens qui en ëtoient Tob-*jet ] que toutes les personnes ecclésiastiques , tant séculières que régulières , seront soumises à la juridiction de Tévéque diocésain , et qu en conséquence les privilèges et exemptions contraires à cette règle de subordination et de bon ordre demeureront anéantis et comme non avenus ^ que les religieuses qui ne gardent pas la clôture Tobserveront à Tavenîr,»et qu'au bout d'un an celles qui. ne s'y seront pas soumises ne pourront plus recevoir de novices; que les chanoines seront obligés de se trouver tous les Jours , conformément aux saints décrets des conciles, aux trois grands offices , des matines, de la messe et des vêpres, et qu'aucun d'eux ne sortira du chœur, avant que chaque office soit achevé , sans la permission de celui qui préside; que, le nombre des prêtres et autres sujets qui composent les communautés d'hommes sera réglé par l'évêque selon les revenus affectés à leur subsistance , et qu'il en sera de même du nombre des chanoines dans les chapitres; qu'on nommeroit des juges royaux pour visiter les biens de tous les bénéfices, constater les réparaticms qui sont à faire, et y contraindre les titulaires par la saisie de leurs revenus. Après quelqtv^s autres dispositions du même genre , l'arrêt statue sur les droits et les fonctions des curés , des marguilliers fabriciens, etc. ; et, pour subvenir, à la subsistance des curés, il porte la portion congrue à cent écus, et défend aux gentilshommes qui possèdent. des fiefs de s'emparer des' dîmes sur lesquelles ils n'ont point de droit

DES GRA^IÏDS JOURS d'aUVERGNE. 44&

assuré ,' au ptëjiidic« des ci:|Fésicr5qp'iIs les réclament. Cet* arrêt fit 'beaucoup de bruit non -^seulement à ClermoEl et dans toute l'Auvergne, maïs encorda Pari* et à la coui*. On en parla très-divwsement'j-sui- Trant les idées et les intérêts d'un .chacun,' con>me* c'est Toîdinaire dansées sortes d'occasioôs. «Les uns Tapprott voient dan» tous les points, les autres au contraire trouvoient que messieurs des grande jours avoient excédé les pouvoirs de. leur commission, qu'ils avoient même porté leur-autorité plus loin que les conciles, prcttrinciaux loFsquiis s'âssembloieiit ; qu'ils dej^oîent se borper^à punirles crimes des n(K blç$ et*i«s malversations des juges subalternes , sans s'occuper de la réf ormution des ecclésiastiques et des religiçux, et quenfiii il n'appartenoitqu'au'roi de fake des réglemens généraux sur ces sortes d'objets ^ et il paroît qu'à l'égard de ce dernier article la cour ^ pensa comme la portion du public dont on vient de rapporter l'opinion. Quoi qu'il en soit > on ne voit pas que ce projet de réforme , quelque utile, quelque nécessaire même qu'il fût à cette époque, ait eu de grandes suites , puisque Fattention du gouverne-' ment, de concert avec la puissance spirituelle ,^s^est portée depuis |{u{ les mêmes objets et par les mêmes motifs pour le bie|i de l'Église et de l'État.

Le zèle que M. Talon faisoit paroîtrepour le rétablissement du bon ordre dans tous les états , madame sa mère le montroit de son coté dans les^choses qui étoient à sa portée , et qui convénoient à sou ^exe. C'étoit une dame infiniment respectable par sa pnA^

lo. Q9

45o EXTRAIT DE LA RELATION

dencéy son bon esprit él*sapi^të.-EI1e ëlSoit d'un camcière fefme et d'une humeur un peu sévère. On lui trouvoit quelque chose de romain dans la figure, dans les priticipes et dans la tournure des idées. Elle avoil })eaQCoup d'empire Sur l'esprit de monsieur son fils, et }'on prétendoit qu'elle s'ëtoit déterminée à l'accompagner pendant la tenue des grands jours, autant pour l'aider de ses conseils, dans les afiàires épineuses dont elle prévoyoit qu'il seroit chargé , que par attachement pour lui.

A peine arrivée à Clermont, elle s'occupa du main* tien de la police , et de k nécessité de taxer les prix des comestibles et de tontes les denrées , de peur que les marchands ne profitassent de l'afflaence des personnes étrangères que la tenue des grands jours attiroit dans là ville» Assistée d'un de messieurs les commissaires (M^ Nau), magistrat très-versé dans ces sortes de choses , elle se fit appointer les poids et mesures dont on seservoit pour toutes les marchandises, et par l'exsunen qu'elle en fit elle reconnut qu'il y avoit heaucou|) de fraude et de tromperie dans le eommcFce , et surtout dans les branches qui tiennent aux objets de consommation. Ces découvertes ouvrirent les yeux à tout le monde , e^ portèrent les magistrats à faire sur cela des réglemens trè»-5ages et très-utiles au public.

Mais ensuite cette illustre dame tourna ses soins vers un objet plus digne de sa piété. El|e conçut l'ntile et généreux projet d'établir à Clermont des assemblées de charité en faveur des pauvres^ sur le modèle

DES GRANDS JOURS d'aUVERGNE. 4^1

de celles qui sUbsistoie&t dès-lors dsihs Jes paroisses de Paris% Elle fit" donc convoquer les dames les plus qualifiées 3e la ville', che2 le curé de la paroisse où eMe se trouvoit logée, poiirlenrfairépaftde ce pieu^ dessein, et les engager à y concourir. Après une courte exhortation du cur^ sur Fobjet deJ'assemblde, madame Taîort prit la parole, et fit passer dans tous les cœurs les sentimens de compassion et de bienveillance dont le sîea étoit rempli. Toutes les dames qui composoient rassemblée adoptèrent ses vues, et témoignèrent le plus grand désir de participer â la bonne oeuvre qu'elle leur proposoit. Ces préliminaires étant remplis , on s'occupa d'un règlement qui eut pout objet la tenue des asîîeniblées., Isf collecte et la distribution des fonds destinés* au soulagement des pauvres, le choix et les fonctions d'une supérieure, d'une trésorière et d'une économe, et enfin les détails attachés à ^es divers emplois. Tout cela fut rédige d'après les observations et les oonseils de madame Talon ^ qui fat regardée avec raisdn comme la fondatrice d'un établissement si conforme à l'esprit du christianisme ^ et si avantageux pour l'humanité. . Aprèd ce coup d'essai qui lui avait si bien réussi , madame Talon étendit ses idëes de réforme sur l'hôpital des pauvres malades , tenu par des religieuses qui paroissoient avoir oublié totalement leurs devoirs et la fin de leur institut.' C'étoit une colonife des hospitalières de Loches. A leur arrivée elles avoiènt montré un grand î&èle pour le service des malades, et un courage infatigable pour remplir les dévoik's pé-

nîhhs de leur ëkat. Maïs bientôt elle» avcfent délnih par leur conduite la bonne opinioa<]u'on avoii ponçne d'elles. Peu jalouses de satisfaire à leurs obligations , elles s'appropriëreqt les retenus de là maison , étindirent les bâtimens , non pour y recevoir des malades, mais pour y loger les sujets qu'elles tiroient des meilleures familles de la ville, pour se-faire des protecteurs et des amis. Madame TaLon, qui s^étoit d'abo.r.d déclarée pour elles, instruite de ces désor-^ di«s, fit venir la supérieure^ et, Tayaut intimidée en la -inen^çafit de la -mettre elle et toute sa commui^aMB^èAtre '4es mains de son fils, pour les punir sui« yaiït J^igrJ^v^^ de leurs fautes et les renvoyer dans t^ur.pfemiërè^xnstîao^ de Loches, d'tm eUes étoient vienu/^ ^, t oq^ n*â.vêz,. kii dit-çll'e , 4'autre parti à preo^e.que\^ V(vw r^titjeride vaus*-m'éme pour éviter 4e juste nabâti^ènt qile vous méritez , ^surtout s'il est yr^, comme on fàs^ure, qqe v<uis n'avez point àé lettres -pat^nt^^ la. religieux int^nidéepré^iftà'tes titres de leur ëtablissement, quifufent trpufvés eu bonne forme , mais en méme.tenips on lift et les conditions ai^xqnelks la ville de tliermont'les aVoit reçues, et leurs devoirs jouraaUers envevs les malades. Voilà, leur dit -on, votre règle et votre loi; vous n'avez pa$ d'autre parti à prendre. que ^de vous y soumettre , et VOUS' êtes répréhensibles de ne l'avoir pas fait jusqu'à présent. Ces bonnes filles , n'ayant rien à répondre pour leur justification , reconnurent leur faute, et rentrèrent dans le b'dn ordre dent elles s'^toient écartées. Cette réforme heureusement-termi-

DES GRÂ'Iil» JOUAS D'AlTVtfitGIf E. 4^^

né^ fithoimeur à madame Talbn, maïs en mêaie laipti^dle'.ckTJuit redputable à tous céos qui avoiènt quètgti^ atow ^ mindre de son zèle* et de son Ka- Nieuy'œiir«pfeRante^

£î^ eCCet^ m'acbme Talo& auvoit pétit-élre* oMenii des'^sofirages pliis umversels et cerCainément plus fhU«.«i«, si €^ ne se fAt servi de son crëdîjt que )f(Mt m$ffk€St*\^ clékitence aux magistrats, et se rendre auptfes^tf-eux la protectrice des malheupeut; du m^inB* e&hxïL -sur que par cette cotxduitè * eiy sei^ii deiBQiiféf avec, plus d'avantage pouir- elte-méme et pow les 4^*^ 9 dsutis les caractà^s de son sexe y qui sont- la douceur elr la bonté. .

, . I^'ghl^. Ftécbtçr alla passer les fôtes de la Tonssaint à Rieni y. Ott.il avait été invité à prêcher ; car sa FiipMtaUoa de prédicateur y comme nous Ta vous dëjà çjix / Taiicoit $uivi en Auvergne. U fut entendu avec ces disposiltoiis favorables et portées aux applaudis-» semoQs , qui sont^toujours dans ces sortes de ciscons^ tances Tefiet d'ana célébrité acquise. A son retour il trouva 1^ .mag^st^^is des.giands jours, qui s'étoient 4isperaës dans le voisinage de Clermont pendant les fêtes ^ réunis çt totalement livrés à leurs fonctions. U reprend à cette époque la suite 4^ leurs opérations. U expose , comme il Ta. déjà fait ailleurs, les causes dont ils s'occupèrent, les arrêts. qu!ils rendirent , et les exécytion^ p}us ou mpins. rigoureuses qui s'en suivirent. Quoique nous nou&^ soyons prescrit la ràf|e de ne pas faii:e entrer daps qotce extrait cette partiede la relation, ordinairement peu intéressante et

454 EXTRAIT DB LA RSI.AXIOIf

presque toujours remplie de faits scandaleux qo atr«« ces qui répugnent à retracer , néanrMÎns dans le nombre des affaires qui furent portées alors au tribunal des grands jours , nous en trouvons unç qui nous semblç jpéricer que nous noos y arrêtions, à cause de^ rapports qu'elle nous ofiire avec un de^ <ivénetnens les plus reinarquables de notre t^nps.

11 y avoit dans la CombraiUé , petit pays situé eptre TAuvergne et le Limooisin , lïoe maison de du-* noines réguliers qui possédoit quelques. terres dont les habitans étoient daps un état de servitude pro« prement dite, ne pouvant s^ marier sanslaperaiis* sion des seigneurs,' ni s^élablir ailleurs sans perdre toutes leurs propriétés , ni transmettre leurs biens à des collatéraux par succession naturelle ou par testament, les wigneurs , à défaut d'enfans , étant leurs seuls héritiers. C'étoit un reste de Tancien esclavage qui avbit couvert tonte la France pendant plusieurs siècles. Ce qu'il y a d'étonnant , c'est que ces traces odieuses de la barbarie et du droit cruel par lequel se gouvernèrent les nations du nord, qui ^emparèrent des provinces que nous habitons par. une suite de leurs -wiquétes sur les Romains , se soient mainteifues plus long-t^mps qu'ailleurs dans les terres appartenant aux ecclésiastiques et aux religieux. Dans celles.(les chanoines réguliers dont nous parlons , une fille née dans la servitude av(Ht épousé un homme lilire du voisinage. Il naquit des eafans de ee mariage. Les religieux prétendoient qu'ils étoientserfe, comme leur mère, et ik se fondoient sur le droit

DES GRANDS JO URS "d' AUY £ KGNE. 4^^^

r<Mnain et sur la coutume gënërftleineikit^«ui«i&daQs le paya. Les antôritës et ] es exemples y^noieài41\ippûi de leur prétention , et la possesstoii*immëmori^e qullsinvôquoieut en leur faveur , comme le titre' le plus incontestable et le^plus sacré, étoit la base 'dé leur défense. Le mari de cette femme , qui connoi»^ «oit mieux qu'elle le prix de la liberté, et qui ne vouloît pas que ses enfans en fassent «privés, soute^ noit de son côté que c'est la condition dùp^equ détermine ^t assare celle des* enfans, parce qu'étant le chef de la finnille tous les droits et toutes lea{^ cultes civiles émament de lui seul , qu'il les transmet avec la vie à ceux qui naissent de lui , lesquels sont reconnus pour nobles, s'il est dans la classe delà no^ blesse ; et pour roturiers -, si «st-iraissanoe est ignoble fit roturière. Deux ayocat&, les plus renommés de la province, plaidèrent cette cause intéressante avec iout l'appareil qu'elle méritoit , et toute l'éloquence que comportoient leurs tàlens. M. Talon , comme chargé du ministère public, porta la parole après eux, et dk des choses admirables sur la honte et la dureté de l'es? davage, sur la nature et les avantages inestimables de la liberté , sur l'autorité paternelle qui découle du droit de la nature et des lumières de la raison , i^fin sur l'esprit du christianisme qui protège et copsacre les lois de l'humanité, et qui proscrit la tyrannie. Mais les juges , malgré toutes ces bonnes raisons^ et les couleurs touchantes dont elles étoient revêtues pair les défenseurs de la liberté civile, trouvèrent les décisions du droit écrit si positives «et 1^ coitiumes

456 EXTRAIT DE LÀ RELàTION

si ^QnskâmWs;£nir' eet ol^et quelle n^osèrent réorpre tesrfoiBdes mjdhôttreux qui réckmoieYit à leurtriiM]mJlas Ipis ks pUis iinprescriptibl6s , et Tusage^a pVs beau «privHége que. la ERvinitd ait adeordë aux hfômmes après le- doa de la pensée^ L'affaire fût appotntëe* Il falloit qu'il s'ëcouiât encore plus d'oo siècle pour que la raison fit desprogrèstroplçngtëmps relardé$ par la rënnion, de mille causes plus «eti-ves et plus funestes les unes que les autres-; pour que les droits sacrds de rbumanité fussent édâircis €t vengés; et pour qu'un jeune mçit^rque, aini)de l'ordre ,. ennemi dé toute. espèce de vexation, quel que soit le masque iinposaQt dont elle se' couvre, montant sur le trône des François sous les plus heureux auspices, ouvrit avec son règne celui de la bienfaisance et de la justice, il a rompu dans toute 1'^ tendue du royaume, par une loi de douceur, et d'ëquitë 9 les chaînes dont l'ancienne et. barbare coutume de nos pères avoit chargé les mains d'une portion de ses sujets, et il a voulu que la terre des Francs, suivant la belle prerogative.de la nation, si conforme au vœu de la nature, fut véritablement l'empire de la franchise et de la liberté. '

Dans les environs de Glermont , et dans toute TAuvergn^ , là nature a tellement diversifié les sites et les aspects qu'il y a p^u de pays où l'on trouve des points de vue plus pittoresques et plus attachans. U né faut pas même s'éloigner beaucoup de< la ville pour rencontrer quelqu'une de ces situations aussi propres à élever l'âme qu'à charmer la vue; mais

DES GRi.NDS JOURS d'aUV£RGNE. 4^7

quand^ra^ eçt.venii «ecptidor et diriger la ^lure si riche et 3J prodigue 4e }>eaut;és ^n eesJieox, avec peu d'efforts il a pro.duit en, se Jouant ^s cbos.es admirables. Oh en fit voir la preuve à YMié Fléchier, dans une maison de campagne située à un quart 4o lieue de Gfermont ^ qui de voit êjLfeuû séjour délicieux en été , et qui, «par ralH>pdaace ^et h f isaîch^ur de ses eaux, passôit ay^.rai3on.poAr le Saitit'-*Xlaud e| Je Liancourt de TÂuvergiie. Elle étQit bâtâç sur une émi* nence fort douce à inonter^;- de là oa'id^couvvoit une grande étendue de prairies qui sont plus .Vjertes et plus fraîches qu^ partout «ailleurs. On avoit en perspectiye deux* villes pkic^ à une^distance égale (Cler* mont et Montp^ixaud) , qui^sembloient, par T^éieignement et la^ymétrie .«iVvoir été fondées o& elles sant que pour sçty^^ 4^ |>mnt de .vftie.prhicipal à cette maison.Xa Jao0l9^i)e du Pajr-Dôifie, avec une suite d'autres,. bornent i'horuan d'un côté, et de l'autre une plaine quiji'iétend au ioia peMnet aux regards de se porter en. liberté sur tous les objets qu'elle pré-» sente, sans que rien les contraigne. Le terrain étoit arrosé des plus belles éaùx du inonde ; elles sorloient en abondance de plusieurs fontaines rehiermées dans des grottes que là nature seule avoit creusées, et l'art en avoit tiré tout le parti possible pour l'ornement de la, maison et des jardins. On y voyoit des bassins d'une étendue considérable , et, au milieu, des cabinets construits avec goût, qui sembloient être autant d'îles .flottantes. Dans une des grottes on remarquoit la statue de Diane, ornée de tous ses attributs que

459 EXTRAIT DK LA RBLATIOlf

Teau coçvroit d'iiae nappe t*»ii$parente ^ui lai seryoit de voile, et qui conserroit cette figure dans toute sa beauté. Le maréchal d'Efflat , qui étoit devenu suriulendant dé»finances par la ppotection du cardinal de Richelieu, ayant formé levprojet de réunir en une les deur villes de Montferrand et de Clermont , avoit jeté les yeux sur le local de cette maison de campagne pour s'y bâtir un palais, et en faire une des merveilles de la province.

L*abbé Fléphier rencontra dans cette agréable solitude x^n chanoine delà cathédrale de Clermont, qui s'y étoit réfugié pour n'être pas témoin de l'exécution d'un curé condamné par èe tribunal des grands joui^rpour des crimes afffreux que ce misérable avoit commis, au déshonneur du caractèresacerdotal, et au grand scandal*e des4d^es. Ce triste sujet fit tomber leur entretien sur l'état déplorable où IH^norance et la corruption des moeurs avoientfait tomber la diisci^dine eoclésiastique. Le chanoine, frappé dacejs idées, traça rapidement le tableau historique de l'église de Clermont, fondée «n aSo par saint Austrem<>ine , et gouvernée pendant plusieurs siècles par de saints évéques ] de ces temps heureux qui furent des temps de régularité, d'édifi^ïation, et, pour mieux dire encore, le règne de la vertu -, il descendit d'ftge en âge jusqu'à l'époque où, les grandsexemples de sainteté devenant plus rares, le nerf de la discipline commençant à se relâcher et les abus à ^'introduire, tout dégénéra tell^ent que le petit nombre des hommes vertueuxtf|tti restoieat encore avoient peine à se per-*

DES GRAIfDS JOURS d'aU^TSA^NE. 4%

soâder que Im pasteurs i^ les ecclësiasli<{96B d al^r» fussent les successeurs de ceu:]^ qui avoie0t, goitv^ra^ la même église autrefois aveé tant ds zèle et de piéftë. Le bon chanoine prétendoit trouver le prii^cipei dis ce relâchemefit et la source de tous k&4ns^u:& qdi €n découloieçit dans le peu de vigUanc^ despre^ miers pasteurs , et encore plus dans lear loauv^it exemple. Il prouToit c^lte assertion par la^'coâ^iûte de quelques [»rélats des derniers temp&v4|a'ti nfirattt et qu'il caractérise par plusieurs traits de'feQr.vie''quî ne sont rien moins qu'édifiaos. Mais IdSfègkjsKlecon^ duile personuelle et de gouvernement général qud s*étoit prescrites à lui-même Tévéqué* ' , qui o^upoî^ alors le siège épiscopalde Clermoat , luîiont espérer des changemeus heureux dans la disciplii^e et les mceurs cfu elergé. Déjà, dit-il, on épï^ouve les effets salutaires de ^n iskle «t de son application à tout ce qui peut contritmer au rétablissement de Forire.

Après avoir rendu c(»iipte de son entretien avec ce chanoine de Glermont sur uae matière aussi grave et aussi sérieuse que celle des mœurs ecclé^asiiques et des lois établies pour en maintenir la pureté , TabM Fléchier passe à un sujet plus gstt. Une troupe de comédiens de* campagne vînt s'éteblir à Clerinont, attirée sans doute par T^espolr d'y faire bien ses afiai-^ red, attendu le concours prodigieux d'étrangers de

* M. Gilbert de Venl d^Ârbouze de Saint-G^oiez , qui a voit ôté dernier kbhé régulier de Maoliep^ djnà le diocèse de Glermont ^ où il avoit embrassé la vie religieuse , et dont il remplit les devoirs avec édification. . - . .. . >

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460 BXTBAIT Î>E LA RELATION

t^Dt éirt qiie la tenue de» ^aads j(mrs avoit prodoit 4^kjçapkalede l'Auvergne. En effet, ces histrions fipi*fent bien accueillis du public, quoiqu'au jugement dl l^iwitçup celte troupe ne valût pas mieux que celle -40UtKbi»rl^que Scarron a célébré les aventures dans te ;nifaaîi acomique. C'étoit une; chose insoutenable f>qni:t;eli&-qm avoient quelque goût de leur entendre réoitft J^ vers, surtout dans le tragique 5 ils les estrofitoVt td'««e façon ridicule , les tronquant , allong^jt, iiîiAe^ersant, confondant, sans nul égard aux sais, Ala^!'$ison , ni même à la rime. J!avois pitié de ÇacBieiBe^ditlabbéFléchier, et J'eusse mieux aimé fMf êmx hronenr que M. d'Aubignac eût fait vingt dfcsertati5M<y:iiiques contre ses tragédies, que de les vA défipir^Hti^si crnellement qu'elles l'étoi^tpar ces ^tj&àvÀ êéieilabks. Cependant ils étoient ap0wi- «Ks, parce ifu'ilft représentpient assç» bien le burlesque ^t le ^ii^icrie , étant trè^-ridieules et trèsbufl^ques 'eàic-îll^^ 9 ^^ messieurs les commissaires s'ea^rvoiwt pow faire diversioiEraux^^ène^doulou* rendes ets?mgî«i^e!»€pi'on doM^t souvent au public par leurs arrêts. S^^ouloi^^nt tempérer par là dans les je$prits la terriôeT cpe letirs j«f emens y répandoaent, et faire voir ea jsttsi^taut eux - pêfueê à ^ comédie que, s'ils étoient sévères par d#?oir ^ cwame ministres 4es Jois, ils n'étoiçiH: pa» emifCim^, commç, çitpyefls et gens du monde , d'un honnête délassemeirt et d'une gaîté décente.

Les acteurs de cette troupe ani})iilanle , acooutumés à la licence par l'habitude qu'ils avdent. d'ouvrir leur

DES GRANDS JOUR^ D'âUYERGNB. J^Gt

théâtre dans des lieux où la police éuât nf%t •bsei>^ vée , se donnèrent la liberté de jouer une pièce tnidine et ÙD peu satirique^ dont les plaisiantems f(^n^te9t sur Chapetaia et sûr queliques autres beaux-ôsprits du temps. Chapelain ëtoit , comme on sait , nn (Ies.Ké905 del'hdtel de Rambouillet, oùrabbëFlëohier^efâispit gloire d avoir obtenu les entrées*, aussi oe. 'manque*t-il pas de s'élever avec force contre Tinsclence des^ histrion^ qui avoient osé attaquer publiqu'emenl un si grand homme. Il prend de là occasion de tràeev Tbistoire de la comédie chez les Grecs et tes^IVoia^iûs; distingôaiit avec soin les époques de Van^n^e^ de la Moyenne et de la nouvelle comédie» (^acactériss^nt très^bieo 4:haqne genre par les traits qui lot sonjb propres, et jpaiisaflt connoître par leurs: talens et Içurs défauts les auteurs célèbres qui ont tpftvaillépour les théâtres d'Atfaèues et de Rome, dam le^-^vers âges de Tar^ dramatiqtte. Ce morceau est bien fait , et prouva que Tabbë Fléchier avoît sut cette partie de la littérature des coimoissances quili'étoient pas communes dans le teinps où il écrivOtt sa rektion. Nous aurions très-volontiers copié tout oet ^droit si les notions <|u'il penfemue ne se trot^voient pas aujourr d'bui^aussi répœdnes^u'elles étaient rares alors, et si les idées qu-'on avoit sur oette matière ne s'étoient pas étendues et perfectionnées, autant qu'elles le sont à présenit, par les savans ouvrages qu'on a publiés depuis un siècle sur les diverses formes de l'art théâ^ tral chez les anciens.

Au mHieu des amusemens que messieurs des grands

46î> EXTRAIT DE LA RELATION

jotirsVi^rçoient de procurer à la noblesse et aux â^tref' personnes distinguées dont Clermont étoit rempli', ils M per doient pas de vue les fonctions im^ portantiès pour lesquelles ils avoient été envoyés. Après avoir fait toute la soirée, dit la relation, le personnage d'hommes aimables et senMbles aux plaisirs de la société , en conduisant les dames à la comédie, aux assemblées de jeu qui se tenoient dans les meilleures maisons de la ville, et aux grands soupers qui se clonnoient tour à tour cbez tous ceux qui tènmeni quelq«re rang, il falloit reprendre le lendemain, dis hi pointe du jour, le rôle de juge, et prononcer sur le sort des coupables avec toute Tinflexibilité de k loi. Quoiqu'on en eût déjà juge beaucoup depuis Touterture des grands jours, il: en restoit encore davantage à juger, parce qu'on en conduisoit journellemeat dans les prisons de ton» les cantons de TAuVergne , et d'un si grand nombre peu étoient assez heureux pour ne pas tomber sous le glaive de la justice. * •

La relation passe encore ici en revue toutes les causes^ présentées et décidées au tribunal des grands jours } elle en rapporte les ciroonstances principales et les moindres incidens avec la plus scrupuleuse exactitude. Un journal des audiences ne pourroit pas être plus suivi, ni p4us détaillé. Dans la multitude très-variée de ces causes, il y en a quelquesunes qui sont mêlées d'anecdotes assez singulières, et d'aulres qui fournissent à l'auteur la matière des épisodes dont il a orné sa narration : telle e^t entre

DES GRANDS JOURS d'âUTERGNE. 4^3

aatres celle dé madame de Talieyrand , prieuiPi.tita-«» laire da prieuré de Marsac, ordre de Cluni, qui avoit résigné ce bénéfice à ii\^dame dé Chalais sa nièce, religieuse de Tabbaye de Montmartre, sous*des conditions que celle - ci refusok de remplir par esprit d'iniérét , manquant non-seulement au devoir de la reconnoissance envers sa bienfs^itrice, mais encore k oeux de ht nature envers sa tante , jusqu'à la priver des choses les plus nécessaires dans Tâge avaacé et l'état d'infirmité où elle étoit parvenue. Telle est encore la cause d'une villageoise belle et vertueuse qui , douée de tous les charmes de l'esprit et du corps » que la. nature réunit rarement dans les personnes da rang le plus élevé , ajoutoit encore à l'éclat de ces brillantes qualités par la sagesse et la bonne conduite dont elle étoit un modèle admirable , et qui , pressée par un amant que la passion rendoit audacieux et entreprenant.au point de lie rieii ménager, avoit percé d'un coup de broche, qui s'étoit rencontrée sous sa main , le téméraire qui l'attaquoit , au moment où la force l'alloit rendre victorieux.

Le temps limité pour la durée des grands jours, par les leUres*patentes du 3i août i665, étant près d'expirer , et les affaires de tout genre qu'il falloit discuter et décider s'étant multipliées au* delà de ce qu'on avoit pensé , il devint nécessaire que le roi , par d'autres lettres- patentes , revêtues des mêmes formalités que les premières, prorogeât les pouvoirs de messieurs les eomntissaires et les séances du tribunal qu'il avoit érigé. Le souverain fit donc connpilr^ sa

464 EXTRAIT DR hk RELATION

Yoli^Qfté par un nouvel acte de saf puissance royale. Mais pea s'en fallut que la loi même qui. ëtenëoit rautprité de» magistrats ne. fit naître entre eux la division -et la mésintelligence. Voici à quelle occasion. Il étoit réglé par les. nouvelles lel très-patentes qu'en cas de maladie , d'absence ou de récusation , M. de Caumartin remplacëroit M. de Noyion'dans la présidence; mais comme M. de Caumartin étoit âiaitre des requêtes 9 et les autres commissaires, conseillers au parlement , ceux - ci pour riionnèur de leur corps ne pouvoient consentir à siéger sous la présidence d'un magistrat tiré d'une compagnie étrangère. Ds rendoient justice au mérite de M. de Caumartin; ils convenoient de sestalens, de sa probité, de ses lumières, de sa politesse, et de toutes les autres qualités par lesquelles il étoit infiniment recommandàble-, et, malgré cela, Imtérét de leur compagnie l'emportant sur toute autre considération , ils persistèrent tant qu'il leur fut possible daiis là pi^étention de ne pouvoir ni devoir être présidés que par un de leurs confrères; Ce démêlé, sans être poussé jusqu'à l'aigreur et à la rupture, parce que M. de Caumartin jouissoit de l'estime la plus méritée, ne laissa pas de jeter quelque froideur entre les difiérens membres du tribunal des grands jours. Us n'ctoient pas tous du même sentiment sur le point de la contestation ; les uns, plus vifs par caractère, ou plus entêtés delà prééiainence du parlement sur tous les autres corps de judtcature , ne vouloient se fréter à aucun temp^^ranient ; les autres, plus modérés ou moins remplis

DES &RANDS JOURS d'aUVERGIIE. 4^5

d'une prévention exdtiMve en faveur de ïeur corps, ëtoient disposés à' se prêter aux vues de la coUr en considératicm du bien public; mais tous i^toienjt con-^ venus de ne plus manger chez M. de'Gaumarttn*^ et de ne se trouver que rarement aux assetabWes de jeu et de conversation qui se tenolent les soirs^ dans son hôtel, jusqu'à ce que la difficulté fut terminée;

Cependant on ne s-occupoit pas moins" de cette affaire à Paris qu'à Glermont, et les avis- n'y étoient pas moins partagés. On agissoit avec une égalq vivait cité tant de part que d'autre , et à la cour et dans le sein du parlement, les uns pour assurer aux lettrésr patentes une prompte exécution , les autres pour y faire changer ce qui étoit la cause du mécontente^ ment» Mais enfin, après bien des démàrefaes et des représentations , le roi , conseillé par M. Gdlbeh qui avoit dirigé tout ce. travail, fit oonnoltre ses intei^ tiohs d'une manière si positive qu^n p6ts^ long refus de s'y soumettre eût été régardé comme tifne déso^ bâssance. Les nouvelles lettres-patentes furent done enregistrées à Paris sans thangemeat, et arrivées à Clermimt on les reçut sans résiststnce ; oi^ les mit à exécution dès le jour même , et parmi 1^ commis^ saires aucun ne réclama contre l'article qui e^ncérnoit la présidence. Ainsi fut terminé ce déin^é qui .pactageoit les esprits suivant la (fiversité des- intë- . rets , règle assez ordinaire des opinions , et qui auroit pu avoir dos suites plus considérables sous un :moBarqtie moins absolu que Louis XlV et un ministre moins ferme que Colbert.

lo. 3o

L'^bbë Fléchier rend coni^te en cet enclroil Ae &ai relation: d-uae espèce ^de petit pèlerinage de dévotion, qu'il iU avec quelques-uns des ëtcangers que les grands jours avoient fait venir comme lui de Paris à Cle/dvont. Le terme de ce pèlerinage ëtoit l'abbaye de.Saiftt-AHyce, lie» célèbre et très-révéré, dans un des faubourgs de. la ville. Cette abbaye porte le nom de>SaÎDt-Âllyfe^ qui succéda à Saint-* Austremoine siir le siège épiseopa) dé.Clermont , parce que leoorps de ce:aaint évéque y est inhumé. Elle fat kmg^tetnps possédée par l'ordre de Cluni , d'où elle plissa Vers, l'an i5oo dans la congqégation de Chenal-Benoit,. ^^ d^ns delle.de Saint -Maur en i636. &}iyanjk[ là tradition du pays, c'étoit en ce lieu que le^petit ui^mbce des babitans deClermont , convertis &J>a foî'lxàr. i'apôtce de l'Auvergne, tenoient leors a0semblées^:et;j'c)rii>y montre, encore -une grotte où iU se eactuâl^pt pour célébrer les saints mystères 4aââ}le.!teinpfi:des perséoitions. Voilà ce qui rend ^cËeu vméeabbé L'aotiqœ architsctttre'de l'église, i^a r^Ugiisgasd ohsonrité ^ I\3tendue des cloîtres et k Âl^n^ qiui règne d^hs cette solitude , quoique voi- ^»iç..d'un^;viJk très-peuplée^ tout-inàpire le cespect -^trdppelle lea t^mps lieio^reux. où la profession exté- /W^itjrtê duf.cluktianiffllîO et oit inséparable- diine vie -iisâiatje; que les ipaïdns eux-mêmes les admiroteot en 4^ persjîcutaiîi.' ■; i. .

;.i, li'abbé Fléchiec fait U dç&ciiptioa dec, cette église

.;Çt.:d9,onj,^ll^tjfet«?. U s^ di^ferlit ensuite- à rupp^irler

les contes que l'abbé, homitïc^ si®jpJ^. et ci-éduk,

DES GRANDS JOURS d'aUVERGNE. 4^7

leur fit à ses compagnons et à lui sur les prodiges de Saint- AUyre ^ qui , suivant la chronique , après avoir guéri une fiîle d'empereur possédée .du dér mon , avoit obligé le diable à transporter d^lleinagne en Auvergne un pilier fort élevé, pour servir à la construction de Téglise qu'il bâtissoit alors sur les cendres des premiers chrétiens de cette contrée. Mais, si l'auteur refusa de croire ce prodige et plusieurs autres du même genre que le bon abbé racontoit, il ne put refuser son admiration aux merveilles de la nature qu'on voit en ce lieu. Il l'accorda surtout à une fontaine dont l'eau a la propriété de transformer en pierre les corps solides qu'on y plonge ou que le hasard y fait tomber. 11 s'attache d'abord à toute la surface de ces corps une croûte ou enduit pierreux qui s'épaissit peu à peu, et change avec le temps la forme primitive que la nature avoit donnée aux élémens dont ils sont composés. Ce qu'il y avoit de plus remarquable dans cette fontaine , suivant la relation , c'est que le ruisseau qui en découloit s'étoit formé à lui-même une espèce de pont avec la matière pierreuse dont ses eaux sont imprégnées, et que la masse de ce pont sembloit augmenter tous les jours par un effet de cette opération continuelle de la nature.

JiA relation reprend encore ici le fil des affaires dont messieurs Jes commissaires d^^ grands jour^ avoient recomn^encé à s'occupa ayec un nouveau zèje .depuis l'arrivée des letl^re^ de prorogation, parmi lesquelles il y en avoit beaucoup de graves,

et dont les suites devinrent tout- à -fait tragiques; telles que celles du comte de C... et du marquis de V..., qïii furent condamnes Fun et l'autre à perdre la tête par la main du bourreau.

L'abbé Fléchîèr interrompt souvent le récit de ces événeiriens funestes pour raconter les aventures plu$ agréables el plus divertissantes auxquelles il eut part, ^t dont il avoît besoin pouî dissiper l'ennui qu'il devoit avoir de n^entendre parler du matin au soir que de procès , de sentences capitales et de supplices. Il se plaît surtout à rendre compte de ses promenades et des conversations instructives ou plaisantes dont elles ont été l'occasioij. Il rapporte ici qu'après plusieurs semaines d'un temps extrêmement rigoareut p^ar la continuité des neiges et des gelées, qui ne permettoient pas de quitter les appartemens, nn air plus doux et quelque* rayons de soleil l'invitèrent à sortir avec M. C..., citoyen de Clermont, homme d'esprit, et qui avoit plus de littérature qu'il n'étoit ordinaire alors d'en trouver au fond des provinces. L'abondance des neiges empêchant qu'ils ne pussent aller au-delà des murs de la ville , ils entrèrent dans le cloître des jacobins pour s^lpromener à Fabri et sans incommodité.

Ce cloître étoit non pas orné , mais tapissé de peintures fort singulières , tant pour le dessein que pour le goût et l'exécution. Le premier objet de ce genre qui frappa la vue des deux protnêneurs fut un vaste tableau tout rempli de figurés d'empereurs, de rois, de reines et d'autres personnages d'un rang auguste,

. DES GRANDS JOURS d'aUVERGNE. 4^9

décores des attributs de leurs dignités. Nous étions occupés à considérer ce tableau, et nous en cherchions le SHJet, dit la relation , lorsque nous fûmes abordés par un religieux de la maison , qui , par son âge et la gravité de son extérieur, paroissoit être un des sujets considérables de son ordre. Ce que vous voyez là , nous dit ce bon père, est un des plus beaux monumens qu'on ait pu consacrer à la gloire de notre saint fondateur et à la noblesse de notre ordre j car si les jésuites élèvent si haut leur saint Ignace de Loyola, qui n'étoit qu^un simple gentilhomme biscayen , que ne pouvonsnous pas dire de saint Dominique , qui étoit un des grands du royaume de Gastille, parent ou allié d'un grand nombre de souverains? Voilà ce que la peinture a voulu représenter, et Ton peut dire qu'elle n'a usé ni de flattçrie ni d'exagération en traitant ce beau sujet, et qu'elle s'est renfermée dans les bornes exactes de la vérité. D'ailleurs, ajouta- 1 -il, si c'a été un si grand honneur pour le saint patriarche de notre ordre d'être né dans un rang si distingué , ce n'en est pas uu^ moindre pour nous d'être ses enfans spirituels ; car tous ces rois, ces empereurs et ces princes de la terre sont aussi devenus nos parens par cette filiation, selon l'esprit que nous tirons de lui, comme membres de la famille dont il est le chef. Pendant que le bon père faisoit l'éloge de son ordre d'une manière un peu mondaine , nos regards se fixèrent sur une autre peinture d'un goût qui nous parut assez bizarre^ On y voyoit des jacobins, les uns armés de massues comme des Hercules, les autres avec des lances comme

ceux qui s'apprêtent à courir la bague, et d'autres encore portant à la main des torches ardentes ou des épëés teintes de sang. Nous nous regardions avec surprise , comme pour nous demander l'un l'autre la signification mystérieuse de ce tableau , lorsque le bon religieux, s'apercevani sans doute de notre embarras, nous dit : Ce sont les premiers martyrs de notre ordre, qui ont été assommés à coups de massue, percés de lances, brûlés. avec des flambeaux ardens, ou tués par le tranchant de l'épée ; et ces généreux défenseurs de la foi jouissent, cçmme dit le docteur augélique.*;

Il nous auroit cité quelques pages de saint Thomas, si l'un de nous ne l'eût interrompu pour lui demander l'explication d'un des plus curieux de ces portraits. C'étoit un jacobin tenant une balance où il y avoit d'un côté un panier plein des plus beaux fruits, et de l'autre ces mots : Dieu vbus le rende 5 et ces quatre paroles étoient si pesantes quelles eraportoient l'autre bassin de la balance chargé de fruits. Ah ! s'écria le père, voilà un des plus beaux traits de toute l'histoire de notre ordre 5 ce miracle que Dieu â opéré par un de nos religieux montre évidemineDl que les aumônes qu'on nous fait en vue de Dieu sont bien payées par le vœU que nous exprimons pour l'avantage spirituel de nos bienfaiteurs , en disant Dieu vous le rende ! Il seroit bon qu'on prêchât souvent cette histoire ^ les gens du monde en deviendraient pli» charitables, et nous ue serions pas réduits à vivre

DES ORANDS JOURS d'aXJVERGNB. 4?'

si patFvrement , G*r le siècle est si peu porté à h générosité envers les religieux.. . *

Il alloit déclamer oontre ie siède^ mais nous arrêtâmes l'essor de son zèle en nous avançant "veri une des galeries du cloître, dont les tableauï, cominé on Tapprenoit d'utle inscription latine qu'on lisoit à rentrée, étoient consacrés à reprëseiiterles miracfei du Fosaire. Vous allez voir, nous dit le ton père, les prodiges que la puissance de Dieu a opérés pour étendre et afiermir la dévotion la plbs solidement établie, et la plus utile au salut qu'il y aft dans l'Église. Voyez, continua-t-il , dans ce premier tàblèàù cet évéque emporté par là rapidité des flots d'un torrent qui l'entraîne , et qui lève les mains au ciel pour implorer son assistance dans l'extrême danger qS it se trouve ; c'étoit un prélat très-opposé à la dévotion du rosaire, et qui ne vouloit pas qu'on gd établît deà confréries dans son diocèse, parce qu'il n'aimoit pas les frères prêcheurs -, mais Dieu , qui protège toujours, les siens, permit que ce prélat eA voyageaiit tombât dans un torrent impétueux dont les eaux Tauroieni englouti sans les prières de ce saint homme que vous voyez sur le rivage (c'étoit un jacobin qui tendoit la main à l'évêquetpour le sauver du naufrage). Dieu le convertit par cet événement ; et depuis nous n'avons pas eu de meilleur ami, ni de protecteur plus zélé de nos confréries. Le bon père parloît toujours en nous suivant, mais par bonheur pour nous une cloche qui Tappeloit au chœur vint a sohrter, et il nous fit de» excuses sur l'obligation oi\ il étoît de-

47* E5CTRi.IT DE LA RELATION

se rendre à Toffice, en nous promettant de revenir bientôf , parce qu'il avoit encore beaucoup de choses curieuses à nous dire; mais aous, qui ne voulions pas en apprendre davantage , nous n'eûmes garde de l'attendre.

Les fêtes de Noël et les cérémonies accoutumées du premier jour de Tan avoient interrompu le cours des affaires. Pendant ce temps-là on ne s'occupa que des actions de piété convenables au temps, et des devoirs de bienséance établis par Tusage. Les muses d'Auvergne saisirent la circonstance pour montrer leurs talens. On ne parla donc pendant quelques jours à Clermont que de vers , de poëmes, «de chansons et de harangues à la louange de messieurs les magistrats des grands jours. L'abbé Fléchier rapporte quelquesunes de ces pièces pour donner une idée des autres.; car il sentoit bien qu'on ne pouycit proposer toutes c^ productions que comme des modèles de ridicule et de mauvais goût. La moins mauvaise est un sonnet adressé à M. le président de Novion, qui finit par ces vers dont la pensée est assez ingénieuse :

' Tci fais encore ici ce qae tu fis toujours ; Car de tous les jours de ta vie •Tes beUes actions en ont fait de grands jours.

.. Les jésuites qui tenoient le collège de Clermont ne voulurént.pas garder le silence dans une circonstance où tant de gens plus étrangers qu'eux sur le Parnasse ^p cvoy oient inspirés par Apollon. Ainsi les muses lajtines.S'Oacupccent aussi du tribut qu'elles dévoient

DES ORANDS JOURS d' AUVERGNE. ^ji

aux restauraleurs de la justice et aux vengeurs cUs opprimés. D'abord Ips bons pères se proposèrent de faire jouer dans leur maison une tragédie-ballet y qui auroit représenté le retour d'Astrée sur la terre. Mais, soit qu'ils n'eussent pas eu assezde temps pour dresser les acteurs , soit que les maîtres de daqse sur lesquels ils comptoient eomme les plus intelligens et les plus capables de les seconder n'eussent pas répondu à leurs vues, ce grand projet n'eut point d'exécution. Tous leurs desseins se terminèrent donc à la composition d'un poëme latin de six cents vers , intitulé : Le temple de ThémiSj ou la justice rétablie. Au jugement de l'abbé Fléchier, il y.avoit dans cette )>ièce quelques bons vers et quelques pensées ingénieuses ^ mais. le plan de l'ouvrage et les idées principales qui en formoient le tissu étoient si bizarres qu'elles approchoient du ridicule. D'abord l'auteur cpnstruisoit le temple de Thémis des ruines de ceux qui avoieut appartenu aux huguenots et qu'on avoit détruits. Il feignoit ensuite que tous les saints rois qui avolentw gouverné la France, beatos Galliœ proceres^ depuis l'origine de la monarchie, s'étoient assemblés dans une grande place au milieu des airs pour conférer.sur les moyens de rétablir le règne de la jujstice. Ce qu'il y avoit de plaisant, c'est que catte assemblée de saints rois commençoit à Pharamond, qui étoit païen, et finissoit à Henri IV. Une autre idée iion moins singulière, c'est que l'auteur logeoit Thémis, bannie de la France , au sommet des A]pcs où elle mouroit de froid. Le résultat de ce grand conseil

4^4 EXTRAIT DE Là RELATIOII

teiiu en Tait lëtoit qqe le feu roi Loilis XIII kok trou^tr son fils Louis XIV, pendant qu'il dormiroU , ^our lui ccfïrseiller d'établir lés grsTnds jours à Clerinoût en Auvergne , fel les raisons de préférer cette province et cejtte ville à toutes les autres étoient que la Limagne est le pays le plus fertile de la France; qu'il y a à Clermont un présidial et une cour des aides 5 que l'intendant étoît un homme doux et poli-, et que l'évéque , avec son bâton pastoral , chassoit de la bergerie les loups qui se cachoient sOus la peau de brebis. Sur ces représentations dfe son père le roi faisoit entrer Thëihfs dans son conseil , où elle prononçoit une belle harangue, après laquelle onchoisissoit, parmi les sénateurs les plus intègres et les plus savans, ceux qui dévoient composer le nouveau tribunal ; c^ëtoient les Noviadës les Caumartifkiadés, Thalonîadés , etc. , avec des terminaisons grecques , pour monlrer que le poëte n^ignoroit pas cette langue. Chacun de ces magistrats avoitson tribut de louanges; mars l'éloge de M. le président de IJo^on l'eœportoit sur tous les autres : c'étoit une explication allégorique de ses habits de palais ; son mortier marquoit la grandeur et la fermeté de son âme; son hermine, la pureté de sa conscience; son cardon bleu, le doux éclat de son esprit céleste; et la colombe, symbole du Saint-Esprit qui pend au cordon , sa douceur et son humanité. On voit, d'après cette esquisse tirée de la relation , que le temple de Thémis n'étoit pas l'ouvrage du génie, et que, si le goût n'avoit pas présidé au choii des matériaux , il n'en

DES GR/INDS JOURS D* AU VERii NE. 4?^

avoît pas non plus dirigé l'emploi. Cepeiidsmt le poëme fût imprime! avec une ëpître dëdicalbîre à M. de Novion, où, entre autres ' belles choses, an lui disoit que, s'il eût vécu du temps des païens, ila auroîent été excusables d'adorer ses vertus à la place de leurs dieux.

Les séances recommencèrent après lés fêtes, et la relation continue 'de rapporter jour par jour les opé'rations judiciaires qui les remplirent , en suivant la même méthode que pour les précédentes. On remarquoit que , dans cette seconde partie de la durée de* grands jours , les commissaires et M. Talon luimême ne se montroientpas si sévères qu'ils Tavoient été jusqu'à l'époque de la prorogation. On trouvôît même qu'après avoir peut-être porté la rigueur uh peu trop loin au commencement ils tomboient dans Fexcès opposé, par trop de douceur et d'indulgence, en approchant du terme de leurs fonctions. Néanmoins là relation nous apprend que, malgré ce penchant vers la clémence, ils ne laissèrent pas de prononcer encore des arrêts bien propres à répandre la terreur, et à mettre en fuite les scélérats dont on n'avoit pu se saisir. Tels furent les jugemens qui condamnèrent le comte de... et le marquis de... "à perdre la tête , quoiqu'ils fussent l'un et Tautre de deux maisons très -anciennes et très -illustres. Mais ils avoient aussi l'un et l'autre déshonoré leur noble extraction par les crimes dont ils s'étoient souillés. La relation entre h ce sujet d^ns des détails qui font horreur, et, s'il nous étoit possible de rapporter ici

476 EXTRAIT DE Li RELATION

tout ce quelle ea dit, on jugerçit avec raison quil n'y a jamais eu deux hommes d'une méçbançeié plus consommée , ni deux scél tarais qui aient commis des jetions plus atroces avec plus de sang-froid. . Les magistrats mettoient tant de suite et d'activité dans leur travail, et les jugemens se succédoient les uns aux autres si rapidement que le public n'avoit pas le temps d'apprendre les principales circonstances de chaque affaire. Les exécutions se faisoient avec la même célérité 5 mais le plus grand nombre des accusés et les plus coupables avoient réussi à se soustraire par la fuite aux coups de la justice, en sorte qu'on ne put les exécuter qu'en effigie. Le nombre en étoit si grand qu'on exposa trente de ces tableaux patibulaires en un seul jour dans la place publique. Ils y restèrent du matin au soir, et le peuple ^ qui ne se l|isspit point de les considérer, apprenoit aa moins par là que , si le glaive de la justice ne put frapper en effet sur les contumaces, elle les punit, autant qu'elle le peut, par le déshonneur et l'infamie. Le mal est qu'ordinairement ceux qu'elle ne châtie que de cette manière ne cessent pas d'être méchans et de nuire à la société , tant qu'ils ne sont malheureux qu'en figure. C'est une réflexion de l'auteur.

Pendant qu'on ne parloit que de condamnation et de mort, et que les juges pressés par le peu de temps qui leur restoit n'étoient pas assemblés un moment qu'il n'en coûtât la vie à quelque criminel , il s'éleva entre deux communautés religieuses de la ville une contestation qui fk seule plus de bruit que

DES OBAI^DS JOOBS d'AUVKRGNE. 477

toutes les grandes affaires dont on s'étoit ocçtipé ju»^ qu'à ce m<iment. Il y a , dit Tafatië Ftéchier, entré leë ordres monastiqoés une certaifne émulatiori que ta pieté ne détrait ps^s, et qu'elle semble diémê acrtûciser; parce qu'on lui donne les beaux noms de zèle et d'attachement pour l'état auquel on s'est consacré. Par un etfet de cette disposition, on cheriche à s'étendre et à se multiplier ; et , si l'on rencontre quelque obstacle , le zèle 9'écbauSe , l'atUiebetiient qu'on a pour l'honneur de son institut, pour l'Intérêt de son ordre et de sa maison, £ait qa'on se donne les plus grands mouTemens pour obtenir ce qu'on désire atec <i'autant ))ius d'àrdieuif que l'on confond des Tues pitre^ ment temporelles avec les sentimens de la piété. On en vit alors un exemple bien frappant à €lermônt , dans la rivalité qui éclata entre les Visitandinies et les Ursùiînes de cette vilfe. - '

Le monastère de celles-ci avoit un jardin 'déparé du reste de leur enclos par un bo^t dé rùei étroite ôt peu fréquentée. Ces dames eommatiîqiiaiemt à ce jardin par une voûte pratiquée sous cette Tae^>cfit (qui leur paioissoit fort incommod^B. Pour o^étre plus sur jettes à cette incommodité, elles imaginèrent de se faire céder le terrain dé cette rue par quelques par^ ticuliens des environs , mais sans faire ratifier cette cession par tous ceux qui y avoient intérêt , et efttre autres par les dames de la Visitation qui possëdôient un moulin an£(md de cette rue. Néanmoins le^ Ursolines firent travailler à rënfermier le terrain cède dans leur clôture. Les Vîsit8ndiines.s'y opposèrent j et, sur

4^8 RXTUAïT de Là B£tATl09

l^vir requête, Ta&ire foi portée au tribunal des grands jours. Les deux communautés avoient une trompe de personnes reGommandables par leur piété qui prenoient leur défense., et de puissantes protectrices auprès de messieurs les commissaires; savoir : les filles de Sainte«Ursuie , madame Talon ; et €:elles^ de Saint-François-derS^Ies, madame la doaairièire de Caumartin* Tout Clermont se divisa po>ur ou contre Tune (Ifîs deux maisons^ et Ton ne parlait d'autre chose dans, toutes les sociétés de la ville. La cause fqt plaidée îiyec le plus grand appareil par des avocats de réputation, et avec un eoncovirs de monde extraordinaire. Les juges , avant de . rien statuer, nommèrent deux commissaires pour examiner la sitMation des lieux. Us établirent dans leur rapport qiiç J9 partie de rue dont il s'agissoit étoit nécessaire pour le service du public. Eu conséquence il fut décidé par :3rf et qu^ h rue demenr^roit dans letat ou «UdiftYôJt toujoiuris^ été. Ce jugement causa une joie inexprima^eaux Visitandines^ dont la communauté iëlioit composée de quatre:vin|g;ts religieuses qui , ne ^cbanf conunesit, témoigner leur reconnoissance à madame de Ganmarlin et à messieurs des grands joufSj députèrent leursjqnatre-iYingts anges gardiens pour les accompagner lôrsqi^' ils s*en retoumeroient ■àS^aris* . . .:. • ' ^

- Gè fetodur i^)ét]Gâ:/pas éloigné; La lettre de congé ^uivrappeloitmiessieurB les cammisodJrcsià lenrs fonctions «ordinaires éiant arrivée, didcua d'eux se tronvanl -sans aiitnrijbé , et a'iétant. f)lus que de simples

DES oaANDs JO0RS u'auvëbgne. 479 conseillers au, parlement , ils désiroiènt avec eiii|M«s*sement de se tendre dans4a eapitale^ et-eetrx qne leur présence incommodoif depuis près de cinq mois ne sûuhaitoietit pas moins ardemment de les voir éloignes. Le séjour de Clermont étoit d autant plus ennuyeux pour l«s étranges que la tenue des grands joursy avoit attirés, que les amuseq[iens ordinaires du carnaval avoient été défendus, et le carême avancé de plusieurs jours par une ordonnance de Févéque ^ à Yàcroasien d'un scandale public dont tout le monde avoit été consterné* tly avoit dans là ville un fou qui paroissolt assez paisible, sa foliâ n'^taBt jamais allée jusqu'à la fureur. Aussi leiaissôitron en liberté , d'autant plus qu'on 1^ yoyoit souvent en prières dans ks églises,, et que ces dehors de. piété faiaoîejal dire qu'il c^toit pluA à plaindre qu'à redouter. Mais on ne can- «idéroit ^s que cette apparence de tranquillité pouvbit changer énuti instant, et que ^.quapd un esprit esfc blessé, oà doit toujours craindra. quelques suites fâcheuses de son dérangement; Eh effet, ce fut: la piété méftïè dé cet homme qnrachevaide lui troubler i'espml. 11 s'io^giEia qiie loua lèsj prêtres qu'il voyeit eélébi^r éioieat indignés de kiir. mini^ère. Il n'assisH toit à aueune mfisse qu'il ne ise'^ntîÉ: poussé pa&riun *èle furieux de- monter à Faute! pour achevé^ le saf ciirifioe , et immoler le prefcre à ses pieds. Enfin , cet homme i^tant un jour dans ime église où l'aumôfiief dé M; l'évéque disoit k messe , etarvoit déj^ consadré , 8ôn. accès le prit si viûlemmenifli, que, franchissant tautà coup la balustrade, il s'élança, vera Vaotel,

480 EXTKAlt DE LA RELATION

saisit le calice et le consuma , en disant qu'il étoit seul digâe d'exercer les fonctions redoutables du sacer-* doce; A la nouteIle.de cette pro&nation^ Thorrear ef la consternation ^ répandirent datis toute la vîile« Leyéque ordonna* des prières pabliquôs^ on exposa lesaint^sacrenient dans toutes les églises; on fit des sermons sur cet ëvéoement propres à ranimer la foi et la ferveur ; en un mot , on n oublia rien de tout ce qui 'pouvoit exciter los caiholiqnes, et surtout les âmes pieuses, à. réparer, par leurs adorations Tinjure faite à Jésus-^Clirist dans le plus saint et le pjus auguste de nos mystères^

Les. commissaires des grands jours et tous ceux qui les avoient accompagnés quittèrent ^nfin Clermoût, le 4 février 1666, pour se rendre à Paris. Ils avaient déjà fait cette roule lorsqu'ils etpieiit vienos; ainsi elle ne leur offrit rien de nouveau et d^ remarquable. Cependant ils s'arrêlèrent' à Briare, où ils avoieut passé rapidement la première fois, afin d'y considérer à loisir les travaux et le mécanisme de ce fameux caiial coqimencësous Henri IV, par l'immortel Sully, pour[joindreia)Loireàvec la Seine, et fini sous Louis XUI. Là relation en donne une description détaillée que nous ne transcrirons pas m y parce que ce canal est une' chose très-comme aujourd'hui , et <^u'on l'a beauccttip^perfectionné-depub l'épûqueoù l'abbé Fléchier écrivoit sa relation.

Tandis que le» vdyageurs examinoient le jeu des éduaes^ l'abbé JPléchier pr^eùd un détour assez ingénieux, pour se ménager un ÎBBMjyen de dirç son seati-

DES GRANDS JOURS d'âUVERGNE. 4^1

ment sur tout ce qui s'ëtoit passé pendant la tenue^ des grands jours. Il feint que, s'ëtant retire àTëcart dans le dessein de se promener seul, il* fut abordé par un hoq^me de la compagnie avec lequel il s'ëtoit lié d'amitié sk Clermont. C'étoit uii hammoid'e^it , qui avoit des connoissances en littérature, ei qui ju^' geoit très-sainement des clioces. L'abbé lui demanda oe qu'il pensoit des ëvénemeils extraordinaires dont il avoit été témoin. Il répondit qu'on ne ponvoit trop louer la conduite de MM. les commissaires , leur zèle pour le rétablissement du boa ordre , leur application au travail ; I^irs lumières et leur intégrité çque U sagesse duVoi ne paroissoit p^s moins dans le choir qu'il en avoit fait, que son amour pour la* justice dans le soin qu'il avoit pris de réprimer lès violences de lir noblesse , et de punir ceux de cet ordre qui s'étoîent prévalus de leur rang et de leur autorité pour commettre impunément les crimes les p\us atroces 5 que la së^rîté des magistrats qui composoient ce tribunal étoit nécessaire dans l'état où se trouvoient les choses en Auvergne, par les funestes effets de la licence et de l'impunité ; que ce qui distingueroit à jamais les grands jours d'Auvergne 'de tous ceux qui avoienttité tenus en- divers temps dans d'autres provinces , étoit l'étendue d'autorité que le roi avoit accordée à ce petit sénat^ étendue ^i consistoit principalement en ce qu'on avoit ordonné, iMa févocation de toutes les lettres dft grâce et d'jibolition obtenues depuis vingt ans, en sorte qu'il a fallu que toutes ces lettres fussent représentées au

procurettr ganëral et soumises à l'examen des commissaires ; 3^ la rëyision de tous les jugemens rendus ailtëVieuremeht par contumace, avec augmentation d'amendes et autres peines; 3^ le rasement, dans l'ospaee éè. quinze jours , des maisons et château^ des fugitifs, à qui la loi accorde ordinairement cinq ans pour se justifier; mais que tout cela s'ëtoit fait par des motifs s^ justes et si graves ^ue les gens les moins^ favorablement prévenus ëtoient forcés d'y applaudir. A la suite de ces réflexions, Tabbé Fléchier m^l dans la boiu^he de son ami Télogerde-M. Je président de Novion , de M. de Gttuniiartin , de M. Talon et de tous les magistrats qui avoient*formé le trilDunal des girands jours; et c'est parla qu'il tarmine A re-« lation.

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