RECHERCHES
SUR LA FABRIGATIOIf DES ESSIEUX DE L* ARTILLERIE *
Sur la demande qui lui avait été adressée par H. le rieutenant général Allix, Son Excellence le ministre de la guerre ordonna, le 19 mars dernier, qu'il serait fait dans les forges du département du Cher, des expériences destinées à résoudre la question suivante : Des essieux formés de mises entremêlées de fer et d'acier ont -ils, sous le rapport de la ténacité et de l'élasticité, une supériorité marquée sur des essieux de fer pur ? Dans le cas d'une solution affirmative de cette première question , on devait aussi chercher à quelles proportions de fer et d'aciei il conviendrait d'accorder la préférence.
Son Excellence, par une décision en dcte du 1" juillet, a renvoyé le procès -verbal des expériences exécutées dans les forges royales de Guérigny à la Commission des affûts et voitures, pour qu'elle décide : premièrement, s'il y a lieu de faire les nouvelles épreuves que les officiers d'artillerie employés dans les forges du Cher croient nécessaires; deuxièmement, pour qu'elle indique comment ces nouvelles épreuves devraient être dirigées.
La Commission des forges royales de Guérigny a
1. Rapport inédit fait le 23 août 1825 par M. Arago à la Coininisdon des affûts et voitures de la direction générale de rartillerie.
Sn RECHERCHES SUR LA FABRICATION
opéré sur quatre espèces de barreaux, d'environ un pouce (0".027) d'équarrissage :
La première était de fer pur du Berry ;
La seconde renfermait un quart d'acier et trois quarts de fer;
La troisième un licrs d'acier et deux tiers de fer ;
11 y avait enfin, dans la quatrième , moitié acier et moitié fer.
Pour évaluer la ténacité de ces divers barreaux, on les étirait dans le sens longitudinal , à l'aide d'une forte presse hydraulique, jusqu'à ce que la rupture s'ensuivît. On trouve la description de l'appareil qui a servi à la mesure de l'élasticité dans l'ouvrage de M. Duleau, sur la résistance du fer forgé.
Les officiers de la sous-inspection des forges du Cher, qui ont dirigé le travail dont la Commission m'a chargé de lui rendre compte, sont parfaitement au courant des dernières expériences des physiciens sur la ténacité des métaux. Leurs épreuves paraissent avoir été exécutées avec beaucoup de soin ; mais, comme ils le remarquent eux-mêmes, elles n'ont point été assez variées. En effet, je trouve bien, par exemple, sur les tableaux de la Commission de Nevers, que les étoffes ont, en général, une ténacité assez supérieure à celle du fer; mais dans les résultats partiels, j'aperçois qu'une barre de fer pur ne s'est rompue que sous une traction de 35^"-. 3 par millimètre carré, tandis qu'une autre barre de dimensions semblables, composée de un tiers d'acier et de deux tiers de fer, s'était déjà rompue à 35 kilogrammes.
Quelques précautions qu'on adopte, quelques soins
DBS ESSIEUX DE L'ÂRTILLBBIB. 576
qo^on apporte dans la fabrication des barreaux, des expériences de traction analogues à celles que la sous-inspection des forges du Cher a exécutées, offriront toujours des discordances sensibles; les conclusions n'auront dès fors aucune certitude, si elles ne se fondent pas sur un nombre sufDsamment grand d'observations. J'aurais des remarques seniblables à présenter sur les expériences d'élasticité. Il me paraîtrait donc fort utile que tout ce travail fût recommencé, non plus en se bornant, comme ODl'a fait, à deux barreaux seulement de chaque espèce, mais en opérant successivement sur dix. Les résultats moyens montreraient alors avec certitude si la ténacité s'accroît indéfiniment à mesure que la proportion d'acier dans les barreaux devient plus grande, ou s'il existe des limites qu'il ne faudrait pas dépasser.
Si la Commission juge convenable de donner suite à la proposition que j'ai l'honneur de lui présenter, elle devra, je pense, recommander d'une manière toute particulière que les nouvelles expériences d'élasticité soient Faites sur des barreaux neufs et non pas, ainsi qu'on !'a pratiqué, probablement dans des vues d'économie, >ur des barreaux dont les fibres pouvaient avoir été altérées par les fortes tractions auxquelles ils avaient été )récédemment soumis. Les essieux de l'artillerie devant réquemment éprouver des chocs brusques, les officiers le la sous-inspection du Cher donneraient un nouveau )rix à leur travail s'ils essayaient aussi les divers bar- "uaux sous ce point de vue. L'emploi de la presse hy- Iraulique, comme moyen de traction, n'a point d'inconrénient dans des essais comparatifs; mais l'évaluation