DÉCOUVERTE DE MM. NIEPCE ET DAGUERHE
L'auteur d'une découverte si belle, si inattendue, d'une utilité si générale, a certainement honoré son pays, et le pays seul peut le récompenser.
11 est à ma connaissance personnelle que M. Daguerre a refusé des offres séduisantes qui lui ont été faites à diverses reprises au nom de plusieurs souverains puissants. Cette circonstance ne peut manquer d'ajouter à l'intérêt que chacun lui porte. Elle augmentera, dans les Chambres, le nombre déjà si grand de personnes qui n'attendent qu'une occasion de montrer leurs sympathies pour l'inventeur actuellement si malheureux des procédés photogéniques et du diorama.
Je prends, M. le ministre, la liberté de vous demander si, comme le bruit en a couru, vous avez l'intention de solliciter des Chambres une récompense nationale en faveur de M. Daguerre.
Je désire bien vivement recevoir une réponse affirmative ; en ce cas je me mettrai entièrement à votre disposition et pour les stipulations préliminaires et pour la discussion que la proposition pourrait soulever.
Dans la supposition où, contre mon attente et mes vœux, vous ne penseriez pas que le gouvernement dut prendre l'initiative, vous ne trouveriez pas mauvais, je l'espère , que , cédant à un désir qui se fait jour sur tous les bancs de la Chambre des députés , j'essayasse moi-même, par une proposition formelle, de l'occuper de la découverte de notre ingénieux compatriote.
EUSRBE SALVERTE'
Je ne suis jamais venu dans ce champ de repos avec un plus profond sentiment de tristesse; nxais aussi jamais la patrie, la liberté, n'ont eu à déplofer \ine plus grande perte. Pourquoi faut-il, Messieurs, que le défa,ut de temps doive me faire craindre de ne m'être pas élevé à la hauteur de la mission dont vous m'avez honoré?
Salverte naquit à Paris en 1771. Son p$re, qui occupait une position élevée dans Tadministiation des finances, le destina à la magistrature. Déjà à 18 ans, après des études brillantes au collège de Juilly, il entrait au Châtelet de Paris comme avocat du roi. A cette même époque la France sortait d'un long et profond engourdissement. Elle réclamait de toutes parts, avec le calme qui est toujours le vrai caractère de la force, mais aussi avec l'énergie que ne peut manquer d'inspirer le bon droit, l'abolition du gouvernement absolu. La voix retentissante du peuple proclamait que les distinctions de caste blessent au même degré la dignité humaine et le sens commun; que tous les hommes doivent peser du même poids dans la balance de* la justice; que le sentiment religieux ne saurait sans crime être l'objet des investigations de l'autorité politique.
Salverte avait trop de pénétration pour ne pas entre-
1. Discours prononcé le 30 octobre 1839 aux funérailles de M. Salverte, au nom de la Chambre des députés.