‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 62 sur 161 · SUR LA TEMPÉRATURE DES SOURCES · texte numérisé non relu

SUR LA TEMPÉRATURE DES SOURCES

do Tautre manière, le phénomène, au contraire, se rattache aux plus grandes questions de la philosophie naturelle ^ Le sujet traité par M. Legrand est donc très-digne de l'intérêt de l'Académie.

Un ouvrage publié, en 1756, par le médecin, Garrère, renferme des observations de température faites deux ans auparavant, dans la plupart des établissements thermaux des Pyrénées-Orientales. Les observations de Garrère comparées à celles que M. Anglada, professeur de l'École de médecine de Montpellier, recueillit dans los mêmes lieux en 1818 et 1819, semblent toutes indiquer que les sources des Pyrénées se refroidissent. La diminution en 65 ans serait de 2*. 5, de 3".8, de T. 6 et môme de 12*. 5 centigrades.

Dans le Mémoire qu'il a présenté à l'Académie, M. Legrand se propose d'établir qu'on s'est beaucoup trop h&té d'adopter les énormes différences dont il vient d'être fait mention et d'en tirer des conclusions générales. Cette opinion nous parait étayée de considérations démonstratives.

Le thermomètre de Réaumur, on l'oublie trop souvent, n'était pas gradué à l'origine comme celui qui porte aujourd'hui le nom de cet illustre naturaliste. Les 80 degrés correspondaient non à l'intervalle compris entre la glace fondante et l'ébullition de l'eau, mais à celui qui sépare le même terme de la glace du degré d'ébullition de l'alcool employé par l'artiste comme liqueur thermométrique. Or le thermomètre de Carrère

1. Voir t VI des CEuvres, t. liï des Notices scientifiques, p. 316 d 399.

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îîait à alcool. D'après cela, et pour peu qu'on se reporte à l'époque où ce médecio écrivait, on ne doit guère douter que son instrument ne fût le thcimomètre originaire de Réaumur. Au surplus, s'il n'en était pas ainsi , uous serions amenés, et cela tranche toute difficulté, à cette conclusion complètement inadmissible qu'à Escale das, par exemple, en 175&, les malades se baignaient dans de Teau à 50* centigrades. Les observations de Carrère ne peuvent donc pas être comparées directement à celles qu^on fait de nos jours avec un instrument qui diffère trës^notablement de l'ancien thermomètre de Réaumur quoiqu'il porte le même nom. M. Legrand a corrigé toutes les anciennes déterminations du médecin roussillonais; il les a ramenées aux degrés du thermomètre mercuriel en 80 parties, à l'aide d'une table calculée par Deluc et qui se trouve dans l'ouvrage intitulé Modifications de î aimosphkre. La correction une fois faite, toutes les grandes différences qu'on avait remarquées entre les températures de 175/i et de 1819 se sont évanouies. Sur aucun point elles ne dépassent i*.5 centigrade : ordinairement elles sont nulles. Ainsi, soixante-cinq années n'ont apporté aucune altération notable à la température des sources thermales situées dans le département des Pyrénées-Orientales. Ce résultat est important; M. I^grand y est arrivé, comme on a vu, à l'aide d'une remarque très-simple; le Mémoire qui le contient n'en mérite pas moins d'être conservé dans les archives de la science. Aussi nous proposons à l'Académie de décider qu'il sera imprimé dans le Recueil des Savants étrangers.

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