DE L'EAU ET LA PRESSION
qu'ils prennent en bouillant. En opérant dans le récipient d'une machine pneumatique, M. Acliard a construit la table suivante pour exprimer les hauteurs de mercure qu'il faut retrancher de la colonne du baromètre ordinaire pour avoir les différents degrés d'ébullition de Feau et de Talcool. Nous avons transformé les mesures en pouces et en degrés Réaumur, en millimètres et en degrés centigrades.
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L'auteur propose de se servir du degré de rébullilion de l'eau dans la mesure des hauteurs des montagnes. Il n'a pas donné la pression extérieure pendant ses e.xpériences.
SUR
LE PONT SUSPENDU DE FRffiOURG *
La ville de Fribourg est bâtie sur la rive gauche de la Sarine. Cette petite rivière a ses deux bords très-escarpés; leur hauteur au-dessus du lit est d'environ 65 mètres. Les voyageurs qui se rendaient de Berne à Fribourg avaient donc à descendre une colline de 65 mètres de hauteur pour atteindre un petit pont en bois jeté sur la rivière, et à gravir, immédiatement après, une nouvelle pente de même hauteur, pour arriver au centre de la ville. La traversée de Fribourg, en voiture, était alors de près d'une heure.
Ces difficultés, ces retards, semblaient la conséquence irrémédiable des localités, lorsque des esprits hardis imaginèrent qu'il serait possible d'exécuter un pont suspendu qui unirait les sommités des deux coteaux entre lesquels coule la Sarine. Le pont devait passer sur une grande partie de la ville. Ce projet semblait une véritable utopie; néanmoins les autorités et des citoyens zélés pensèrent devoir le soumettre à l'attention des ingénieurs de tous les pays. Divers plans furent présentés. Le gouvernement cantonal donna la préférence à celui de M. Challey^ de Lyon. En défînitive, c'est le plan de
1. Communication faite à TAcadémie des sciences dans la séance du 28 septembre 1835.
notre compatriote qui a été exécuté sous sa direction immédiate.
Les portes, d'ordre dorique, par lesquelles on entre sur le pont, ont 20 mètres de hauteur totale avec une élévation de voûte de 13 mètres sur une ouverture de 6, La largeur de la maçonnerie est de 1&, son épaisseur de 6. Quoiqu'on n'ait employé dans ces constructions que des blocs très-volumineux de roche calcaire dure du Jura, il a paru nécessaire de les unir fortement par des crampons métalliques. Plus de 25,000 kilogrammes de fer ont servi à cet usage.
La largeur de la vallée de la Sarine, dans le point où le pont est construit, ou, si l'on veut, la distance des faces intérieures des portes élevées sur les deux rives, ou enfin, car c'est encore la même chose en d'autres termes, la longueur totale du pont est de 265". 5. Tout le monde concevra qu'on ait hésité à franchir une pareille distance d'un seul jet et que la pensée de soutenir le pont par son milieu se soit d'abord présentée à l'esprit de M, Challey. Néanmoins, la difficulté d'établir solidement une pile de près de 65 mètres de hauteur, au fond d'une vallée d'alluvion, fit bientôt renoncer à la division projetée. Le pont n'a donc qu'une seule travée : une travée de plus de 265 mètres.
Le plancher est suspendu, par des moyens connus aujourd'hui de tout le monde, à quatre câbles en fil de fer qui passent sur la partie supérieure des deux portes. Chacun de ces câbles se compose de 1,200 fils d'environ 3 millimètres de diamètre et de 847'". 5 de longueur. Comme de telles masses auraient été très-difficiles
à manœuvrer et à tendre, on a placé séparément les éléments dont elles se composent. Leur réunion s'est opérée en l'air par des ouvriers qui travaillaient suspendus, et, hâtons-nous de le dire, sans qu'il soit jamais arrivé le moindre accident. On a calculé que les quatre câbles réunis pourraient porter bien près de 3 millions de kilogrammes (60,000 quintaux anciens).
Les quatre câbles trouvent leurs points d'attache, sur l'une et l'autre rive, au fond de quatre puits creusés dans la colline. Dans chacun de ces puits ils traversent une cheminée cylindrique verticale qui unit trois voûtes massives superposées, encastrées elles-mêmes avec un soin infini dans les rochers environnants; c'est plus bas qu'ils s'amarrent enfin à des blocs de pierre très-dure, de 2 mètres cubes. Les câbles ne pourraient donc céder qu'en entraînant les poids de ces énormes bâtisses, fortifiées d'ailleurs de toute leur adhérence avec les rochers.
M. Challcy commença à se mettre à l'œuvre au printemps de 1832. Il n'amena avec lui de France qu'un seul contre-maître habitué à le seconder. C'est donc avec des ouvriers du pays, inexpérimentés, ou qui du moins n'avaient jamais vu aucun pont suspendu, qu'il se lança dans une entreprise aussi hasardeuse, et toutefois, le 15 octobre 183/i, quinze pièces d'artillerie, attelées de quarante-quatre chevaux, et entourées de 300 personnes, traversaient déjà le pont et se portaient en masse, tantôt au milieu et tantôt aux extrémités, sans que l'examen le plus attentif indiquât aucune apparence de dérangement; et, quelques jours après, le passage d'une procession, composée de toute la population de Fribourg et des en-
irons, s'effectua avec le même succès, quoique, à chale instant, le plancher portât plus de 1,800 personnes )Dt un grand nombre marchaient au pas; et, depuis rs, les curieux et les commerçants de tous les pays ont i joindre le témoignage de leur entière satisfaction à lui des cantons suisses. Ainsi, bien que Tépreuve défi- Live que le constructeur s* était imposée, celle de char- T le plancher de 100 kilogrammes par mètre carré, ne nve avoir lieu qu'en octobre 1835, on peut dire que le nt colossal de Fribourg a été exécuté complètement en «x ans et demi. La dépense totale ne s'est élevée qu*à inron 600,000 francs.
Le seul pont qui , par ses dimensions, puisse être comuré à celui de M. Ghalley, est le pont dit de Menai ou ; Bangor. Il joint l'île d'Anglesea à la côte d'Angleterre, ss plus grands bâtiments passent dessous à pleines ules. 11 a été construit par le célèbre ingénieur Telford. Il bien, la longueur totale du pont de Menai n'est que de îT'^.S; c'est 98 mètres de moins que le pont de Fri- )urg. Le plancher du pont de M. Telford est à environ 2*.5 du niveau de la haute mer; celui du pont de [. Challey se trouve à 51 mètres du niveau de la Sarine. M. de Candolle, à qui nous avons emprunté les donées d'après lesquelles celte notice a été rédigée, a pris, ans la ville de Paris, des termes de comparaison qui )nt concevoir mieux encore que tous ces nombres le randiose de la construction de M. Challey : qu'on se gure un pont d'une seule arche dont la longueur serait gale à celle de la grille du Carrousel , ou, si l'on veut, à \ distance de deux guichets correspondants des deux