‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 3)Chapitre 94 sur 161 · tt · texte numérisé non relu

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Scpi''nibre. . .

Octobre

Novembre...

Décembre. ..

Moyennes...

S.lt

Moyennes des matières dosées chaque mois dans les eaux de pluie recueiilies dans les deux udomètres de l'Observatoire de Paris pendant le deuxième semestre de i%b\, rapportées à l* hectare,

Mvii. Aute. ^! ^ Ammoniaque. ChloK. Chaux. Magnésie. Totaux.

kil. kll. kll. kll. kU. kil. kil.

ioiliet 8.90 5.03 3.45 8.34 7.M - 49.71

Août f.18 4.N0 1.01 0.60 S.ia » 0 49

Septembre.... S.04 8.89 0.77 O.&O 1.81 • 13.83

Octobrp tS6 S.8I 0.13 0.88 1.15 • 6.13

Xorefflbre 4.93 4.S6 1.04 4.40 4.78 • 8.94

Oéceiibre S 50 5.95 4.47 0.00 1.33 • 9.41

Totaux pour six sois 13.71 31.83 7.67 6.50 45.13 454 6617

M. Barrai examine , dans un chapitre à part, quelles sont les proportions relatives de l'azote provenant de facide azotique et de Tanimoniaque. Son résultat est que, sur 31 kilogrammes fournis en un an à un hectare de terrain, 9 proviennent de Tammoniaque et 22 de l'acide azotique. Pour abroger nous n'analyserons pas plus longuement cette partie du Mémoire ; nous nous contenterons de dire que, pour la séparation de l'ammoniaque et de l'acide azotique, l'auteur s'est servi d'un procédé trèsingénieux dont la découverte est due à M. Peligot.

Avant d'arriver aux conclusions qui doivent terminer ce rapport, jetons un rapide coup d'œil sur les observations et sur les réclamations de priorité dont les recherches de M. Barrai ont été l'objet. Huit jours après la communication du Mémoire de M. Barrai, M. Chatin écrivit à l'Académie pour lui demander d'ouvrir un paquet cacheté déposé par lui le 16 février 1852.

Il ne sera pas superflu de faire remarquer, au moment où les paquets cachetés ont pris tant de faveur que nos archives en seront bientôt encombrées, que ce moyen

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de s'assurer la priorité au sujet dimc découverte n'est nullement satisfaisant, qu'en thèse générale la priorité appartient incontestablement à celui qui le premier a livré ses observations au public. C'est un principe qu*admettent tous ceux qui font autorité en matière de sciences, comme Ta prouvé une discussion récente provoquée par l'illustre doyen de notre Académie. Ne voit-on pas le danger qu'il y aurait sans cela à transformer en découvertes achevées quelques vagues aperçus donnés sous fonne d'aphorîsmes et sans démonstration , lorsque la démonstration constitue souvent le vrai mérite d'un travail? Il importe, dans l'intérêt des sciences, de ne pas décourager les esprits laborieux et sévères qui ne négligent rien pour imprimer à leurs œuvres le cachet de la certitude.

Mais revenons à M. Chatin^ et remarquons que le fait principal contenu dans le Mémoire de M. Barrai, celui sur lequel il a désiré fixer plus particulièrement l'attention de l'Académie, consiste dans la présence d'une quantité notable et dosable d'acide nitrique dans les eaux de pluie tombées dans tous les mois de Tannée à l'Observatoire de Paris.

M. Chatin consignait, dans son paquet cacheté déposé au milieu de février 1852, le nom de toutes les substances qu'il avait découvertes dans les eaux pluviales ; dans le nombre aucune citation n'est relative à l'acide azotique. La seule observation de ce chimiste qui ait un rapport éloigné avec celles de M. Barrai est rédigée, en ces termes dans son pli cacheté :

« Les eaux pluviales se distinguent surtout en ce

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qu'elles renferment jusqu'à un demi décigramme par litre d*une matière organique azotée qui peut se représenter dans sa composition par un mélange d'ulmate d'ammoniaque et d'acide ulmique. Cette même matière se trouve abondamment dans les couches inférieure^ de Tatmosphère. •

En laissant à cette observation le mérite qui peut lui appartenir, on conçoit que nous n'ayons pas à nous en occuper plus longtemps ici.

Le 8 mars 1852, une quinzaine de jours après la présentation du Mémoire de M. Barrai , M. Bineau écrivit que, depuis le mois de novembre 1851, il s'était livré à l'examen des eaux pluviales recueillies sur l'Observatoire de la ville de Lyon et dans les environs. Les résultats communiqués à l'Académie par cet estimable chimiste sont relatifs aux eaux tombées pendant les mois de janvier et février 1852. On y remarque une beaucoup plus grande quantité d'ammoniaque que celle qui résulte de l'ensemble d'une demi-année qu'embrasse le travail de M. Barrai. Cette différence n'est pas la seule que l'on trouve entre l'observateur de Lyon et celui de Paris. M. Bineau n'a jamais reconnu dans les eaux de pluie qu'il a soumises à l'analyse chimique, la présence de l'acide azotique, tandis que, suivant M. Barrai, la proportion d'azote qui provient de cet acide surpasse celle de l'ammoniaque. Ainsi, à ce point de vue, les résultats sont si dissemblables, que la lettre de M. Bineau, dont la date est d'ailleurs postérieure à celle de la présentation du travail de M. Barrai, ne saurait être regardée comme une réclamation de priorité. Il y aura seulement lieu à rocher-

U)2 srn LA ru iR.

cher à quelle cause, dépendante peut-être du procédé d*analyse employé par M. Bineau, il faudra attribuer Tabsence d*acide azotique dans les eaux pluviales recueillies au centre de la ville de Lyon.

Venons maintenant à la lettre de M. Marchand, reçue le 12 avril 1852, c'est-à-dire sept semaines après la communication faite par M. Barrai à TAcadémie. Cette lettre est une réclamation en forme; l'auteur y donne les résultats numériques des analyses qu'il a faites à Fécamp, des eaux pluviales et des eaux provenant de la fonte des neiges pendant les mois de mars et août 1850k Parmi ces résultats on trouve des proportions notables d'aaotates.

M. Marchand, sentant bien que des analyses publiées sept semaines après celles qui avaient été communiquées à r Académie par M. Barrai ne pouvaient constituer en sa faveur un titre de propriété, cite une Note lue, le 13 janvier 1851, à l'Académie de Médecine et mentionnée dans le Bulletin de cette société savante. Mais que renferme la Note citée? La phrase que voici :

«Les eaux de pluie, celles des neiges, contiennent généralement des traces appréciables de tous les agents minéralisateurs de TOcéan. •

En bonne logique nous ne saurions voir dans une assertion aussi vague la preuve que l'auteur avait déjà, à cette époque, constaté par ses expériences que la proportion d'acide azotique contenue dans l'atmosphère était dosable et supérieure en azote à celle de l'ammoniaque,

• La réclamation de M, Marchand ne nous semble donc pas pouvoir être admise.

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La lettre que M. Thenard a remise à l-Académie au nom de M. Meyrac, le 17 mai, et le paquet cacheté déposé par cet habile pharmacien, le 17 décembre IS&O, contiennent des recherches pleines d'intérêt sur les proportions variables, suivant la direction du vent, du chlorure de sodium que renferment les eaux pluviales re« cueillies à Dax. Mais il n'y est fait aucune mention ni de la présence de l'ammoniaque, ni de celle de l'acide azotique ; l'auteur signale seulement une petite proportion de matières organiques dans les eaux qu'il a analysées. L'examen des deux communications du chimiste de Dax n'est donc pas de notre ressort ; il sera fait plus convenablement par les commissaires qui ont été chargés de rendre compte des divers travaux de M. Chatin.

Ainsi, c'est un fait bien établi : M. Barrai a prouvé le premier que la pluie, du moins dans la partie méridionale de Paris, contient une proportion parfaitement dosable d'acide nitrique correspondante à 22 kilogrammes d'azote par hectare. Nous disons a prouvé, car l'auteur a toujours marché dans ses recherches en s' entourant de toutes les précautions que les procédés le plus délicats de la chimie pouvaient lui fournir. Nous devons ajouter que les expériences ont été discutées avec une extrême réserve ; que M. Barrai ne s'est jamais laissé entraîner au delà des limites que les expériences ne permettaient pas de franchir; qu'eu présence d'un résultat tout à fait inattendu, il s'est soigneusement abstenu de frapper les imaginations par des généralisations intempestives, sur lesquelles des travaux ultérieurs serviront à prononcer définitivement ; qu'enfin le Mémoire soumis à notre exa-

men porte sur un sujet très-digne d'intérêt, au point de vue de l'hygiène, de la météorologie, de la physique du globe, de la physique géoérale ; qu'il a été exécuté dans un très-bon esprit et de manière à faire beaucoup d'honneur à son auteur.

Nous proposons en conséquence à l'Académie de décider que ce Mémoire sera imprimé dans le Recueil des savants étrangers.

Notre tâche n'est pas finie ; vos commissaires ont encore à émettre le vœu que le travail si heureusement commencé par M. Barrai soit continué, développé et perfectionné, s'il est possible. Les perfectionnements pourront résulter d'un changement, sinon dans les méthodes, du moins dans la nature des instruments d'analyse. Il faudra aussi substituer aux udomètres actuels des appareils analogues de plus grande dimension et dans lesquels le fer, le zinc , etc. , seront remplacés par du platine et de la porcelaine.

Les expériences ont porté jusqu'ici sur de la pluie tombée au sud de Paris; il faudra essayer si de la pluie recueillie simultanément au nord ou au centre de la capitale offrira la même composition. Des problèmes d'hygiène de la plus grande importance se rattachent, comme Pauteur du Mémoire l'a fait remarquer, à la solution de cette question.

On devra également se demander quelle est la composition de l'eau pluviale tombée en rase campagne, loin de toute ville populeuse et de toute manufacture? Quand ce problème sera résolu, on pourra décider si l'acide azotique et Tammoniaquc jouent un rôle essentiel et général

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dans les phénomènes agricoles ; si la production de ces composés azotés s'opère dans toutes les régions de Fatmosphère, ou si elle est bornée à des localités particulières. Alors, mais seulement alors, on saura, comme le remarque M. Barrai, si dans Tacide azotique atmosphérique réside Texplication des jachères et de ces mots mystérieux si en vogue parmi les cultivateurs : t II faut que la Terre se repose quelquefois. » Alors, mais seulement alors, on trouvera peut-être la cause des nitrifications qpontanées et annuelles qu'on observe dans certains terrains et qu'on n'a rattachées jusqu'ici à aucune théorie satisfaisante.

Quel rôle joue l'électricité dans la production de l'acide azotique atmosphérique? On ne pourra répondre à cette question qu'après avoir analysé séparément la pluie tombée pendant un orage et celle qu'on recueillera dans la même saison et dans une saison différente lorsque l'atmosphère n'offrira aucune trace visible de décharges électriques. Cette comparaison servira aussi à décider si Pammoniaque, dont la production serait alors antérieure, ne favoriserait pas par sa présence le jeu des affinités des deux principes constituants de l'air atmosphérique ou la production de l'acide azotique par sa propre combastion.

On voit, par ces considérations, qui pourraient être

beaucoup étendues, que le travail commencé et analysé avec une si sage réserve par son auteur, doit conduire, comme nous l'avons déjà dit, à d'importantes conséquences au point de vue de l'hygiène, de l'art agricole, de la météorologie et même de la physique générale; car

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rnliiiosphore peut ùtre considérée comme un vaste laboratoire dans lequel s'opèrent à la longue des réactions que les savants reproduiraient très-difficilement dans leurs cabinets d'études.

Nous venons de donner en abrégé le programme des recherches qu'il faudra faire pour compléter et éclaircir les résultats contenus dans le Mémoire soumis à notre examen. Mais peut-on espérer que de seinblables travaux seront exécutés par quelque chimiste isolée et cela- pendant plusieurs années consécutives, avec rexactitade et la régularité sans lesquelles les expériences et les conclusions, dans le cas actuel, perdraient presque tout leur prix? Nous ne le pensons pas. Des distillations en ^ vases clos, renouvelées presque tous les jours de l'année sous la surveillance continuelle de l'opérateur, des pesées sans nombre, faites avec la plus scrupuleuse exactitude, les dépenses considérables que ces diverses opérations entraîneraient, finiraient par fatiguer le chimiste le plus zélé, s'il n'était assuré par avance d'encouragements provenant d'un corps, toute modestie mise de côté, aussi justement renommé que l'est l'Académie des sciences. Nous proposons donc à nos confrères de vouloir bien prendre sous leur puissant patronage la suite du travail dont nous lui avons signalé l'importance.

Une petite partie des reliquats de compte provenant des prix Montyon non distribués pourrait être affectée à cet objet, qui, sans aucun doute, est virtuellement contenu dons les dispositions testamentaires du savant philanthrope à qui nous devons tant de moyens d*encourager la science.

Pour prévenir jusqu'au plus léger soupçon d'un abus, toute allocation de fonds, pour minime qu'elle dût être, ne se ferait, avec l'autorisation du ministre compétent, que sur l'avis de la commission administrative de l'Académie et d'une commission de trois membres nommés tous les ans à cet effet. Cette commission mixte déciderait aussi quand le travail pourrait être considéré comme arrivé à son terme, toutQ intervention de l'Académie devant alors cesser. Telle est la proposition sur laquelle la commission, à l'unanimité, a l'honneur d'appeler le vote éclairé de l'Académie. En vous la présentant, vos commissaires ont pensé que l'Académie ne saurait en ce moment faire un meilleur usage d'une partie des ressources dont elle dispose, et que sa mission est non-seulement d'accorder son suffrage, toujours si envié, aux Mémoires qui renferment des découvertes et des vérités utiles, mais encore de provoquer et de faciliter des travaux qui, par le temps, la dépense ou la difBculté, dépasseraient les forces et les ressources d'un expérimentateur isolé»

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