‹ Œuvres complètes de François Arago (volume 4)Chapitre 329 sur 582 · LIVRE XXXr. — NEPTUNB · texte numérisé non relu

LIVRE XXXr. — NEPTUNB

de sorte qu'elle sera bientôt plus considérable. J*ai eu ridée, tf après cela, qu'un moment viendra où la solution du problème serait peut-être bien fournie par une nouvelle planète dont les éléments seraient reconnus d'après son action sur Uranus et vérifiés d'après celle qu'elle exercerait sur Saturne. »

Le problème de la détermination de la planète qui pouvait causer les perturbations mystérieuses d'Uranus était donc posé publiquement, lorsque, en 1845, je conseillai vivement à M. Le Verrier de s'en occuper. Il était temps, puisque, en Angleterre, un jeune astronome de l'Université de Cambridge, M. Adams, traitait la question dès cette même année et parvenait de son côté à la résoudre. Mais, je me hâte de le dire, M. Adams ne publia rien , et son travail, très-bien fait d'ailleurs, ne servit en aucune façon à faire découvrir l'astre inconnu.

M. Le Verrier dut avant tout chercher à obtenir les valeurs véritables des parties des perturbations d'Uranus que ne pouvaient pas expliquer les planètes jusqu'alors connues. Il dut d'abord corriger les éléments adoptés pour Uranus, puis construire des éphéraérides exactes qui pussent être comparées avec les observations, de manière à mettre en évidence les perturbations dues à l'astre cherché. L'habile géomètre fit ses comparaisons nonseulement avec les anciennes observations de Flamsteed, de Lemonnier, de Bradley, de Mayer, de l'Observatoire de Greenwich et de l'Observatoire de Paris qui avaient été publiées ; il put en outre profiter, comme il le dit luimême,» des excellentes observations inédites faites à Paris de 1835 & 1845, et que je lui confiai, » Après une réduc- A. — IV. 33

tion attentive des observations, il obtint des valeurs certaines des perturbations dont la théorie ne pouvait rendre compte, et les introduisant dans les formules qui les expliquaient par l'existence d*une nouvelle planète , il obtir.: les éléments approximatifs de celle--ci. Le 31 août 18&fi. M. Le Verrier publia les résultats définitifs de ses recher ches : il indiqua que la planète devait se trouver alor' dans la constellation du Capricorne, à une petite distam h Test de Tétoile è de cette constellation. M. Le Yerrit^r communiqua ces résultats aux divers astronomes des observatoires de TEurope. M. Galle, de Berlin, lui répondit le 25 septembre : < La planète dont vous avez signait la position existe réellement. Le jour même où j'ai reçu votre lettre , je trouvai une étoile, de huitième grandeur, qui n'était pas inscrite dans Texcellente carte Hora u\ (dessinée par M. le docteur Bremiker), de la coUeciioii de cartes célestes publiée par TAcadémie royale de Berlin. L'observation du jour suivant décida que c'était \t planète cherchée. » La position dans laquelle M. Galk avait vu la planète ne différait que d'un degré environ d< celle que lui avait assignée M. Le Verrier. Le calcul avaif dit que la longitude héliocentrique de la planète cherchée était de 827* 24' au 1" janvier 1847 ; Tobservatioi de l'astre découvert donna 326* 32'.

Une telle découverte doit occuper une place importante dans l'histoire de l'astronomie. La méthode suivie par M. Le Verrier diffère complètement de tout ce qui a été tenté auparavant par les géomètres et les astronomes Ceux-ci ont quelquefois trouvé accidentellement un point mobile, une planète, dans le champ de leur télescope;

Page 1