LIVRE XXXII. — SAISONS BT CLIMATS
La chaleur obscure qui émane des sources terrestres, outre ce que nous venons de rapporter, jouit de quelques propriétés particulières très-remarquables, qui n'ont été découvertes que depuis peu d'années.
Voici quelques faits qui frapperont d'étonnement le lecteur attentif ;
L'alun et le sel gemme sont également diaphanes pour la lumière;
L'alun , même très-aminci, arrête tous les rayons calorifiques des sources terrestres; le sel gemme les laisse tous passer;
Certains verres noirs, lors même qu'ils sont tellement épais qu'on ne voit pas le Soleil au travers, laissent passer des rayons calorifiques provenant des sources terrestres.
De là résulte la nécessité de l'expression dialhermane^ que M. Melloni , l'ingénieux auteur de ces observations, a justement introduite dans la science. Mariotte avait déjà constaté que la chaleur des feux terrestres est arrêtée par les lames de verre; tout le monde sait que les ouvriers fondeurs et verriers se servent d'écrans de verre pour exécuter leurs travaux ; la lumière accompagnée de la chaleur blesserait leurs yeux ; la lumière seule traversant le verre, et la chaleur étant arrêtée par cette substance,^ les ouvriers peuvent manier sans danger les substances échauffées par la chaleur d'origine ten^estre ; la chaleur solaire se comporte tout autrement On voit que ce n'est
dans le même rapport que les rayons lumineux , ou du moins que ia chaleur transmise quand le Soleil est à une certaine hauteur, et celle qui nous arrive quand cet astre approche de rhorizon, n'ont pas les mêmes propriétés
pas la lumière qui échauffe, mais que des rayons calorifiques accompagnent les rayons lumineux.
Pendant le passage d*une lumière terrestre à traver> une lame de verre, cette lumière est d'autant plus débarrassée de la chaleur qui raccompagnait, que la température de la source d'où elle émane est moins élev^. Mais voici encore un corps qui jouit, pour ainsi dire, de propriétés inverses. Une lame de sel gemme enfumée à sa surface transmet une proportion de chaleur rayonnante d'autant moindre, que la température de la source est plus élevée.
Lorsqu'un corps terrestre vient d'être échauffé par la lumière solaire, on pourrait être tenté de supposer que la chaleur rayonnante qui émanera de ce corps jouira des propriétés de la chaleur naturellement mêlée aux rayon? solaires; mais il n'en est rien : cette chaleur est entièrement absorbée par les verres diaphanes à travers lesquels on la fait passer ; le corps rend donc une chaleur diflerente de celle qu'il s'était appropriée.