ANNEAUX COLORES
place quand on incline par rapport aux rayons les faces du cristal interposé ; les anneaux principaux , au contraire, restent toujours dans la même position. Il est bon cependant de remarquer que la plaque de cristal de roche n'ayant la propriété de dépolariser les rayons que sous des incidences peu éloignées de la perpendiculaire, on ne voit que la série d'anneaux qui est visible à Tœil nu, quoiqu'on se serve toujours du rhomboïde, si l'angle d'incidence des rayons réfléchis sur les faces du cristal interposé diffère sensiblement de 90".
Des phénomènes entièrement analogues à ceux que je viens de décrire s'observent, quand, au lieu d'interposer entre le rhomboïde et les objectifs une plaque de cristal de roche, on emploie une lame de mica ou de sulfate de chaux. La large série d'anneaux dont j'attribue l'origine à la décomposition de la lumière blanche qui s'est réfléchie des deux surfaces des lentilles, entre les diverses lames dont le cristal est formé, est assujettie, pendant les déplacements du cristal, à des mouvements très-rapides dont il est bon d'indiquer les principales circonstances.
Lorsque la plaque interposée est perpendiculaire aux rayons réfléchis, on voit sur ses bords, à l'aide du prisme, des anneaux bien formés, au centre desquels l'œil semble correspondre. Qu'on incline la plaque vers la gauche, on voit aussitôt les anneaux se déplacer rapidement vers la droite, où ils disparaissent. Si le mouvement avait été d*abord dirigé vers la droite, on aurait vu au contraire les anneaux marcher vers la gauche et s'évanouir de ce côté; un semblable phénomène s'observe dans quelque sens que le cristal soit déplacé.
Il résulte de tout ceci que la troisième suite d'anneaux dont il a été question précédemment (page 336), et dont le centre coïncide à peu près avec le centre de la première suite principale, lorsque le cristal interposé est perpendiculaire aux rayons réfléchis, atteint cette suite par l'un quelconque de ses bords, lorsque le cristal est! dérangé dans un sens ou dans Tautre de sa première position. Pendant ces mouvements, les suites que j'ai appelées secondaires se déplacent suivant les lois que j'ai déjà indiquées, et les principales restent constamment immobiles. La disparition de ces anneaux, par l'effet du mouvement du cristal , est immédiatement suivie de la disparition de la deuxième suite principale à laquelle la dépolarisation des rayons dans l'intérieur du cristal interposé avait donné naissance. Au reste , ces diverses propriétés semblent appartenir exclusivement aux sections faites perpendiculairement à l'axe du cristal; car un fragment qui était poli dans deux sens différents ne présentait les phénomènes que je viens de décrire que lorsque les rayons le rencontraient sur les faces perpendiculaires à l'axe, quoique dans tous les cas les rayons lumineux dussent passer au travers des mêmes molécules matérielles.
Il ne sera pas difficile de déduire de ces résultats le sens de la superposition des lames dont on peut imaginer que le cristal de roche est formé, et, en général, les circonstances diverses de sa structure intérieure , circonstances d'où doit dépendre la propriété qu'a ce cristal de doubler les images lorsqu'il est taillé dans certains sens.{
SUR LES VARIATIONS SINGULIÈRES QUE PRÉSENTENT LES ANNEAUX COLORÉS FOURNIS PAR LES TERNIS *
Les artistes appliquent assez généralement un vernis particulier sur les plaques de cuivre qu'ils ont travaillées. Ce mastic, dont les éléments principaux sont de Talcool et de la gomme laque, se pose avec un pinceau sur la plaque encore chaude, et forme un enduit d'une épaisseur insensible, sur lequel on aperçoit distinctement les couleurs des anneaux. Je me suis servi, pour faire les expériences que je vais rapporter, d'un couvercle de lunette sur lequel on voyait très - nettement des anneaux colorés, dont le centre commun était le centre même du couvercle. La forme régulière des anneaux était due sans doute aux sillons circulaires que le polissoir avait formés pendant qu'on tournait la pièce et à la mince couche de vernis dont chacun de ces sillons s'était plus ou moins rempli.
Les métaux, comme on sait, réfléchissent à la fois les deux classes de rayons qu'ils polarisent en sens opposés, en sorte que lorsqu'on examine la lumière réfléchie par mi miroir métallique à l'aide d'un prisme de carbonate de chaux, on voit, sous toutes les inclinaisons, deux images qui ne difl'èrent pas beaucoup en intensité. Les oxydes et les sels métalliques ne réfléchissent, sous l'inclinaison convenable, que les rayons polarisés d'une seule
1. Note inédite complétant une partie du Mémoire sur les cOu* leurs des lames minces du 18 février 1811, p. 31 à 35.
manière. Il me semblait probable, d'après cela, que la couche de vernis dont le cuivre est recouvert devait lui donner la propriété des oxydes et lui enlever celle de réfléchir à la fois les deux faisceaux lumineux polarisés en sens contraires. L'expérience m'a appris cependant que sur le cuivre vernissé, comme sur le cuivre pur, on aperçoit toujours deux images : l'une d'elles acquiert aux dépens de l'autre et dans quelques circonstances qu'il est inutile d'indiquer ici, une légère teinte d'orangé.
En regardant les anneaux sous diverses inclinaisons, on les voit passer par diverses teintes. Ceux, par exemple, qui sont verts quand les rayons tombent perpendiculairement à la surface du couvercle , deviennent d'un pourpre foncé quand on les examine très-obliquement.
Qu'on décompose la lumière dont ces anneaux sont formés à l'aide d'un prisme de carbonate de chaux et sous des incidences presque perpendiculaires, on verra, dans toutes les positions du prisme, deux séries d'anneaux qui seront à peu près également vives et dans lesquelles les couleurs se succéderont les unes aux autres dans le même ordre. A mesure que les rayons qui forment les anneaux s'inclineront de plus en plus à la surface du couvercle, on verra l'une des deux séries s'affaiblir par degrés et disparaître même entièrement, si toutefois la section principale du prisme est perpendiculaire ou parallèle au plan de réflexion. Si on laisse le prisme dans une de ces deux positions et qu'on incline davantage le couvercle aux rayons de lumière, la série qui d'abord avait disparu se montrera de nouveau, mais avec cette circonstance extrêmement remarquable, que la couleur de chacun des anneaux de
la nouvelle suite sera complémentaire de celle des anneaux correspondants de la suite qui ne s'était pas évanouie. Ainsi, dans le couvercle dont je me suis servi, le premier anneau était vert dans chaque suite, quand les rayons lumineux se réfléchissaient presque perpendiculairement à la surface du couvercle; sous l'incidence où l'on ne voit qu'une seule série d'anneaux, celui que nous avions examiné d'abord est vert sale. Vu plus obliquement encore, cet anneau devient pourpre foncé, tandis que l'anneau correspondant de l'autre suite est teint de vert assez vif. Par là la série d'anneaux qui ne disparaît pas passe par les mêmes teintes qu'on lui voyait parcourir en l'examinant à l'œil nu, et l'autre suite est ou semblable à la première, ou sa complémentaire, ou invisible.
J'ai été curieux d'examiner si les couleurs qu'on aperçoit sur les assiettes de faïence dans lesquelles on a mis des acides, ne présenteraient pas un phénomène analogue à celui que je viens de décrire, d'autant mieux que ces couleurs , comme celles que présente le cuivre vernissé , changent avec l'inclinaison sous laquelle on les examine ; je suis arrivé à des résultats semblables.
En étendant une couche d'huile de sassafras sur un miroir métallique, j'ai aperçu dans quelques points des couleurs semblables à celles que présentent les bulles de savon ; j'ai cherché ensuite à reconnaître si ces couleurs se comportent dans le phénomène de la double réfraction comme celles qui forment les anneaux colorés ordinaires : pour cela il a suffi de les examiner, sous diverses incidences, à l'aide d'un prisme de carbonate de chaux. Or, perpendiculairement, on voit deux images entièrement
semblables, ou composées des mêmes teintes; sous Tangle de 35" environ, une des deux images disparaît; plus obliquement encore, on voit de nouveau deux images, mais elles ne sont plus semblables, car les couleurs de l'image qui vient de renaître sont complémentaires de celles que la première image avait conservées. Ces phénomènes sont analogues à ceux que présentent les couleurs du vernis que les artistes appliquent sur les plaques de cuivre poli.
Par un temps entièrement couvert, c'est-à-dire en n'éclairant un couvercle de lunette qu'avec des rayons non polarisés, on aperçoit, sous toutes les inclinaisons, des anneaux très-vifs dont les couleurs varient avec la position de l'œil, comme nous l'avons précédemment remarqué. Mais j'ai trouvé un moyen de faire changer la couleur d'un quelconque de ces anneaux , sans cesser de l'examiner sous le même angle. Il suffit pour cela de faire tomber l'ombre d'un corps sur cet anneau : s'il était vert à une forte lumière, il sera rouge dans l'ombre; et réciproquement, s'il est rouge d'abord, il passera au vert quand la partie de la plaque dans laquelle les anneaux se forment sera dans l'ombre. Cette expérience se fait très - commodément en recevant successivement sur le miroir la lumière qui passe à travers les carreaux de vitre de la fenêtre et l'ombre des barreaux^.
1. Le changement de couleur dont il est question dans ce paragraphe s'observe très-aisément dans les anneaux qui entourent le point de contact d'une lentille de verre et d'un miroir métallique : le passage se fait toujours, comme dans le couvercle, d'une couleur déterminée à la couleur complémentaire. Si l'ombre ne tombe que sur une moitié des anneaux on remarquera, en effet, qu'on anneau
Lorsqu'on examine très-obliqueraent les anneaux avec leprisnoie de carbonate de chaux, on voit, comme nous Favons déjà dit , deux séries teintes de couleurs complémentaires. Or, chaque série présente, toutes les circonstances restant les mêmes, le changement brusque de couleur dont nous venons de parler, quand on fait tomber l'ombre d'un corps sur la partie du couvercle où les anneaux se forment.