LA CHAUMIÈRE INCENDIÉE
Au seuil rugueux où l’on trébuche Il fallait se baisser un peu;
Mais la soupe était sur le feu Et le pain était dans la huche.
C’était bien sombre et bien petit,
Avec un toit de paille chauve,
Mais abritant sous l’humble alcôve Un berceau tout près d’un grand lit.
L’araignée aux grises dentelles Habitait le plafond obscur;
Mais les trous nombreux du vieux mur Étaient connus des hirondelles.
L’été, sur la porte, et l’hiver,
Près du foyer plein de lumière,
Les habitants de la chaumière Etaient encore heureux hier.
C’était l’abri contre l’orage;
Là, les enfants avaient grandi;
L’aïeul se chauffait à midi
Sur le banc qu’une treille ombrage;
LE CAHIER ROUGE
Et l’on parlait naïvement De choisir une brave lille Pour le frère de la famille Oui revenait du régiment.
— Maintenant, c’est après la guerre, Après ces Allemands damnés;
Et ces pans de murs calcinés Furent cette maison naguère.
L’aïeul aujourd’hui tend la main, Lui qui, n’étant pourtant pas riche, Coupait largement dans la miche Pour tous les pauvres du chemin.
L’homme travaille dans les fermes, Et sa femme et ses deux petits Pleurent dans un affreux taudis Dont il ne peut payer les termes.
Le frère, soldat inconnu Qu’on a repris pour la campagne, Du fond de la froide Allemagne N’est, hélas! jamais revenu...
LA CHAUMIÈRE INCENDIEE.
— Mais, puisque dans la noble France Il fut toujours, il reste encor,
Sou, pièce- blanche ou louis d’or,
Une obole pour la souffrance,
Au nom du douloureux passé Donnez tous, donnez tout de suite, Donnez pour la maison détruite Et pour le berceau renversé !