MOISSON D’ÉPÉES
Dans un bourg sur la Loire, on conte que naguère La Pucelle passa sur sa jument de guerre Et dit aux habitants :
« Armez-vous et venez. »
Un échevin, suivi de vieillards consternés,
Lui répondit :
« Hélas ! pauvres gens que nous sommes Les Anglais ont tué les meilleurs de nos hommes.
RÉCITS ÉPIQUES
Hier ils étaient ici. Le cheval de Talbot Dans le sang de nos lîls a rougi son sabot.
Seuls, nous leur survivons, vieux, orphelins et veuves, Et notre cimetière est planté de croix neuves. »
Mais la brave Lorraine, aux regards triomphants, S’écria :
« Venez donc, les vieux et les enfants! »
L’homme reprit, les yeux aveuglés par les larmes :
« Hélas! les ennemis ont pris toutes nos armes,
La dague avec l’estoc, les flèches avec l’arc.
Nous voudrions vous suivre, ô bonne Jeanne d’Arc ! Mais nous n’avons plus même un couteau. »
La Pueelle
Joignit alors les mains, tout en restant en selle,
Et quand elle eut prié :
« Tu m’as bien dit, je crois, Que votre cimetière était rempli de croix?
— Je l’ai dit.
— Eh bien donc, allons au cimetière. »