Imp. : Marquitra Risanne
L'Entreprise de Venise. 151
Villes, citez, aux tresnobiqs enfans De l'Archeduc ou ung tresgrant meschef Vous adviendra ; car le roy est le chef Et gardien; se ne rendes leurs villes, Pugnis serez , destructeurs de pupilles.
Les villes appartenantes à l'evesqut da Treist, que tiennent lesdictz Veniciens ' .
De Pevesque du Treist vous usurpez Et détenez la ville de Romière ; Plusieurs villes de luy occupez ; De les rendre vous tault trouver manière ; Long temps avez tiré le cul arrière ; Mais maintenant il vous fault apparoistre; L%omme ne peult tousjours en vertu estre.
Les terres appartenantes au Roy, à cause de la duché de Millan , que les dictz Vénitiens détiennent^.
Le tresillustre et trescrestien roy Loys douziesme, puissant bellicateur, Vous monstrera vostre erreur et desroy, Car de Millan est naturel seigneur.
Or tenez-vous , dessoubz fainctc couleur, De sa duché villes, citez, chasteaulx; Dieu n'ayma onc gens traistres desloyaulx.
Vous retenez la ville de Crémone , Le Beycamo et ses cités de Bresse.
Ne cuydez pas que tel don il vous donne ,
1. De l'évéque de Trent détiennent la ville de Romière et plusieurs aultres places de son evesché.
2. De la duché de Millan Hz soulioient détenir la ville de Crème , les citez de Bresse et de Bergame.
152 Grincore.
Ne qu'abestir à bourgoys il se laisse; Craignez, doublez sa puissance, proesse ; Prenez exemple à voz circunvoisins Les Genevoys ; ne faites plus des fins.
Les terres appartenantes aa marquis de Mantue qae tiennent lesdictz VeniciensK
Se ne rendez au marquis de Mantue Ses deux villes d'AzoUe et Pistara , Dedans brief temps il faut qu'il s'esvertue Vous assaillir; son bon droit gardera; Se possible est, d'aultres villes aura Que vous tenez , qui sont à luy par droit :
Le fol ne croit jusques à ce qu'il reçoit.
Les terres appartenantes au duc de Ferrare, que lesdictz Veniciens tiennent *.
Soyez certains que le duc de Ferrare Voulara ravoir Roygo, l'Abbadie?, En vous baillant terrible contrecarre ; Car il y a mise son estudie; De luj tenez quelque chose, qu'on die Polisine, les environs aussi :
Loups ravissans sont tousjours en souci.
1. Du marquis de Mantoue, ilz détiennent les villes d'AzouUe (Azzoglio) et Piscara (Peschiera), et plusieurs aultres bonnes villes qui sont sur le lac de Garde.
2. Du duc de Ferrare, ilz détiennent la ville de Longuo, la Badie, et le pays du PoUlisme, — Cette fois c'est La totale et vraye description de tous les passaiees qui se trompe , et Gringore avec son Polisine est plus pris de la vérité. On appelle Polesine le faubourg de Rovigo qui est situé sur la rive gauche du Pô.
|. La badia, Pabbaye.
L'Entreprise de Venise. 153
Les terres appartenantes au duc de Savoye que usurpent les dictz VeniciensK
Le royaulme de Cipre retenez , Qui appartient au bon duc de Savoye; Rendez le tost; car, se plus le tenez, Luy et ses gens se mettront en la voye Pour le ravoir; redoubtez qu'il s'avoye De conquérir ce qu'avez du sien :
Qui d'aultruy bien usurpe en fin n'a rien.
Chipre est au duc de Savoye, n'ayez doubte; Le roy Janus, son frère, luy donna, Et la royne de Chippre, somme toutes De bon voloir luy mîst et ordonna.
Venise dont en se nul bon droit n'a, Ne vous aussi, Veniciens robustes ; Ce que tenez n'est pas à tiltres justes.
Feistes-vous pas Jacques de Lesignan , Bastard de Chippres, à force prince et roy Dudit Chiçpre en moins de demy an ; Aux CMpriens feistes maint grant desroy^ Et du depuis il print selon la loy ^ Une fille à femme de Venise.
Non sans cause futfaicte l'entreprise.
I . Sur M. de SavoYe , ilz détiennent, hors du dit pays de Ytalie, le royaulme ae Cypre, à luy appartenant par vrayc tnccession de son feu frire le roy Janus , et par donation one en feyst la feue royne de Cypre, sa femme , à la maison de SaToye. Aussi il y a encores deux enfans de feu Jacque$ de Losignan , bastard de Cypre , lequel , à Taide des Vénitiens, en fut fait roy par force d'armes, et depuis le marièrent i une fille venicienne qui est encores en vie'(Gatarina Comaro). Et dit l'on qu'ilz détiennent lesdictz enfans prisonniers dedans le chasteau de Padue.
154 Gringore.
Deux enfans masles eurent en mariage Que détenez à Padue prisonniers, A grant fierté et par aspre courage ; De mal faire estez trop coustumiers; Car vousaymezmieulxducatzet deniers Que ne faictes vostre salvation; Maintz sont dampnezpar obstination.
Les terres appartenantes au royaulme de Pouille .que tiennent lesdictz Veniciens K
En la Pouille vous tenez Octrento, •MoUa et Tranne , maintz portz de mer et villes, Menepoly, Brandis, Poligano; Tous les mondains volez tenir serviles; Princes et roys cuydez faire pupilles , Vivans de rap», ainsi qu'oyseaulx de proye; Tousjours en fin vient ung coup qui tout paye.
Tremblez , tremblez, bourgoys veniciens, Vous avez trop de trésors enciens Mal conquestez; tost desployer les fault.
Roys, princes, ducz, jeunes et enciens, Sei^eurs, marquis trouveront les moiens Dedans brief temps de vous livrer Passault; Considérez vostre cruel deffault, Et que pecune qui est tresmal acquise Efticera le regnon de Venise.
1 . Et depuis le retour de trèscrestien roy, Charles huitiesme, de la conqueste ou recouvrement de son royaulme de Naples et de Stcille, iceulx Vénitiens luy détiennent les meilleurs villes et ports de mer de la Pouille, c'est assavoir : Brandis (Brindes ), Octrante, Mola, PoUigano ( Poiignano), Tranne JTrani ), GallipoU et Manipolil (F).
2. Ortho^aphe plus voisine de raperc que notre mot rapt, qui vient de raptus.
L'Entreprise de Venise. 15$
Le porc-epîc de brief vous picquera « ; L'aigle de sable lors vous bequetera*, Et les iiopars asprement vous mordront ' ; Le lyon noir 4 ses densvous montrera; La nouvelle ancre près de vous s'ancrera ; Les Espaignolz au boys vous chasseront; Sur vous Romains leur chesne planteront 5 , Et le lièvre courra sans plus doubler ; Car les vaches 6 viendront pour vous hurter.
Capitaines espers, preux chevaliers Cueurs d'escuyers, gendarmes et archiers, Hallebardiers, aussi gens d'ordonnance, Se mettent sus avecques plusieurs piquiers , Hacquebutiers et subtilz canoniers, Qui volentiers monstreront leur puissance ; Mainte lance on rompra sans doubtance ; L'aliance faicte entre roys et princes Subjuguera les barbares provinces.
Brief on y va d'unç si noble courage Qu'il n'est homme qui le sceust estimer, Et si nuUy n'empeschfe le passage Pour y aller sur terre ne sur mer; Vulcanus fait ses fomeaux enflamer Et Minerve forge l'artillerie; Sur les pillars en fin vient pillerie.