L'ESPOIR DE PAIX
Cor re^is in manu Dei est; quocunqàe yotuerit inclmabit illud ( Provbr. XX c. ) "
Ce traitté est intitulé l'Espoir de paix, et v sont déclarés plusieurs gestes et faitz d'aucuns papes ût Rqmme, leqtt«l traite est à l'honneur du trèschrestien Loys , douziesme de ce nom, roy de France. Compillé par maistre Pierre Gringore.
L'Acteur.
|einemorant que la paix bien eurée I Entre princes estoit tresnecessaire , (Comme on l'avoit maintes fois désirée ?Et qu'elle a eu bien petit de durée En l'Eglise, chascun sçait cest affaire, J en ay voulu ung petit traité faire , ' ' Nommé l'Espoir de paix; à peu de pause Oncongnoist bien qui rompre paix est cause.
tiJ* ^^^ *°"^* gothique de 8 ff.; 26 lignes à la page. Au SS* X *""^ ^^ France surmontées de la couronne fleur- A L j*' «ntourées du cordon de Saint-Michel. Des deux cotés, deux tiges de lys en fleur, entre les pieds desquels «trouve un porc-^pic — M. Brunet en signale une autre Mition de 1 1 ff . non chiffrés , qui porte à la fin : Imprimé pour Cnngore, U 8 février 1 5 1 o.
lyo Gringore.
Se TE^lise est au jour d'huy troublée Par le prince qu'on dit sacerdotal, Le deul qu'el a et dont el est comblée Vient du chesi^ qui sa feuille a doublée S Rompant la paix, d'ont est venu grant mal.' Noter devons oue le prince natal Saint Pierre esleut; celuy qui tient son lieu Sans armes doit régner en servant Dieu.
Bien cinq cens ans les papes ont régné, Qu'on elisoit , non pas à leur requeste, Mais yceluy qui estoit ordonné.
Jamais il n^eust trésor ny or donné ; • Le Saint Esprit faisoit de luy enqueste; A la charge de luy coupper la teste Ou de mourir martyr, estoit fait pape ; Au temps présent pour argent on s'y frappe.
Les cinq cens ans d'après , les Pères saintz Amassèrent plusieurs biens à l'Eglise; Vers les princes se monstrèrent humains Et eurent d'eulx des héritages mains ; Les preservans et gardans en franchise , Songneusement servoient Dieu , sans iaintise, De cueur parfaict en grant contriction ; Richesse estaint souvent dévotion.
Lés cinq cens ans ensuyvant, les saintz Pères Ont, s'eslevans, leurs cueurs mondanîsés, Accumulans villes, citez, repaires,
I. Les armes de Jules II sûnt un chêne dont les quatre branches s^entremélent, ce que Gringore a indiqué par l'expression de doublée. Ce sont des armes parlantes; car 1> Rovère , nom de famille de Jules 11 , se traduisoit en latin Roboreus , d'où le calembour avec robnr, chêne.
L'Espoir de paix.- 171
Tachans d'avoir toutes choses prospères Par leurs trésors assemblés, amassés.
Tant qu'ilz se sont tellement exaulsés Qu'ilz ont saisy le glaive temporel Contre raison et le droit naturel.
Or voyons nous mil cinq cens ans passez , Comme papes ont eu gouvernement; Et peu à peu jlz se sont surhaulsés Par le moyen des lays < à eulx laissés Par les pnnces ; car véritablement , Quant ilz furent esleus premièrement , Ilz n'avoient de propre en quelque guise :
Le bien mondain met erreur en l'Eglise.
Du bon Jésus, parlant à haulte voix Aux apostres , ay ce mot retenu :
«Bon pasteur suis; car mes brebis congnois Tout aussi tost que je les os ou voys;, Et, me voyant, tantost m'pnt recotigneu. »
Mais une pasteur est au jour d'huy venu Qui ses brebis descongnoist sans doubtance, Et si ont bien du pasteur congnoissance.
D'où vient cecy ? Aux sages m'en raporte , Et toutes fois je d;^, vaille que vaille.
Quant le pasteur si grande fierté porte Qu'au parc ne veult point entrer par la porte Mais y saulter par dessus la muraille, Qu'à ses brebis fait cruelle baitaille Et prent plaisir les tondre jusqu'au sang :
Ung pasteur doit estre piteux et franc.
Le doubc Jésus, qui à tous cas pourvoye ,
T. Des legs , des donations testamentaires.
172 ' Gringore.
Aux apostres, qui estoient humbles, doulx, Tresdoulcement leur dist : « Je vous envoyé En villes, champs , citez, chasteaulx et voye , Ainsi comme brebis entre les loups. »
Et ce pasteur, ainsi que voyons tous , Vient comme ung loup entre les brebiettes :
Tous pasteurs n'ont les consciences nettes.
Ce pasteur est successeur de saint Pierre; Par luy devroit sainte E^se'estre unye; Or saint Pierre n'entreprit jamais guerre; Pour deffenses Jésus vouloit requerre; Jamais n'avoit la bourse d'or gamye ; Il defiencloit commettre sjmonie , Et ce pasteur tient son heu par pecune :
Fol se fye en la roe de fortune.
Line, Clete, Clément, Anacletus Furent papes sages et advisés.
Humbles, deyotz, plains de toutes vertus.
Pour soustenir la foy de Dieu battus Par les tyrans et puis martyrisés.
Le pasteur donc à tort ne aesprisés Qui en sa main le glaive trancnant tyre Pour martyrer ; il deust souffrir martjnre.
Venus sommes au temps où le pasteur Veult au lyon en son parc donner place , Et luy mesme est le devorateur De ses ouailles et non pas protecteur.
Par quoy son bruit de sainteté efface.
Anacietus deffent porter en fece Longues barbes à tous prestres; mais quoy.^ Cil la porte qui deust garder la loy < .