Se débride, se dérègle
Sottie. 221
La Commune.
Tant d'allées et tant de venues, Tant d'entreprises incongnues !
Appoinctemens rompuz , cassez !
Traysons secréttes et congnues!
Mourir de fièvres continues !
Bruvaiges et boucons » brassez \ Blancz scellez en secret passez!
Faire feux , et puis veoir rancune !
Le Prince.
Qui parle?
La Commune.
La Sotte Commune.
Regardez moy bien hardiment.
Je parle sans sçavoir comment, A cella suis acoustumée; Mais à parler realement, Ainsjr qu'on dit communément , Jamais ne fut feu sans fiimée; Aucuns ont la guerre enflamée. Qui doivent redoubter fortune.
Le Prince.
Qui parie ?
La Sotte.
La Sotte Commune.
Le Premier Sôt.
La Sotte Commune, aprochez.
Le Second Sot.
Qu'i a il ? Qu'esse que cerchez ?
I. Poisons. Allusions, sans doute, aux cmpoisonnemens^ « aux trahisons dont on accusoit les princes italiens , le* Borgia en particulier.
La Commune'.
Par mon ame, je n'en sçay rien.
Je voy les plus grans empeschez^ Et les autres se sont cachez.
Dieu vueille que tout vienne à bien I Chascun n'a pas ce qui est sien , D'affaires d'aultruy on se mesle.
Le.Troisiesme.
Tousjours la Commune grumelle.
Le Premier.
Commune y de quoy parles tu i
Le Deuxiesmè.
Le Prince est remply de vertu.
Le Troisiesme* Tu n'as ne guerre ne bataille.
Le Premier.
L'orgueil des Sotz a abatu.
Le Deuxiesme.
Il a selon droit combatu.
Le Troisiesme.
Mesmement a mys au bas taille
Le Premier.
Te vient on rober ta poulaille?
Le Deuxiesme.
Tu es en paix en ta maison.
Le Troisiesme.
Justice te preste l'oreille.
Sottie. îjj
Le Premier.
Tu as des biens tant que merveille Dont tu peux faire garnison.
Le Deuxiesmb.
Je ne sçay pour quelle achoison A grumeller on te conseille.
La Commune {chantey.
Faulte d'argent, c'est douleur non pareille.
Le Deuxième.
La Commune grumelera Sans cesser, et. se meslera De parler à tort, à travers.
La Commune.
Ennuyt la chose me plaira.
Et demain il m'en desplaira; J'ay propos muables , divers ; Les ungz regardent de travers Le Prince, je les voy venir ; Par quoy fault avoir yeulx ouvers; Car scismes orribles, pervers, Vous verrez de brief advenir Gayectê.
La Conunune ne sçait tenir Sa langue
Le Troisiesme.
N'y prenez point garde.
A ce qu'elle dit ne regarde.
I. Roger de CoUerye, dans un de ses rondeaux . et Rabelais, ont aussi employé ce vers d'une chanson populaire. Voyez Œwfres de ColUrye, édit, elzevirienne, notes , pages 221 et 240. ^ '
324 Gringore.
La Mère Sotte ÇhahilUt par dessoubz en Mère
Sotte, et par dessus, son habit ainsi comme
P Eglise) «.
Sy le Dyable y devoit courir ■ Et deussay je de mort mourir Ainsi que Abiron et Datan, Ou dampné avecq[ues Sathan , .. Sy me viendront iiz^ secourir.
Je feray chascun acourir Après moy, et me requérir Pardon et mercy à ma guise.
Le temporel vueil acquérir Et faire mon renom florir.
Ha! brief, yela mon entreprise. Je me dis Mère Saincte Eglise, Je vueil bien que chascun le note; Jemaulditz, anatematise, Mais soubz l^habit, pour ma devise, Porte l'habit de Mère Sotte.
Bien sçay qu'on dit que je radotte .
Et çiue suis fol en ma vieillesse; Mais grumeler vueil à ma poste Mon filz le Prince, en telle sorte
I. Mère Sotte avoit un habillement particulier, Treconnoissable au théâtre , où elle jouoit , on le voit, un personnage de convention , personnage fécond en jeux de mots, en plaisanteries tirées soit du contraste, soit de Panalogie de son nom avec ses différens rôles. Toute la scène qui suit est basée sur cette donnée. Peut-être cet habit étoit-il porté dans la vie ordinaire, au moins dans les assemblées des Sotz, comme un insigne sérieux de son grade dans la corporation des Sotz, comme un vêtement respectable, honoré et représentatif de fonctions qui, ainsi que nous Pavons indiqué dans la préface, étoient, au fond, sérieuses, graves, dignes de considération.
Sottie. 22j
Qu'il diminue sa noblesse , Sotte Fiance:
Sotte Fiance.
La haultesse De vostre regnom florira.
La Mère Sotte.
Il ne faut pas que je délaisse L'entreprise; ains' que je cesse Cent foys l'heure on en mauldira.
Sotte Occasion.
Qui esse ^ui contredira Vostre saincte discrétion !
Tout aussi tost qu'on me verra Avec vous, on vous aydera A faire vostre intencion
La Mère Sotte.
Ça! ça! ma Sotte Occasion, Sans vous ne puis faire mon cas.
Sotte Occasion.
Pour toute resolution
Jetrouveray invention
De mutiner princes, prélat z.
Sotte Fiance.
Je promettray escus, ducatz
Mais 2 qu'ilz soyent de vostre aliance.
La Mère Sotte.
Vous dictes bien, Sotte Fiance, .