‹ Œuvres complètes de Gringore; (volume 2)Chapitre 144 sur 207 · Accordera · texte numérisé non relu

Accordera

2. Avoir rouges chapeaux, signifie aussi , dans le langage populaire, on se le rappelle, avoir la tête coupée.

Sottie. 231

La Mère Sotte.

Frappez de crosses et de croix.

Plate Source.

Qu'en dis tu , abbé de Frevaubc ?

Frevaulx.

Nous serons trestous cardinauix, Je l'entens bien à ceste fois.

Croulecu.

On y donne des coups de fouetz ; Et je enrage quant on me oppresse.

Mère Sotte.

Mes suppotz et amys parfaitz^ Je sçay et conçois que je fais.

De en plus deviser, c'est simplesse.

Je voys par devers la noblesse Des Princes.

Plate Bource.

• Allez, nostre Mère, Parachevez vostre mistère.

Mère Sotte.

Princes , et seigneurs renommez , En toutes provinces clamez , Vers vous viens pour aucune cause.

Le Seigneur du Pont Alletz.

Nostre Mère, dictes la clause.

La Mère Sotte.

Soustenir vueil en conséquence Devant vous, mes gentilz suppotz, Que doy avoir prééminence Pardessus le Prince des Sotz;

2)2 GrINGORE.

Mes vrays enfans et mes dorlotz, Alliez vous avecques moy.

Le Seigneur de Joye.

J'ay au Prince promis ma foy, Servir le vueil, il est ainsi.

Le Seigneur du Plat.

Je suis son subgect.

Le Prince de Nates.

Moy aussi.

Le General d'Enfance.

Je seray de son aliance

Le Seigneur de la Lune.

Nostre Mère, j'ay espérance Vous aider, s'il vous semble bon.

Le Seigneur du Pont Alletz.

Vella la Lune, sans'doubtance , Qui est variable en sustai|ce Comme le pourpoint Jehan Gippon^

I . Jehan Gippon (appellation dont on fit plus tard un seul mot , Jangipon} indiquoit un niais, un badaud, plntdt cependant un fou, un homme bizarre, qu'un idiot. Gringore montre qu'on pourroit appli(^uer ce mot à un homme variable, et je crois volontiers aussi à une sorte de mendiant folâtre et badin. Si le lecteur vouloit nous permettre une tentative d'étymologie , et nous pardonner cette folle entreprise à cause de rintérét historique qu'il y va trouver, nous dirions qu'on auroit tort de voir dans le mot gippon , jupon , un vêtement uniquement féminin , et de conclure que Jehan Gippon est un sot à la façon de ceux qui ne savent point porter les haats de chausses et laissent chanter la poule devant le coq, Gippon indiquoit une espèce de casaque courte ou de hoqueton un

riu en lambeaux, ou de robe déguenillée, rapiécée, et rapiécée la grâce de Dieu , avec des haillons de toute couleur. Noos

Sottie. 2}}

La Mère Sotte.

Serez vous des miens ?

Le Seigneur de Joye.

Nenny, non.

Nous tiendrons nostre foy promise.

avons toujours supposé qu'on avoit donné le nom de Jehan Gippon aux Écossob enrégimentés dans Tarmée firançoise; le mot gippon est bien, en effet, la désignation du kilt, de cette es^e de jupe que portoient et que portent encore les Highlanders : les couleurs variées de leurs habits et leur re~ nommée de niaiserie s'appliauoient fort bien au double sens du mot dont nous cherchons rétymolo^e, au double sens de variabitité et de badauderie. Quoi qu'il en soit de cette hypothèse, on comprend, par les explications précédentes, pourquoi Gringore dit : « Variable comme le pourpoint de Jehan Gippon » ; on saisit aussi facilement le jeu de mot sur pourpoint et gippon. Mais il est vraisemblable que les auditeurs de Gringore y voyoient plus encore, et que nous, à notre tour, nous y devons chercher une allusion historique, une plaisanterie lancée contre Ferdinand d'Aragon. Jdian Gippon étoit , en effet, au dire de du Bellay, le surnom que le populaire françois avoit donné à ce prince. Son royaume paroissoit fait de pièces et de morceaux; « il étoit, dit le Journal d'un bourgeois y publié par M. Ludovic Lalanne, roy de Castille, d'Aragon, d'Andolozie, Grenade et aultres royauhnes. » Cette annexion fréquente de nouvelles provinces avoit frappé les François , et, comme il avoit été leur plus habile, leur plus persévérant ennemi , ils avoient comparé son manteau royal , auquel il ajoutoit si fré<^uemment un nouvel ornement, à l'habit diversement rapiécé d'un mendiant. L'on sent combien dut être goûtée la plaisanterie de Gringore, parlant, à propos de ce roi, des couleurs variées du pourpoint de Jehan Gippon. Il avoit encore , aux yeux du peuple françob, un autre droit à ce sobriquet, un droit moral , pour ainsi dire : « il changeoit legièrement d'oppinion quant il y congnoissoit son avantage. » Là encore Gringore avoit oien rencontré quand il mettoit un tel personnage sous la direction des idées lunatiques , et qu'il nisoit allusion à la variabilité du pourpoint de Jehan Gippon.

2J4 Gringore.

La Mère Sotte.

Je suis la Mère saincte Eglise.

Le Seigneur du Plat.

Vous ferez ce qui vous plaira ; Mais nul de nous ne se faindra Sa foy, je le dis franc et nect.

Le Prince de Nates.

Le Prince nous gouvernera.

Le Seigneur du Pont Alletz.

De fait , on luy obéira , Son bon vouloir chacun congnoist.

Le General.

Je porteray mon moulinet, S'il convient que nous bataillons , Pour combatre les papillons ».

Sotte Fiance.

La Mère vous fera des biens Si vous vouliez estre des siens ; Par elle aurez de grans gardons >.

Le Seigneur de Joye.

. Comment?

Sotte Fiance.

El trouvera moyens - Vous deslyer de tous lyens.

Et vous assouldra par pardons.

1 . On nous excusera de faire remarquer ce jeu de mots assez fin et assez bien amené : papillon , partisan du pape.

2. Sans doute le mot guerdon, récompense, prononcé à la prisicnne et à la bourgeoise. Il y a là encore peut-être une intention comique et un essai de jeu de mots : gardon signifie une sorte de petit poisson.

Sottie. aj5

Le Seigneur de la Lune.

Elle nous promet de beauix dons Se voulions faire à sa plaisance.

Le Seigneur du Plat.

Voire, mais c'est Folle Fiance.

Sotte Occasion.

Nostre Mère, jpour bien entendre , Doit sur tous les Sotz entreprendre ; Vêla où il fault regarder.

Se le Prince ne luy veult rendre Tout en sa main , on peult comprendre Qu'el vouldra oultre procéder ; Et qui n'y vouldra concéder On congnoistra l'abusion.

Le Seigneur du Pont Alletz.

Vêla pas Sotte Occasion?

Le Seigneur de Joye.

Qu'en dis tu ?

Le Seigneur du Pont Alletz.

Je tiendray ma foy.

Le General.

En effect sy feray je moy.

Le Prince de Nates.

Au Prince je ne fauldray point.

La Lune.

En effect, à ce que je voy, Ma Mère , obeyr je vous doy, Servir vous vueil de point en point.

2)6 Gringore.

La Mère.

Je voys mettre mon cas à point , Je le vous prometz et afferme.

Le Seigneur du Plat.

Et dea ! quelle mousche la point ?

Le Seigneur du Pont Alletz.

Je n'entens pas ce contrepoint, Nostre Mère devient gendarme K

La Mère Sotte.

Prelatz, debout! Alarme! alarme!

Habandonnez église , autel ! Chascun de vous se treuve ferme !

L'Abbé de Frevaulx.

Et vecy ung terrible terme !

L'Abbé de Plate Bource.

Jamais on ne vit ung cas tel !

Croulecu.

En cela n'y a point d'appel , Puis que c'est vostre oppinion.

Sotte Occasion.

El veult que l'espirituel Face la guère au temporel, Et par nous, Sotte Occasion.

Le Premier Sot.

Il y a combinacion Bien terrible dessus les champs.

I . Il y avoit ici sans doute quelque changement de costume; la Mère s'alfubloit de quelque attribut de l'art militaire.

Sottie. 2Jj

Le Deuxiesme Sot.

UEglise prent discention , Aux seigneurs.

Le Troisiesme.

La division Fera chanter de piteux chans.

La Commune.

Bourgois y laboureurs et marchans Ont eu bien terrible fortune.

Le Prince.

Que veubc tu dire y la Commune ?

La Commune.

AfBn que le vray en devise , Les marchans et gens de mestier N'ont plus rien, tout va à PEgBse.

Tous les jours mon bien amenuyse , Point n'eusse de cela mestier.

Le Premier.

Se aucuns vont oblique sentier, Le Prince ne le fait pas faire.

La Commune.

Non , non, il est de bon affaire.

Le Deuxiesme.

Tu parles d'ung tas de fatras Dont ne es requise ne priée.

La Commune.

Mon oye avoit deux doigs de gras Que cuydoye vendre en ces jours gras, Mais , par Diei^ on Pa descryée >.

I. Allusion, par calembour, au décri des monnoies, mon oyty monnoie.

z}8 Gringore.

Le Troisième.

Et puis ?

La Commune.

Je m'en treuve oultragée , Mais je n'en ose dire mot.

Non obstant qu'el soit vendengéè , Je croy qu'el ne sera mangée Sans qu'on boyve de ce vinot.

Le Premier Sot.

Tu dis tousjours quelque mot sot.

Le Troisiesme.

El a assez acoustumé.

La Commune.

Je dis tout, ne m'en chault se on m'ot < , En fin je paye tousjours l'escot.

J'en ay le cerveau tout fumé ».

Le dyable ait part au coa plumé!

Mon oye en a peklu son oruyt !

Le feu si chault a allumé, Après que a le pot escumé, II en eust le sueur de nuyt !

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