‹ Œuvres complètes de Gringore; (volume 2)Chapitre 161 sur 207 · I. Êtres de la maison, domaine · texte numérisé non relu

I. Êtres de la maison, domaine

La Farce. 185

Raoullet.

Voy je pas bien ce que je voy !

DOUBLETTE.

Et que avez veu , Dieu mercy ?

Raoullet.

Ung gallant qui se part d'icy Qui besongnoit en mon ouvrage.

DOUBLETTE.

Je n'ay pas si lasche courage

Que vous cuydez , Raoullet Ployart.

Mausecret.

Il s'est retiré à Tescart Si tost qu'il vous a veu , mon maîstre.

DOUBLETTE.

Tay toy, Mausecret.

Mausecret.

Il peult estre Qu'il ne le faisoit pour nul mal ; Car il est si trescordial Qu'on ne vit onc de meilleur homme.

DOUBLETTE.

J'aymeroye plus cher estre à Romme Que vous avoir fait quelque tort.

Mausecret.

Ilz labouroient eulx deux d'accord Quant faire binet et tiercet :

Ma maistresse accoUoit, serroit; C'estoit merveille que d'y estre.

Raoullet.

Je dorray le cas à congnoistre j^ Au Prince des Sotz. '

284 Gringore.

dou blette.

Touchant quoy i

Raoullet.

Ha! j'auray vengeance de toy Tout maintenant; je sçais ton cas.

Mausecret.

Le Prince des Sotz n'y est pas,

Raoullet.

Quelq'ung a^ pour ce cas, commis.

Le Seigneur de Balletreu.

Qu'esse qu'il y a , mes amys?

Raoullet.

Nous ne venons pas pour ung peu.

Mausecret.

Ma foy, monseigneur de Balletreu , Hz sont soubz vostre seigneurie.

Le Seigneur de Balletreu.

Dictes moy qu'il y a , m'amye; Despeschez serez à deux coups.

Doublette.

C'est mon mary qui est jaloux.

Raoullet.

Par Dieu, je n'ay pas tort del'estre,

Mausecret.

El est bonne femme, mon maistre.

Et aussi vous estes bon homme.

Le Seigneur de Balletreu.

Or ça, ça, quejesaiche comme Vostre aiscord est advenu.

La Farce. 285

Raoullet.

Il est vray que je suis venu En ma vigne pour prouvigner, Doublette y faisoit besongner Des autres; ayez y regard.

Le Seigneur.

Que en dictes vous ?

Raoullet Ployart Tousjours tence , riotte ou grongne , Et est si lasche à la besongne, Monseigneur de Balletreu, qu'il laisse Ma vigneenfrische.

Mausecret.

Ma maistresse Dît vérité : il n'y sçait rien ; Et les autres besongnent bien.

Entendez vous, c'est pour empreu '.

Doublette.

La seigneurie de Balletreu Entretiens au mieulx que je puis.

Le Seigneur.

Quant à moy, d'opçinion suis , Puis que dictes qu'il est si lâche , Que y facez besongner en tasche ; Et si le dis par jugement.

Raoullet.

Monseigneur de Balletreu, comment L'entendez vous ? Je luy prometz

I . Stnpreu , tout d'abord , c'est le chef important de l'accusation.

286 Gringore.

La labourer bien désormais , Tant, qu'il n'y aura que redire.

Mausecret.

El ayme mieulx Faire que Dire ; Ne iaictes pas donc , ma maistresse ?

Ouy, par ma fDy.

Le Seigneur.

C'est sîmplesse D'en debatre. Sans plus enquerre Faîctes labourer vostre terre Hardiment, car ce n'est que jeu.

Doublette.

Certes , monseigneur de Balletreu , Jecongnois que à vous suis subgecte.

Raoullet.

Monseigneur de Balletreu , j'en jecte Ung appel.

Le Seigneur.

Il se videra ; Et toutesfoîs on conclura Que les femmes , sans contredire, Ayraent trop mieulx Faire que Dire.

Finis.

Pin du Cnr, Sottie, Moralité et Farce composa pir Pierre Gringoire dit Mère Sotte, et imprimé pour icday.

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