‹ Œuvres complètes de Gringore (volume 3)Chapitre 1 sur 208 · AU XVI» SIÈCLE · texte numérisé non relu

AU XVI» SIÈCLE

> es documens que la Littérature proî cure à l'Histoire doivent être accueillis avec précaution, presq|ue

; avec défiance, nous le reconnois-

> sons. Nous n'ignorons pas d'ailleurs que les oeuvres littéraires contiennent rarement des faits nouveaux, et quand, par hasard, il en est ainsi, nous savons que ces faits n'ont presque jamais une importance primordiale. De telles œuvres sont donc inutiles à l'historien pour établir les grandes lignes, pour donner des fondemens sûrs à un système large et nouveau. Elles n'ont pas la puissance d'attaquer de haute lutte les opmions reçues, et de triompher à la manière des faits, c'est-à-dire par leur apparition. On peut dire à la rigueur qu'elles n'offrent rien de général, presque rien ae positif, et, à première vue, elles ne montrent que des lueurs indécises.

Mais si elles ne sont point une synthèse, du

viij Gringore

moins mettent-elles la philosophie historique sur la voie des plus fins et des plus minutieux enseignemens; si elles n'existent pas par elles-mêmes — sUr la scène de l'histoire, cela s'entend, — du moins parfois indiquent-elles quelque point minime et important tout à la fois , telle petite circonstance inaperçue jusque-là et qui rempUt cependant le rôle de cette pierre mince , de ce morceau de ciment sans lesquels le monument ne sauroit être en équilibre. Elles apportent ainsi cette nuance du portrait sans laquelle l'homme est monstrueux , ce léger hasard, non mentionné par d'autres documens, qui seul néanmoins peut nous empêcher de trouver l'événement absurde; et elles sont quelquefois le dernier recours de l'historien qui veut lutter contre des préjucés dont un jugement droit et impartial lui a aémontré la sottise ou l'injustice.

Un labeur tout particulier est nécessaire sans doute pour rendre de cette façon les ouvrages . d'imagination utiles à l'Histoire ; il faut pour ainsi dire en extraire l'essence, les soumettre à un travail d'analyse , puis de généralisation, beaucoup plus long et minutieux que celui qui nous est imposé pour tirer parti des Mémoires. Mais là où ces derniers font défaut, c'est, comme nous l'indiquions plus haut, le seul moyen qui reste à la postérité pour ôter aux faits ce vague mythologique que l'éloignement leur donne toujours, pour rendre aux soldats et aux capitaines de la civilisation la part d'activité et de gloire que les généraux ont usurpée, pour faire, enfin, d'un • personnage un homme, et de l'Histoire l'Humanité.

ET LA Politique bourgeoise. ix.

Au commencement du XVIe siècle, les Mémoires, si communs au siècle précédent , manquent presque complètement. Diverses circonstances politiques, l'état de la société, la position de la Bourgeoisie, l'activité particulière de la France à cette époque, expliquent cette singularité, qu'il nous importe ici de constater seulement. A aucune date pourtant ce genre de document n'eût été plus utile. Quand nous pensons qu'^ cet instant même la Réforme se préparoit, que la Renaissance sortoit de son chaos et que le monde moderne entroit définitivement en scène, nous avons le droit de regretter tout particulièrement la lumière précise, les minutieux détails, la réalité nuancée, le méticuleux développement du cœur humain, le jugement contemporain, la couleur vulgaire, le dessin naïf, enfin tout ce que les Mémoires ont l'habitude de rechercher et de montrer à la postérité.

Cette époque importante est donc restée pour nous parsemée de mystères , difficile à comprendre, difficile à expliquer. Il faut reconnoître aussi que les historiens modernes, par une méthode peu sensée, par des préjugés d'école, et une sorte de mépris pour l'impartialité , ont été amenés à nous rendre la vérité moins aisée encore à rencontrer, moins aisée surtout à démontrer. Ils ont pris depuis un siècle leurs espérances, leurs fantaisies , leur fanatisme doctrinal pour le seul critérium de vérité historique ; et comme depuis ce temps l'histoire est abandonnée aux écrivains des écoles soi-disant philosophiques et libérales,, toute théorie contraire aux préjugés de ces écoles a été bafouée , tout renseignement , tout fait in-

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