‹ Œuvres complètes de Gringore (volume 3)Chapitre 123 sur 208 · L'ESPOIR DE PAIX · texte numérisé non relu

L'ESPOIR DE PAIX

Cor refis in manu Dei est; quocunque volaerit inclinabit iUud ( Prover. XX c. )

Ce traîné est intitulé l'Espoir de paix , et y sont déclarés plusieurs gestes et faitz d'aucuns papes de Romme, le-

3ttel traité est à l'honneur du trèschrestien Loys , ouziesme de ce nom, roy de France. Compillé par maistre Pierre Gringore.

L'Acteur.

[ememorant que la paix bien eurée {Entre princes cstoit tresnecessaire , I Comme on l'avoit maintes fois désirée 'Et qu'elle a eu bien petit de durée En l'Eglise , chascun sçait cest affaire , J'en ay voulu ung petit traité faire, Nommé l'Espoir de paix; à peu de pause On congnoist bien qui rompre paix est cause.

1. Petit in-8« gothique de 8 ff.; 26 lignes à la page. Au titre, les armes de France surmontées de la couronne fleurdelysée et entourées du conion de Saint-Michel. Des deux côtes , deux tiges de lys en fleur, entre les pieds desquels se trouve un porc-épic. — M. Brunet en signale une autre édition de 1 1 ff. non chiffrés , qui porte à la fin : Imprimé pour Gringore, le 8 février 1 5 10.

170 Gringore.

Se rEfjlise est au jour d'huy troublée Par le prince qu'on dit sacerdotal , Le deul qu'el a et dont el est comblée Vient du chesnc qui sa feuille a doublée ', Rompant la paix, d'ont est venu grantmal.

Noter devons aue le prince natal Saint Pierre esleut; celuy qui tient son lieu Sans armes doit régner en servant Dieu.

Bien cincj cens ans les papes ont régné, Qu'on elisoit , non pas à leur requeste, Mais yceluy qui estoit ordonné.

Jamais il n'eust trésor ny or donné ; Le Saint Esprit faisoit de luy enqueste; A la charge de luy coupper la teste Ou de mourir martyr, estoit fait pape ; Au temps présent pour argent on s'y frappe.

Les cinq cens ans d'après , les Pères saintz Amassèrent plusieurs biens à l'Eglise; Vers les princes se monstrèrent humains Et eurent d'eulx des héritages mains ; Les preservans et gardans 'en franchise , Songneusement servoient Dieu , sans faintise, De cueur parfaist en grant contriction ; J^chesse estaînt souvent dévotion.

Les cinq cens ans ensuyvant, les saintz Pères Ont, s'eslevans, leurs cueurs mondanisés, Accumulans villes, citez, repaires,

I. Les armes de Jules H sont un chêne dont les quatre branches s'entremêlent, ce que Gringore a indiqué par l'expression de doublée. Ce sont des armes parlantes; car la Rovère , nom de famille de Jules II , se traduisoit en latin Robonus , d'où le calembour avec rabur, chêne,

L'Espoir de paix. 171

Tacbans d'avoir toutes choses prospères Par leurs trésors assemblés , amassûês, Tant qu'ilz se sont tellement exaulsés Qu'ilz ont saisy le glaive temporel Contre raison et le droit naturel.

Or voyons nous mil cinq cens ans passez , Comme papes ont eu gouvernement ; Et peu à peu ilz se sont surhaulsés Par le mojen des lays > à eulx laissés Par les pnnces ; car veritablemeift , ' Quant ilz furent esleus premièrement, Ilz n'avoient de propre en quelque guise :

Le bien mondain met erreur en FEglîseï

Du bon Jésus , parlant à haulte voix Aux apostres , ay ce mot retenu :

t< Bon pasteur suis; car mes brebis congnois Tout aussi tost que je les os ou vojs, Et, me voyant, tantost m'ont recongneu. »

Mais une pasteur est au jour d'huy venu' Qui ses brebis descongnoist sans aoubtance.

Et si ont bien du pasteur congnoissance.

D'où vient cecy ? Aux sages m'en raporte , Et toutes fois je dj, vaille que vaille, Quant le pasteur si grande fierté porte Qu'au parc ne veult point entrer par la* porte Mais y saulter par dessus la muraille, Qu'à ses brebis fait cruelle baitaille Et prent plaisir les tondre jusqu'au sang :

Ung pasteur doit estre piteux et franc.

Le doubc Jésus, qui à tous cas pourvoye ,

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