I. Uitages
La Coqueluche. 191
Que en la ville ; telz gens tiens aux abboys : Qui craint les fiieilles ne doit aller au boys.
Jouer sur l'eau s'en vont en ses bateaulx Hommes , femmes , pour passer leur jeunesse, En ses ysles dessouoz verdoyans saubi ; L'un sur l'autre font secretz soubressaux , En se tirant à part hors de la presse; Par passe temps on prant peine sans ce^e A s'eschauffer; puis on veult avoir froit :
Tant que le fol reçoive, nul ne croit.
Il est des gens fondez en avarice Qui travaillent tant de jour (jue de nuyt, Et sont munis d'avoir, de riche office ; Mais ilz n'osent menger chose propice^ Pour substanter leurs corps ; se mal leur nuy t ; Telz gens laisse ; peste vient qui les suyt ; Leursoienslaissentdontleurcueurensouspire:
L'homme éviter doit de deux maubc le pire.
Par trop manger superfluité vient; Par trop jeûner il vient mainte feblesse; Attemprance mettre à son cas convient; En peu de temps l'homme change et devient Aultre qui n'a esté en sa jeunesse; Car il cuide, quant il est en vielesse, Faire en ce pomt que quant il estoit jeune :
Bon gré, maulgré le curé va au senne».
Le despiteux, qui est enflammé de yre, En s'eschauffant peult prendre tel courroux Par despiter aultruy et par mal dire ,
I . A la cloche, de signum; on disoit habituellement saint pour une cloche, et saintier pour celui qui les fondoit,
192 Gringore.
Voulant tousjours à raison contredire , Qu'il concrée en son estomach toux ; Quant par despit veult supediter tous Ses semblables, monstre sa felonnye :
Tel doit argent loyaument, qui le nie.
Les envyeux se meurtrissent le corps, Quant desplaisir prennent du bien d'autruy ; Hz s'eschauffent, aymans secretz discordz; De leur follye ne peuent estre recordz ; Trop d'envieux régnent pour le jourd'huy; Peu leur profite , quant ilz blasment celuy Qui ne leur fist nul desplaisir jamais :
Selon Phomme fault préparer les mes.
Il y en a qui ont esté pouilleux, Que*Fortune a bien hault eslevez Et gecté hors de danger périlleux, Qui du depuis ont esté orgueilleux; Mais froit et chault les a navrez, ^evez; Pour mon plaisir telles gens ay privez Boire et menger en s'absentant de table :
Tel s'excuse qui de vice est coupable.
Les médecins, qui visitent urines, Guérissans gens en temps et en saison, J'ay assailly, leur donnant disciplines.
En demonstrant qu'ilz estoient si tresdignes Qu'il me plaisoit visiter leur maison, AÏfin qu'ilz peussent prouver par vraye raison Ce que je fais dedens les cueurs humains :
Qui plus en sçait souvent en parle mains.
Dieu a voulu ceste peste muer En coqueluche, que est grant bien pour tous.
Là Coqueluche. 193
Je descouraige, mais nul ne vueil tuer;
Chacun se doit annuyt esvertuer
Ce mettre hors de son estomach toux;
J'ay assailly en Paris les jaloux
Et les jalouses par voyes aspres^ estranges :
Tous les cuideurs ne sont pas en vendanges ^
Gensqui se tiennent en maisons clos, couvers, Ne laissent point d'estre subgetz à moy.
Ils se couchent de costé, de travers, Sur l'estomach , puis tous platz à l'envers , Et si les metz tous les jours en esmoy; Hz ont saussoje, herbe vert, le beau moy, Mais toutesfois froit et chault les esmeult : La maladie va par tout où Dieu veult.
De fain, frayeur, femme , froit et de fruict , Se fault garder, tant comme le chault dure; Trop prendre peine le corps d'homme destruit ; La coqueluche bien souvent s'en ensuyt, Qui ne départ sans gecter force ordure, Iiîault boire, pour rafreschir l'ardure, Du vin qui soit avec eau tempéré :
En tous ses faiz fault estre modéré.
Se le chault est meslé parmy le froit.
Il s'en ensuyt ung terrible tonnoirre ; Le vent coulys, soit à tort ou à droict,
1 . Notez que c'est viande céleste , manger à desjeuner raisin avec fouace fraische, mesmement des pineaulz... et des foyrars pour ceulx qui sont constipez du ventre ; car ilz les font aller long comme un vouge, et souvent, cuidans peter, ilz se concilient, dont sont nommez les cuideurs de vendanges. » (Rabelais , livre i . ch. 2 j.)
Cringore,], 13
194 Grincore.
Faict eslargir le pannicule ^estroit; Ainsi y a une terrible ([uerre ; Lors est force de vuider vers la terre , .
Ou vers le ciel , les conduys empeschez :.
Marchans de foire trop ne vendez , lachez>
Tel marchandise ne se çeult enfermer ; A ung trompeur elle se baille à ferme; Force luy est souvent la deffermer; Car clistaires ou ung breuvaige amer La font saillir, sans heure ne sans terme;.
Ce qui estoit non mature , mais ferme Dedens le corps, en part par pourriture :
Variable est humaine nature.
Tous corps humains sont subgetz à fortune ; Les ungs sont riches, les autres n'ont de quoy * ; Le povre emporte tout autant de pecune Que le riche; la parolle est commune; Après la mort, s'en a faict le par quoy, On vit là sus avec Dieu , à requoy, Et les parens des trespassez debateht : [tent. Des biens d'aultruy plusieurs hommes s'esba-
Je suis venue pour corps purifier; Nul ne m'en doit donner le tort ou blasme , Car mon regnom je vueil emplifier Pour caterres et reusmes défier, Entretenant le corps avecques l'ame; En peu de lieux on m'imvoque, on reclame.
Car à plusieurs je fais perdre le goust :
Vivez, régnez, dominez; fin faict tout.