‹ Œuvres complètes de Gringore (volume 3)Chapitre 49 sur 208 · Le monde néglige même de prier Dieu · texte numérisé non relu

Le monde néglige même de prier Dieu

2. On comprend facilement ce simple et primitif jeu de mots, paix fourrée^ paix feinte, disent tous les dictionnaires, paix où les deux partis ont cherché à se tromper; paix/oiirrie^ ajoute Gringore, paix couverte de fourrures. Nous ne voyons guère que les traités de Grenade, novembre i^oo, ou de Lyon, avril 1503 , auxquels notre poète puisse faire allusion; jusqu'ici les historiens, les historiens François du moins, avoient affirmé que dans ces deux conventions, la politique françoise avoit agi de bonne foi, et que Louis XII avoit été absolument trompé par Ferdinand le Catholique. La paix fourrée de notre poète sembleroit indiquer la ruse et la mauvaise foi dans les deux parties. Cette insinuation de la part de Gringore s*appliqueroit mieux à la paix qui suivit les traités de Blois, 22 septembre 1 504. Il y avoit là des conditions trop contraires aux grandes traditions de la politique royale pour que Louis XII ne soit pas suspea d'avoir uniquement vonlu gagner du temps. Nous pensons cependant que les allusions des Folles Entreprises doivent se rapporter moins à Tannée 1 504 qu'aux années qui la précèdent. Ajoutons , pour contrarier les dictionnaires dans le sens qu'ils attribuent aux mots paix fourrée, que Jean d'Authon, au chap. )) de la quatrième partie de sa Chronique, donna cette çiualiiication au traité de Lyon , avril 1(03, et qu'il est loin de mettre en doute la bonne foi de Louis XII. Paix fourrée, pour lui, c'est simplement une paix qui n'aboutit pas.

a. Propertius : Paeis amor Deus est, pacem veneramur nmantes.

Les folles Entreprises. 59 Quî appète soûlas, repos, franchise S'en voile en l'air'», cabas ne la fault querre , Et luy semble que trop au monde on erre Quant on ne tient compte de fôy promisç.

Prins ce, pensez que aucunson auctorîse, Qui trop de biens, sans droit, veuUent conquerre , Par ainsi Paix hors des mondains se serre Quant on ne tient compte de foy promise.

L'Acteur.

Ceulx qui gardent ces vertus d'aprocher Près des princes, se doivent bien mauldire, Et leur doit on en tous temps reprocher Qu'il s'en ensuit vindication , ire.

Qui oseroit aux nobles princes dire Les defFaultcs de telz gens vicieux, A leur subjectz il en seroit de mieux, Mesmes à eulx, jà ne le fault celer; Mais le temps est qu'on n'en ose parler ^.

Fuyez orgueil, nobles, preux et gentilz<^; Chassez le hors, car je vous advertis Que de tous maulx c^est la souche et racine ; Voz bons amys rend subgectz et captifz ; Par luy se font plusieurs maulx excessifz.

De jour en jour on le congnoist par signe, Et ne povez y donner medicine Sans expulser pillars d'avec voz hommes; Autre raison, pour le présent , n'assigne Si non qu'estes mortelz comme nous sommes.

a. Proverb. XXV : Nubes et ventus et plavU non sequentes, vir gloriosus et promissa non complens,

b. Prov. XXVIIII : Qni timet hominem cita cornet,

c. Ecdesiast. , X : initium omnis peccati est superhia.

6o Gringore.

Considérons la puantur, Tordure , L'infection que chetif cors endure , De luy ne sort que putréfaction.

Cueur orgueilleux metl'ame à l'adventure; Remémorons nostre fresle nature «, Et que Dieu hajrt glorification Des corps humains, car à perdition, En la parfin, orgueilleux mondains vont, Quant, pour monter en exaltacion.

Desprisant Dieu, Folle Entreprise font.

Bcdade et supplication à la Vierge Marie ^ et

se pemt interpréter sur la Royne

de France.

L'acteur.

Trosne d'honneur et de magnificence^, Siège royal, triomphant en haulteur, Le pris, le choix des dames, l'excellence, Loyaulx Françoys te doivent faire honneur!

Ainsi que Hester, par treshumble doulceur, A son peuple obtint grâce planière , Peutz obtenir • une amour singulière , Principale, avec ton populaire.

Et luy rendre, pour pitance ordinaire^ Princes en paix, subgectz en assurance.

Lorsque Phebus gette sa reflfulgence

I. L'autre édition de 1 505 donne : peult obtenir, qui s'ex> pHque moins facilement.

û. Ecclesiast., X : Quid superbis, terra et cinis?

b. Psal., xxxxilll : Sedes tua Deus in seculum seculi, yirga directionis, yirga reg^i tui.

Les folles Entreprises. 6i

A Dyana donne clerté, couleur ^y Et la garde de cheoir en décadence, L'aifttorisant > d'une embrasée chaleur, Cela s'entend que c'est le conducteur 2, Que tu dépars ^ ainsi comme 4 aumosnière.

Qui te donne suffisante lumière Dont nous avons le payement et salaire, Pour le pays du royaulme de France*, Tant que voyons dedens France retraire Princes en paix, subgectz en asseurance.

Quant de l'amour du bien commun on pense Alkgé s est de toute sa douleur.

Là est requis pacience, prudence ^, Et chasteté, pour estre plus asseur ^ Avec l'escu 7 noble triumphateur,.

Que tu gardes ainsi que tresorière , Lequel mettons pour deffense et banière Dessus France, et le voulons bien faire

1 . Servant d'auteur, donnant la vie , la puissance à cette Lune par sa chaleur.

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