Sat, V, liv. I
raire, parce qu'il était poète; et il mérite que Da?e lui dise
avec à-propos :
Laudas Fortunam et mores antiqu» plebis, et idem. Si quis ad illa deus subito te agat, usque recases*.
« Tu vantes le bonheur et les mœurs des anciens jours : si quelque dieu voulait f y ramener soudain , tu refuserais bien vite. » Nous en sommes presque tous là; nous vantons le bon vieux temps sincèrement; combien de nous voudraient avoir vécu il y a deux cents ans plutôt qu'aujourd'hui? Horace aurait-il mieux aimé être le contemporain de Fabricius que celui de Mécène? J'en doute , et pourtant je ne lui reproche pas d'avoir vanté les vertus d'autrefois; Texcès de son admiration était salutaire : il faisait contrepoids à l'estime hyperbolique de ses contemporains pour eux-mêmes et à leur dédain pour le passé.
Aussi Horace, dans ses peintures , n'a-t-il jamais flatté la société romaine. Je disais plus haut qu'il aurait été un grand poète comique. Dans l'abaissement de l'art dramatique, ses satires ont été la vraie comédie de Rome, dont Rome elle-même était le sujet, et dont l'élite du grand monde romain était le public. Un de nos érudits les plus ingénieux, un écrivain très-distingué, qui a vécu de longues années dans l'intimité d'Horace, nous a donné l'analyse vive et fidèle de cette comédie < aux cent actes divers > dont Horace, dit-il, fait part à ses amis et à ses confidents, fidis sodalibus. Gomme M. Patin est au premier rang parmi ceux-ci, personne n'était mieux placé que lui pour nous expliquer le théâtre d'Horace : il a été admis dans les coulisses; et il me permettra de citer ici un fragment de son spirituel feuilleton :
« Que de personnages jouent un rôle dans cette comédie,