‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 111 sur 199 · Lettre xlv à Boileau · texte numérisé non relu

Lettre xlv à Boileau

séjour qu'il fit dans le midi de la France chez son oncle le chanoine, il employait à lire Y Odyssée les instants de liberté que lui laissait son admiration juvénile pour les belles dames d'Uzès *. Nous avons les remarques qu'il écrivait sur Homère. Jamais on n'a mieux senti les beautés naïves de l'Odyssée. Il les analyse, il les commente avec un goût infini; il cite les vers qui le frappent, et ce sont toujours les plus simples. Au livre premier, il admire Ulysse, « qui ne souhaite autre chose que de voir la fumée de son pays. » Il loue Homère de nommer tout uniment par leurs noms les instruments dont son héros se sert pour conduire un vaisseau. « Le grec, dit-il, exprime tout. » Les descriptions de festins, la rusticité et la précision de ces détails de ménage le charment. Mais son épisode favori, c'est celui de Nausicaa, tant raillé par Perrault. Pourquoi Boileau n'a-t-il pas cité cette page exquise de son ami, pour réfuter Perrault*? Personne, au xvn* siècle, excepté Fénelon peut-être, n'eut cette fleur de sensibilité littéraire. Mais ne reprochons pas au goût de Boileau de n'être pas, sur ce point délicat, plus avancé que celui de son siècle. Le siècle de La Motte n'a pas été plus homérique que celui de Perrault. On n'a compris Homère, en France, que lorsque Rousseau eut découvert la nature sur les bords du lac de Genève. L'Ile de France de Bernardin de Saint-Pierre , l'Amérique de Chateaubriand, l'Ecosse de Walter Scott, nous ont expliqué la Grèce d'Homère. Le meilleur interprète du génie, c'est toujours le génie.

On a critiqué le style de Boileau dans les Réflexions sur Longin, Il est lourd , a-t-on dit , grand défaut dans la polémique. Ce n'est pas la pesanteur que j'y reprendrai : même quand l'expression de Boileau manque de légèreté, sa

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