La Philosophie applicable, p
de Tesprit humain à l'égard des sciences naturelles et à ]*égard des belles-lettres, pourrait être un expédient convenable pour celui qui aurait deux Ames ; mais il ne peut servir de rien à celui qui n'en a qu'une ^ » L'esprit humain est un, et, en vertu de cette unité , il ne peut avancer dans les sciences sans avancer dans les lettres ; il est tout entier dans chacun de ses progrès. Voilà le dernier mot de Terrasson ; il ne pose pas de limite au progrès dans le temps, il n'en admet pas dans les choses. C'est, je le répète, le radicalisme de la perfectibilité. Condorcet n'ira pas plus loin. Avec l'abbé Terrasson, nous sommes remontés enfin de la question particulière d'Homère à la question générale des anciens et des modernes, et de celle-ci à la question du progrès. Il a manqué à Terrasson de sentir et de marquer le lien qui unit la théorie du progrès à la critique littéraire. On voudrait voir chez lui la question philosophique se dégager nettement de la controverse des anciens et des modernes ; mais ces trois questions, celle d'Homère, celle des anciens et des modernes, celle du progrès, se croisent sans cesse dans son livre, s'entrelacent et se confondent comme des fils qu'on ne peut démêler: partout la réfutation de Mme Dacier y trouble l'exposition du système ; partout le dogmatisme appesantit la polémique. Terrasson oublie la définition qu'il a donnée de l'écrivain habile: une montre à répétition qui ne sonne que quand on l'interroge*. Il y a deux honmies en lui, le philosophe et le critique, qui, au lieu de parler tour à tour quand on désire les entendre, parlent tous deux en même temps, et couvrent la voix l'un de l'autre. Pour expliquer avec plus de clarté la théorie de Terrasson, j'ai dû en rassembler les principaux traits épars dans sa préface et dans les divers chapitres de sa Dissertation sur F Iliade^ les compléter par quelques passages