Ibid. , p
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para à le défendre. Déjà il avait composé une Apologie en réponse à La Motte; mais, discret et modeste, il avait laissé Mme Dacier prendre les devants, et s*était interdit de combattre, par respect c pour un aussi illustre combattant. > Quand il vit La Motte refuser de rendre les armes à son adversaire, et publier la première partie des Réflexions sur la critique^ Boivin se présenta, mais plutôt comme un médiateur que comme un athlète, pour pacifier, non pour vaincre. Dans sa préface, pleine d*urbanité, il demande grâce à un homme du mérite de M. de La Motte pour quelques termes peu mesurés qui pourront lui échapper dans son livre (le doux Boivin se calomniait, ils ne lui échappèrent pas) ; et il réclame d'avance Thonneur de son amitié, une fois le combat fini. Un duel qui commence par la demande d'un embrassement mutuel ne peut pas être bien sanglant. Boivin, dans ses objections contre La Motte, se rencontre souvent avec Mme Dacier; aussi ne m'arréteraije pas longtemps à son livre, qui n'offre pas beaucoup de nouveauté. Mais à côté de Mme Dacier, quelle aménité et quelle mansuétude ! Boivin, par amour de la paix, prodigue des concessions que Mme Dacier lui reproche et dont La Motte le remercie; et Boivin se trouve doublement compromis, par le mécontentement de son alliée et par la reconnaissance de son adversaire. La partie la plus neuve de Y Apologie d'Homère est le morceau intitulé : le Bouclier d'Achille. Desmarets, Perrault et La Motte avaient attaqué cette admirs^le fiction d'Homère, alléguant qu'un bouclier ne pouvait être assez grand pour contenir une teUe suite de tableaux, que ces tableaux étaient mal choisis et sans rapport avec le poème, que des personnages sculptés ne pouvaient ni danser ni tenir des discours. Boivin démontre que le choix des images guerrières ou pacifiques du bouclier est parfaitement approprié au poème, que les paroles et les mouvements prêtés par le poète à ses personnages sont
admis sans effort par rimagination du lecteur, enfin que tous les tableaux peuvent être contenus sur le bouclier, sans qu*il excède quatre pieds de diamètre. La démonstration de Boivin, fortifiée par un plan qui représente exactement les divisions du bouclier, est une réfutation sans réplique des critiques de La Motte, de Perrault et de Desmarets. Mais plus elle est décisive, plus on s'étonne qu'elle ait été nécessaire, et que des hommes d'esprit en soient venus à prendre un compas pour mesurer le bouclier d'AcIiille. Grâce à Dieu, personne, au xix* siècle, en lisant le poëme de M. de Lamartine : la Mort de Socrate^ n'a récriminé, au nom de la vraisemblance, contre l'admirable description de la coupe où le prisonnier boit la ciguë, et où la main d'un artiste a ciselé l'histoire de l'Amour et de Psyché. La critique française, devenue moins tracassière, n'intente plus de ces petits procès. Ce que j'aime le mieux dans le volume de Boivin, c'est une fable en prose qu'il dit avoir tirée d'un manuscrit de la Bibliothèque royale, et qui est intitulée : le Datillier et la Courge, C'est une leçon de modestie donnée aux modernes. Une courge avait suspendu ses jeunes rameaux aux branches d'un vieux •» datillier. »• L'arbre qu'elle enlaçait lui demandait grâce ; mais la courge lui répondait avec insolence, et menaçait de l'étouffer sous le poids toujours croissant de ses feuilles et de ses fruits. « Quant ly Datilliers vit que la paix ne trouveroit avec elle, «E sy lui dist bien humblement : « Je vous prie, belle Dame « Courge, pour ce que je ne ouys oncques parler de yous, et c sy ay tant d'aage, que vous me dittes combien il a que vous « estes venue cy. — Certes, Datillier, dist-elle, il y a bien « deux mois et demi. » Adoncly Datilliers commença à rire tant grandement, que ce fut merveilles, et se commença à mocquer, truffer et rigoler de Dame Courge, et de faire lui grimaces et grant despit. « Sy , lui dist Dame Courge , Da- « tillier, de quoy vous ryez vous? Ne menez tel joye. — Par
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« ma foy, Dame Courge, ce dist ly Datilliers, vous m'avez « fait tant grant peur que bien pensoye estre perdu. Car « oncques ne vis monter chose tant hault en si pou de
< tems, ne venir en tant grant estât. Mais quand vousdittes
< qu'en pou de tems estes venue, je ne vous craing, ne riens c ne vous prise, et sy m'en ris. Car aussi en un bien pou « de tems vous vous en yrez'. »
La courge ne s'en alla pas si vite que le prédisait le datillier, et l'arbre vénérable de l'antiquité continua de ployer sous l'efTort des modernes, qui, comme La Motte, se moquaient de sa vieillesse et cherchaient à lui dérober ses fruits, ou, comme l'abbé Terrasson, méprisaient les fruits avec l'arbre. La Motte venait de publier la deuxième partie de ses Réflexions, l'abbé Terrasson travaillait à sa Dissertor tion sur VUiade, quand un autre modérateur s*entremit pour réconcilier les anciens et les modernes. C'était un ami de Mme de Lambert, un jésuite, un homme aimable et circonspect qui savait se ménager, et qui ne s'inquiétait pas trop d'avoir une opinion arrêtée, pourvu qu'il n'offensât personne; en un mot, un digne successeur du P. Bouhours, le P. Buffier. La marquise de Lambert l'invitait à s'entremettre entre La Motte et Mme Dacier. Le moment paraissait favorable, Mme Dacier ayant épanché toute sa colère, et La Motte se trouvant dans cette disposition clémente qu'inspire le succès '. Le P. Buffier ne se fit pas prier. Il caressait la pensée de présider à une réconciliation célèbre qui lui ferait grand honneur dans le monde, comme une belle cure à un médecin, ou une conversion illustre à un missionnaire. Il s'avance donc à pas comptés entre les deux champions, l'œil caressant, la bouche souriante, les mains tendues comme pour les réunir, et d'une