OEuvres de La Motte, t. I', p
lettres, mêlés aux luttes quotidiennes des idées et des partis. « Voilà la dispute finie entre Mme Dacier, M. Boivin et moi, et le fruit de notre dispute est une amitié sincère et réciproque dont ils me permettront de me faire honneur devant le public. Heureuses les querelles littéraires qui se terminent là! Le cours de la contestation instruit les lecteurs : ils y voient sous quels différents aspects on peut regarder les choses, et ils n'ont qu'à choisir, entre les raisons alléguées, les plus décisives et les plus convaincantes. Mais quand ils sont sufGsamment instruits par les raisons, il reste encore aux auteurs à donner une leçon plus importante : ils doivent montrer, en se réunissant de bonne foi, que la diversité des opinions ne doit jamais aliéner les cœurs ; que l'estime et l'amitié peuvent se soutenir au milieu même de la contradiction, et qu'il faut que les disputes des gens de lettres ressemblent à ces conversations animées, où, après des avis différents et soutenus de part et d'autre avec toute la vivacité qui en fait le charme, on se sépare en s'embrassant, et souvent plus amis que si l'on avait été froidement d'accord • . »
Ce sont là de nobles paroles, et dignes d'être écoutées. Si la diversité des opinions devait briser les amitiés, mieux vaudrait renoncer à la liberté de l'esprit qu'aux plus doux sentiments du cœur. Mais cette extrémité n'est pas inévitable, et pour conserver tout ensemble, même dans le feu des controverses, ses opinions et ses amis, il suffit d'être de bonne foi, et la bataille finie, vainqueur ou vaincu, d'être toujours prêt à se tendre la main et à s'embrasser.