‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 29 sur 199 · Horace, ép. ^ liv. H · texte numérisé non relu

Horace, ép. ^ liv. H

3. Horace pouvait à la rigueur passer pour un ancien aux yeux de Pau*

14 HISTOIRE DE lA QUERELI.E

Un autre argument d'Aper, c'est qu'en admettant qu'il y ait des anciens , rien ne prouve que l'ancienneté soit une supériorité. Le goût change avec le temps ; mais changer, ce n'est pas se pervertir. Les formes de l'éloquence varient, et cette variété peut être un progrès aussi bien qu'une décadence. Mais la malignité humaine ferme les yeux sur les mérites du présent et sur les défauts du passé. Les plus parfaits parmi les anciens n'ont-ils pas d'imperfection? Ici se place le jugement célèbre sur Cicéron , dont Montaigne a imité et exagéré la rigueur, rigueur naturelle peut-être chez l'écrivain gascon, qui aime le trait vif et concis, et qui chérit Sénèque ; mais étrange dans le dialogue latin, dont l'auteur imite sans cesse le style cicéronien qu'il t:ondamne.

Aper termine son discours par l'éloge des orateurs de son temps, notamment de Maternus et de Julius Secundus, dont le talent témoigne assez que la décadence moderne dont on se plaint est une illusion des esprits chagrins ou des envieux. Il n'y a pas de décadence ; il n'y a pas d'anciens ; il n'y a pas de modernes. Voilà le plaidoyer d'Aper. C'est à la fois un déclinatoire et une satire pleine de verve et de passion contre Cicéron et les écrivains du passé, à tel point que Maternus ne consent pas à reconnaître dans une philippique si vive la vraie pensée d'Aper ^ Il s'amuse, dit-il, à contredire. C'est un rôle qu'il s'est donné.

Messala, Torateur des anciens, se passionne moins et raisonne davantage. Il ne s'arrête pas à ce qu'il appelle « la controverse du nom, « c'est-à-dire à la question de savoir le sens de ce titre : ancien , et le nombre d'années néces-

teurdu Dialogue, qui, dit-il, assista k la conversation quMl raconte, étant très-jeune encore , admodum juvenis, vers la 6* année du rdgne de Vespasien, c'est-à-dire vers la 75* de notre ère.

1. Quam copiose et varie vexavit antiques, dit Maternus (chap. xiiv), et il ajoute : Ne ipse quidem tfa sentit y sedj more veieri et a vextris philotophis sxpe celebrato, aumpsit sihi contradicendi partes.

saire pour y avoir droit. Qu'on nomnoe nos devanciers des anciens , ou nos atnés, ou nos pères, qu'importe, pourvu que l'on avoue qu'ils ont été plus éloquents que leur postérité? Sans doute, Aper l'a dit, l'éloquence peut revêtir des formes diverses , et le bien admet la variété ; mais la variété se trouve aussi dans le mal. Ici , Messala ne se borne pas à peindre la décadence de son temps ; mais, selon le plan indiqué par Maternus, il en recherche les causes. Au fond, il n'çn indique qu'une : la décadence de l'éducation dans la famille et dans les écoles publiques. Mais il existe, on le sait, dans le discours de Messala, une assez longue lacune. Nous n'avons ni la tin de ce discours, ni le commencement de celui de Maternus , et , tout en admirant l'effort ingénieux de Brotier pour suppléer ce qui nous manque , je ne saurais conjecturer, comme lui, les arguments disparus de Messala *. Quant au discours de Maternus, l'idée principale qu'il renferme, c'est que de toutes les causes qui contribuent à la grandeur ou à la décadence de l'éloquence, la plus directe et la plus puissante, c'est l'état des institutions politiques et des mœurs. Sénèque avait déjà développé l'idée résumée de nos jours par un mot célèbre : la littérature est l'expression de la société; il avait admirablement prouvé que les lettres subissent l'influence des mœurs publiques, et reçoivent le contre-coup de leur décadence*. Maternus, étendant cette observation aux institutions politiques, montre comment, chez un peuple, la chute de la liberté entraîne celle de l'éloquence, et il trouve, pour décrire cette double ruine , des accents que Longin n'a pas affaiblis en les imitant'. L'éloquence est en décadence à Rome, parce que la forme du gouvernement a changé.

1. Supplementum Pialogi de ora^ribus, auctore Gabriel Brotier. Tacite, éd. Naudet.

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