‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 32 sur 199 · Sénèque, Questions ftaturelks ^ Hy. VU · texte numérisé non relu

Sénèque, Questions ftaturelks ^ Hy. VU

contemporain du christianisme, et c*est au christianisme que cette idée doit une conscience plus claire d'elle-même , une précision plus grande et sa diffusion dans le monde. On a commis une double erreur, tantôt en déclarant le christianisme incompatible avec l'idée de progrès , tantôt en le déclarant compatible avec l'idée de perfectibilité indéfinie. L'idée de perfectibilité indéfinie est contraire non-seulement au dogme de la chute, mais à l'esprit tout entier d'une religion qui représente la vie comme une épreuve, la souffrance comme un bienfait, la terre comme une vallée de larmes. L'espérance que l'homme arrive un jour à la plénitude du bonheur par le perfectionnement indéfini de ses facultés et même de ses organes est conforme peut-être à la religion épicurienne de quelques chrétiens de nos jours, mais elle aurait épouvanté la doctrine sévère de Bossuet. En régénérant l'homme déchu, le Christ lui a ouvert un chemin qui le rapproche du ciel, et lui a commandé d'y marcher : Soyez parfaits. Mais le Christ a parlé de la perfection morale, qui dépend de l'homme, et non de la perfectibilité indéfinie, qui dépend de Dieu. En étendant devant l'humanité cet escalier sans Un de l'éternel progrès, qui la mène jusqu'au trône de Dieu lui-même, la philosophie du dernier siècle et du nôtre a renouvelé le rêve altier du stoïcisme, qui égalait le sage à Jupiter. Mais le christianisme n*est pas le stoïcisme. Les stoïciens n'avaient pas devant eux la barrière du péché originel. Le christianisme a préparé la conception universelle de ridée de progrès, en rendant plus claire et plus complète celle de l'unité du genre humain , par la fraternité de tous ses membres; il l'a démontrée, pour ainsi dire, par un exemple vivant, l'exemple du monde chrétien, civilisé par l'Évangile, et supérieur au monde antique. C'est celte supériorité de la civilisation nouvelle qui inspirait le beau discours où Turgot, montrant comme l'esprit de caste et d'égoïsme de la société païenne, l'esclavage et la souveraineté

de la force, s'étaient évanouis devant la charité et l'égalité évangélique, mesurait l'intervalle immense qui sépare le vieux monde de l'univers chrétien*. Enfin, l'Église admet le progrès jusque dans l'immutabilité de sa croyance : c N'y a-t-il point de progrès dans l'Église du Christ? a dit saint Vincent de Lérins*. Il y en a, et même beaucoup; et qui serait assez envieux du bien des hommes, assez maudit de Dieu pour l'empêcher? Mais qu'il soit progrès, et non pas changement. 1 Cette idée du progrès au sein même de l'identité, c'est celle qu'exprimait Chateaubriand par l'image du cercle flexible ; c'est celle qu'un théologien célèbre de nos jours' désigne sous le nom, maintenant consacré, de théorie du développement; c'est celle, en un mot, dont le dernier dogme proclamé par l'Église est la solennelle et récente application. Mais en montrant par où le christianisme s'accorde avec le progrès, évitons de le faire trop complaisant, et tâchons de marquer nettement l'idée qu'il s'en est formée. L'écrivain qui Ta le mieux définie, c'est saint Augustin, dans la Cité de Dieu^. Ce livre est, pour ainsi dire, la théorie chrétienne du progrès : il contient l'original de la fameuse idée de Bacon et de Pascal dont je parlerai plus loin, et il est fondé tout entier sur le progrès du genre humain, tel que le comprend le christianisme. Depuis sa déchéance, l'homme a été précipité de la cité de Dieu dans la cité de l'enfer, par la faute

Page 1