‹ Œuvres complètes de H. Rigault (volume 3)Chapitre 38 sur 199 · Diseoun de la Méthode ^ l" partie · texte numérisé non relu

Diseoun de la Méthode ^ l" partie

volontaire, quand il nie l'utilité de l'histoire, du grec et do latin *, et il mérite que Voltaire , dans une de ses poésies les plus spirituelles, le prenne ironiquement au mot , et le caractérise par ce vers :

N'ayant jamais rien lu, pas même l'Évangile*.

L'un des plus grands disciples de Descartes, Malebranche, a poussé encore plus loin que son mattre le dédain de l'antiquité, n aurait dû se montrer plus indulgent pour les anciens, lui qui retrouvait si subtilement en eux les traits de son propre système , et qui citait un vers de Virgile : Purpuream vomit Ule animam^h l'appui de son opinion que l'âme peut être formellement rouge , parce que les sensations ne sont que des modifications de l'âme , et qu'une âme qui a des perceptions de rouge , de gris ou de bleu, est une âme formellement rouge, grise ou bleue*. Mais les contre-sens que fait Malebranche , pour mettre les anciens de son parti , ne le rendent pas plus clément pour eux. ïl prend tellement à la lettre l'idée de la table rase, qu'il voudrait se remettre en l'état où était Adam dans le paradis terrestre, avant l'arbre de science, bien entendu. Ne lui parlez pas de l'histoire grecque ni de l'histoire romaine. Descartes disait en montrant un squelette : c Voilà mes livres. » Malebranche renchérit encore : « Voici mes livres, dit-il, en montrant un insecte*. » Il appelle Platon et Aristote

L « H n'est pas plus du devoir d'un honnête homme de savoir le grec et le latin , que le suisse et le bas breton, et l'histoire de l'empire germain ou romanique, que celle du plus petit État qui se trouve en Europe. > (Ëd. Cousin, t. XI, p. 341.) Baillet raconte que Descartes, assistant à une leçon de grec donnée par Isaac Vossius à la reine Christine, avait dit à la reine : « Je m'étonne que Sa Majesté s'amuse à ces bagatelles. Pour moi, j'en ai appris tout mon saoul dans le collège étant petit garçon ; mais je me sais bon gré d'avoir tout oublié quand je suis parvenu & l'âge de raisonnement »

2. Voltaire, les Systèmes, — 3. Voir une lettre curieuse du P. de Ma»seiUes, de l'Oratoire, citée par Faydit, Bemarques sur Virgile et sur Homère y p. 389.— 4. Fontenelle, Éloge de Malebranche.

des rêveurs , il se moque d'Homère*, comme Perrault, et, à force d'accuser l'antiquité de barbarie , il pousse l'évêque d'Ayranches à nommer le cartésianisme « un barbare. »

Hais, comme il est naturel, à ce mépris du passé se joi- • gnentle sentiment de la grandeur du présent et la confiance dans l'avenir. Chez les novateurs, l'excuse de leur orgueil, c'est de croire au progrès , et de reporter sur l'avenir l'estime qu'ils refusent au passé ; ou plutôt c'est là une conséquence de leur orgueil même , qui veut dater de leurs découvertes l'avènement de l'esprit humain à la vérité. Descartes croit si fermement à la perfectibilité de l'espèce humaine, qu'à la fin du Discours sur la méthode , il étale presque la même confiance que montrera plus tard Condorcet. « Je m'assure , dit-il , qu'il n'y a personne qui n'avoue que ce qu'on sait en médecine n'est presque rien en comparaison de ce qui reste à savoir, et qu'on se pourrait exempter d'une infinité de maladies, tant du corps que de l'esprit, et même aussi peut-être de raflaiblissement de la vieillesse , si on avait assez de connaissance de leurs causes, et de tous les remèdes dont la nature nous a pourvus *. » Dans un fragment manuscrit de Descartes, cité par son biographe Baillet, nous retrouvons la pensée de Bacon : « Nous n'avons aucune raison pour tenir si grand compte aux anciens de leur antiquité. C'est nous, bien plutôt, qui sommes les anciens , car le monde est plus vieux aujourd'hui que de leur temps , et nous avons une plus grande expérience'. > Il est intéressant de suivre ainsi l'idée de

1. a Homère, qui loue ses héros d'être vîtes à la course , eût pu s'apercevoir, s'il eût voulu , que c'est la louange que l'on doit donner aux chevaux et aux chiens de chasse. »

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