Recherche de la vérité ^ Ut. II, partie II, chap. v
raveuglement , qu'un théologien opposait à la philosophie nouvelle : < C'est un paradoxe ridicule de s'imaginer que « les plus anciens aient été toujours les plus savants, par
< cette raison que le nombre des siècles augmente la cor-
< ruption générale de la nature humaine, et avec elle l'a-
< veuglement de la raison naturelle. Si cela était, il faudrait « qu'il y eût , avant le déluge , de plus habiles médecins , « de plus savants géomètres qu'Hippocrate, Archimède et c Ptolémée. N'est-il donc pas visible, au contraire, que les « sciences humaines se perfectionnent par le temps ? Je ne « daigne pas m'étendre là-dessus ^ .. . >
Mais de tous les écrivains qui se sont tour à tour essayés sur cette grande idée, celui qui lui a donné l'expression la plus complète et la plus éloquente , c'est Pascal , dans cette page admirable de ses Pensées :
« Les hommes sont aujourd'hui en quelque sorte dans le même état où se trouveraient les anciens philosophes, s'ils pouvaient avoir vieilli jusqu'à présent, en ajoutant aux connaissances qu'ils avaient celles que leurs études auraient pu leur acquérir à la faveur de tant de siècles. De là vient que, par une prérogative particulière, non-seulement chacun des hommes s'avance de jour en jour dans les sciences, mais que tous les hommes y font un continuel progrès , à mesure que l'univers vieillit, parce que la même chose arrive dans la succession des hommes que dans les âges différents d'un particulier. De sorte que toute la suite des hommes, pendant le cours de tant de siècles, doit être considérée comme un même homme qui subsiste toujours et qui apprend continuellement ; d'où l'on voit avec combien d'injustice nous respectons l'antiquité dans sa philosophie : car, comme la vieillesse est l'âge le plus distant de l'enfance, qui ne voit que la vieillesse dans cet homme univer-