RoDsardus maie barbaro
MoUes auriculas murmure vulnerat,
Dictus Francises pater Linguae. Quis modo non unius œslimet
Assis vendita millibus Ter dénis opici carmina Portei ?
Et jam , Perronide, jaces !
Jam Malherba, tuos Sequana parcius
Miratur numéros; fugit
no HISTOIRE DE lA OUEREI.LE
A ces gémissements de Santeul, à ce cri de triomphe de Commire, Desmarets se chargea de répondre en prose et en vers. Aux vers légers et fanfarons de Commire, il opposa ces strophes pesantes et superbes :
Nous qui, d'invention ayant nos sources pleines. Dédaignons de puiser aux antiques fontaines. Nous parlons un langage et plus noble et plus beau Que ce triste latin qu'on tire du tombeau. Sans l'aide ni des dieux, ni des métamorphoses , Ni de tout le ramas des célèbres écrits,
Toujours par de nouvelles choses .
Nous charmons les esprits.
iRonsard ne corrompit son génie élevé Qu'en imitant les enflures antiques; Sans les mots composés qu'il croyait magnifiques, Son vers serait plus achevé.
Oses-lu bien encor dire que de Malherbe On ne lit plus le vers si doux et si superbe, De Malherbe, dont l'art nous apprit à chanter
Avec pompe, avec élégance.
Sans afl'ecter la docte extravagance,
Et que tu devais respecter?
On le lira toujours, on voudra l'imiter. De Balzac l'éloquence et si noble et si pure
Charmera toujours l'avenir.
Et jamais par les ans les grâces de Voiture Ne pourront se ternir....
A Santeul, Desmarets essaya de démontrer en forme que la Muse latine ne méritait pas ses regrets, et, dans le
Laudatus populis Vetturium Upos;
Festino et nimium pede Chartas Balzacii deseruit Venus :
Sic mori placitum improbo
Traité dont j*ai parlé plus haut» il recommença, sur les traces de Louis Le Laboureur, un parallèle entre les langues anciennes et la langue française, où il refusait intrépidement aux unes toutes les qualités qu'elles ont, et prétait à l'autre celles qu'elle n'a pas. Ainsi le français, selon Desmarets, est de beaucoup supérieur au latin et au grec pour la richesse, la souplesse et l'harmonie. Le pis, c'est que l'outrecuidant critique ne peut juger l'antiquité sans faire de retour sur lui-même , et qu'il choisit sans façon dans ses œuvres les exemples qu'il oppose aux anciens. Pour prouver que la langue française égale la faculté imitative de la langue latine, il ose dire : «i Pour un vers de Virgile qui représente le galop :
Quadnipedante putrem sonitu qnatit ungula campum^
il y en a quatre dans le poëme de Clovis^ du cheval de la princesse Yolahde et de ceux de ses compagnes, qui ont tout ensemble et le son et le bon sens :
Le barbe impétueux, allège de sa charge, Fournit sa course entière, et, dans l'espace large, D'un pied libre et léger, fait cent tours vagabonds, Hennit de tons aigus, fait cent sauts, fait cent bonds*. »
Les vers de Desmarets sont ridicules ; son idée est fausse ; sa thèse sur la supériorité de la langue française est mal présentée, mal soutenue. Mais il n'en est pas moins persuadé qu'il l'a démontrée avec évidence. Laissons-lui
Fastidire, semel quod placuit, diu.
Ât certus Latiis honos Et Tani haud metuens taedia ssculi
Perstat gratia vatibus.
{Ad SanîoUum J. Commirius. Ex Santolii oper. omn. edii. lertia,)
1. Traité pour juger det poètes grecs j ItUins et français , chap. iv. — Clovis, liv. IV.
son erreur, et passons de la discussion philologique à la discussion littéraire ^
La vraie cause, à ses yeux, du respect exagéré qu*on professe pour les morts, c'est la jalousie qu'inspirent les vivants. Et puis, comme l'a dit Horace, notre vieillesse veut admirer toujours ce qu'admirait notre enfance. Pourquoi l'antiquité nous serait-elle supérieure? Le monde a-t-il donc dégénéré? Ici Desmarets s'inspire de l'idée de Bacon et de l'école cartésienne, et son style prend une noblesse inaccoutumée :
< Bien que l'antiquité soit vénérable pour avoir défriché les esprits aussi bien que la terre, elle n'est pas si heureuse, ni si savante, ni si riche, ni si pompeuse que les derniers temps, qui sont véritablement la vieillesse consommée, la maturité, et comme l'automne du monde, ayant les fruits, les richesses et les dépouilles de tous les siècles passés, et le pouvoir de juger et de proGter de toutes les inventions, de toutes les expériences et de toutes les fautes des autres ; au lieu que l'antiquité n'est que la jeunesse et la rusticité du temps, et comme le printemps des siècles, qui n'a que quelques fleurs. Et qui voudrait comparer le printemps du monde avec notre automne? C'est comme qui voudrait comparer les premières maisons des hommes avec les somptueux palais de nos rois. »
Ici Saint-Sorlin imagine une distinction ingénieuse entre les ouvrages de la nature et ceux des hommes. < La nature, dit-il, produit de tout temps des ouvrages parfaits: de tout temps il y a eu de beaux corps, de beaux arbres,
1. La querelle sur la supériorité de la langue. française continua longtemps après Desmarets. Bourzeys, le P. Lucas, Tabbé de Marelles, M. de La Chambre et l'avocat Belot, dont Ménage s'est moqué, y prirent part tour à tour. Goujet a donné la liste des ouvrages que cette controverse a enfantés (Biblioth. fr.y t. II). Le plus remarquable est celui de Charpentier : De Vexcellence de la langue française (1683), qui n'a pas été inutile à Perrault.
de belles fleurs. Les mers, les fleuves, le lever et le coucher des aslres ont été aussi beaux depuis la création ; mais il n*en est pas de même des ouvrages des hommes : ils ont commencé par être /mparfait^, et se sont perfectionnés peu à peu. Les ouvrages de Dieu ont été parfaits dès leur création, au lieu que pour Tinvention les hommes se corrigent les uns sur les autres, et les derniers sont les plus heureux, les mieux instruits et les plus parfaits, selon le génie que Dieu leur donne. *
Si Desmarets s'arrêtait là, ce serait à merveille; mais il parvient à gâter et à fausser sa pensée : < De tout temps, dit-il, les hommes ont eu des passions d'amour, de haine, de désir ou de crainte ; de tout temps ils ont raisonné, ils ont eu difiTérents caractères d'esprit, ils ont fait des narrations, des descriptions et des comparaisons, et ont même parlé en termes figurés. Tout cela de tout temps a pu être imité et décrit parfaitement, selon le génie et le bon sens de chacun. » Ne croirait-on pas alors que la poésie a pu de tout temps être parfaite, puisqu'elle consiste à peindre la nature, les passions et les sentiments des hommes? Non pas, répond Saint-Sorlin ; •« la poésie est une chose de l'invention des hommes, et la nature ne leur en a pas fourni des modèles. Il a fallu que des hommes aient inventé la manière de ranger des mots avec de certaines mesures pour en faire des vers, puis de faire diverses poésies selon les sujets , ou simples ou graves , puis des poésies héroïques pour représenter les grands faits des hommes. *
Saint-Sorlin réduit ici la poésie au matériel de la composition. Il est certain qu'il importe à la perfection de la poésie que la langue et la versification soient parfaites, que les genres soient distingués les uns des autres, que les règles de la composition soient observées; mais il importe bien davantage encore que le cœur humain, ce sujet éternel
de toute poésie, soit bien connu, pour être bien décrit. Saint-Sorlin n'a pas vu que cette connaissance profonde du cœur est la conquête des modernes ; loin de là, il admet que les sentiments humains, ayant été parfaitement connus dans tous les temps, ont été parfaitement décrits. Aussi se méprend-il gravement quand il veut tirer un argument en faveur des modernes de la révolution introduite dans le monde par le christianisme. Au lieu de montrer qu'en perfectionnant le cœur de l'homme , la religion chrétienne a perfectionné le modèle permanent de la poésie , et lui a offert de nouveaux traits à peindre, inconnus aux anciens, il oppose la vérité de la religion chrétienne à la fausseté du paganisme. Il développe cette idée que les poètes païens, tout grands génies qu'ils étaient, n'ont pu être aussi grands poètes que les chrétiens, parce que c'étaient les démons qui habitaient en eux et qui leur inspiraient l'erreur, tandis que c'est l'Esprit-Saint qui réside dans les poètes chrétiens et qui leur inspire la vérité S idée puérile, qui repose sur une confusion. Le fond de la poésie, ce n'est pas la vérité. La poésie n'est ni la philosophie ni la morale. On n'est pas nécessairement plus grand poète parce qu'on a le bonheur de vivre dans une religion plus vraie. Ce qui fait le grand poète, ce n'est pas la vérité des idées, c'est la vérité des sentiments, la beauté de l'imagination, la vivacité des passions, l'éclat du langage, toutes choses qui peuvent se trouver dans toutes les religions possibles. Gela n'a pas empêché l'idée de Desmarets de refleurir après lui; elle a reparu de nos jours, comme une découverte, dans la controverse sur le paganisme de l'éducation moderne. Ces arguments-là ne meurent pas, parce qu'ils ont un faux air
1. Voy. chap. xxii. « Un chrétien qui connaît la grandeur, les merveilles de la religion, et attribue à Dieu seul toutes les lumières, a mille fois plus (l'esprit et de jugement que n'en ont eu jamais les plus grands génies des gentils. »
de vérité qui suflU aux esprits simples , et que les esprits ^ rusés les tournent aisément en sophisme.
EnGn Saint-Sorlin donnait le premier Texemple de prendre corps à corps les poètes et de les mettre en parallèle, pour les humilier, avec les poètes modernes. Selon lui Virgile n*a pas d'invention. « Ses derniers livres sont si pauvres qu'ils ne sont point relus quand ils ont été lus une fois. » Il juge l'Enéide avec une telle sévérité que l'abbé de Marolles , indigné , lui reprocha de blasphémer contre le grand poète, « sans avoir d'autres titres que d'avoir fait un poème rempli d'aventures semblables aux livres de chevalerie, qui furent condamnés au feu par ceux qui voulurent guérir la cervelle blessée du chevalier de la Manchet » Ovide a de l'esprit, mais non de la délicatesse, il ne sait pas conduire ses sujets : < son grand livre des Métamor^ phases n'est qu'un ramas de pièces cousues ensemble, attachées par de fausses liaisons sans ordre, sans temps limité. Catulle a un beau tour de vers ; mais dans ses Noces de Thétis et de Pélêe, il oublie que c'est une robe qu'il représente , la robe de Thétis, et il la fait parler comme ne parla jamais une broderie. Silius Italiens et Lucain ont trop suivi l'histoire. Stace est assez plein de Actions dans sa Thèbaide; mais.
1 . Voy. la lettre de Desmarets à l'abbé de La Cliambre , au sujet d'un diicours apologétique de Vàbbé de Marolles pour Virgile. Paris, 1673. — Desmarets, pour se justifier, s'appuie sur un mot de Segrais, qui avait dit dans ses remarques sur le troisième livre de Virgile : « On ne relit pas le troisième livre de Virgile. * Desmarets répondit encore dans le Discours qui précède Clovis : « Sur ce qu'on se plaint que j'ai examiné et critiqué trop .sévèrement Homère et Virgile, et que, dit-on, leur grande réputation, confirmée par tant de siècles, devait me donner plus de respect d'eux, je réponds que je ne censure que ce qu'ils ont exposé eux-mêmes à la censure de tout le monde, et que je ne suis redevable qu'à Dieu de ce qu'il m'a fait naître après eux, et de ce qu'il m'a donné assez de sens pour connaître leurs défauts, sans que je puisse en tirer vanité, puisque ce qui est de la Grâce n'est pas de moi. v Voilà le Saint-Esprit directement responsable de la critique d'Homère et de Virgile. Étrange humilité que celle de
pour paraître magniûque , il s'est tellement enflé pendant quatorze ans qu'il dit avoir employés à la composer, que c'est une merveille comment il n'a pas crevé. » Desmarets n'épargne qu'Horace, Tibulle et Properce , on ne sait trop pourquoi, et il n'admire sans réserve que saint Grégoire de Nazianze, un poète chrétien qui a composé, dit-il, une tragédie du Christ souffrant, où il fait parler la Magdeleine ; c'est-à-dire que Desmarets, l'auteur d'une autre Magdeleine, se regarde comme le descendant en droite ligne de saint Grégoire. Mais le poëte contre lequel il concentre toutes ses forces, c'est Homère. Saint-Sorlin a deviné ce grand principe de la stratégie moderne que , dans les guerres d'invasion, il faut marcher tout de suite sur les capitales, et, dans son attaque contre l'antiquité, il a donné à ses successeurs l'exemple de courir droit à l'Iliade» la forteresse et la clef de toute l'antiquité.
Les reproches que Perrault et Lamotte accumuleront contre Homère, je les trouve déjà dans Desmarets. Le seul tort que celui-ci s'épargne envers le père des poètes, c'est de le traduire. Homère est un babillard qui répète sans cesse les mêmes choses : Achille aux pieds légers, Junon aux yeux de génisse, Apollon qui lance au loin les traits; épithètes oiseuses et ridicules. Homère viole à chaque instant toutes les bienséances. Ses comparaisons sont basses et intempestives. H compare Ajax, entouré d'ennemis, à un âne surpris dans un blé, et Ulysse s*attachant aux branches d'unflguier, pour ne pas tomber dans Charybde, à un juge qui descend de son siège à l'heure du dîner. H imagine des absurdités impossibles , par exemple des figures qui se meuvent et parlent sur un bouclier, comme si un métal muet pouvait se mouvoir, penser et parler. Quant aux dieux homériques, Desmarets en rejette la responsabilité sur Homère, comme si c'était Homère qui les avait inventés, et comme si son merveilleux n'éMR pas tout simple-
ment la religion de son temps et de son pays. Homère a été le théologien de la Grèee, je le veux bien, en ce sens qu'il a créé des images vivantes des divinités grecques; mais il n*a mis au monde aucun dogme. Les légendes s'offraient à lui toutes prêtes et toutes consacrées : il les a gravées en vers immortels. C'est de quoi Desmarets ne s'avise pas. Aussi s'égaye-t-il fort aux dépens de ce Jupiter « qui bat sa femme, qui mange, qui boit, qui dort pour soutenir sa vie éternelle, et ne peut dormir quand.il a quelque souci dans la tète. Et si je rapportais, ajoute-t-il, toutes les indécences, tous les discours et toutes les actions ridicules qui sont dans Homère et dans Yirgile , on verrait quelle est la force et l'imposture de la prévention que l'on a pour les anciens , et combien ceux à qui l'on ne pardonne aucun défaut doivent être plus parfaits. «
Desmarets n'est pas homme à glisser modestement sur ce dernier point. Il consacre un chapitre spécial à la gloire des modernes , et il dresse la liste des contemporains qui lui paraissent éclipser l'antiquité. Après ce qu'il a dit de Virgile et d'Homère, ce n'est qu'un mince compliment:
« Voiture, Sarrasin et Malleville ont infiniment surpassé tous les anciens en esprit fin et doux. Pour la grande invention avec jugement (il s'agit à mots couverts du poëme héroïque et du Clovis), c'est chose maintenant connue que les Français en ont beaucoup plus que n'eurent jamais ni Homère ni Virgile ; cela se peut voir par les poèmes et même par les romans qui sont si abondants et si merveilleux en rares aventures, en sentiments, en mœurs, en passions et en divers caractères bien soutenus, qu'ils peuvent être lus et relus sans jamais ennuyer le lecteur.... Pour ce qui regarde la noblesse des sentiments , il faut que les savants mêmes reconnaissent, après avoir vu les excellentes pièces de théâtre qui ont de ce temps ennobli
t la France, que jamais Tantiquité n'a rien fait d'approcliant en force, en tendresse, en délicatesse d'invention, de passion et de sentiments, et en toutes choses qui sont dignes d'admiration et d'étonnement, et que jamais ni Homère, ni Virgile, ni Sophocle, ni Euripide, ni Sénèque le tragique, ni Aristophane, ni Plaute, ni Térence, n'ont rien fait qui puisse être mis en comparaison. Pour ce qui regarde les figures, les comparaisons, la noble diction, et le beau tour des vers, Malherbe en a eu le premier le fort et judicieux génie et la belle audace, qu'il a inspirée et enseignée à Racan, à Lingendes, à Maynard et à ceux qui auront la force de l'imiter ; si l'on prend la peine de comparer les poêles anciens avec les premiers des nôtres, pièce à pièce, invention à invention, narration à narration, description à description, etc., les anciens se trouveront surpassés tu tout, si ce n'est en la diction et les descriptions des choses de la nature, où ils pourront être égaux. »
Nous avons vu que les choses de la nature, d'après Sainl- Sorlin, embrassent jusqu'aux sentiments, aux caractères et aux passions des hommes, c'est-à-dire le fond tout entier de la poésie. La diction n'en est que la forme. Si donc on voulait pousser un peu Desmarets, on le forcerait à conclure contre sa thèse, que, dans le fond et dans la forme, l'art antique est parfait. Mais je n'insiste pas. J'ai déjà signalé chez lui ce vice capital de son argumentation ; il ne doit pas nous faire^oublier les titres qui recommandent Saint-Sorlin à notre souvenir.
Le premier, c'est qu'il a fait passer de la philosophie dans la polémique l'idée de la supériorité des anciens sur les modernes. Remarquons en passant que cette idée entre dans la polémique avec le caractère religieux, plutôt qu'avec le caractère philosophique : car Desmarets se borne à indiquer la permanence des forces de la nature, tandis qu'il insiste partout sur le progrès que le christianisme a fait
faire à l'esprit humain. Habent sua fata : les idées ont leur destinée. Celle-ci arrive chrétienne dans la discussion, avec Desmarets. Il la baptise, pour ainsi dire, avant de la lancer dans l'arène; elle en sortira antichrétienne avec Condorcet. Desmarets s*en tenait au progrès intellectuel et moral de r homme par la Rédemption, c'est-à-dire, comme je l'ai montré au commencement de ce travail, qu'il restait dans l'esprit du christianisme. Condorcet aboutit à la perfectibilité indéfinie, c'est-à-dire qu'il sort du christianisme, en abattant la barrière qu'élève devant lui le péché originel, le dogme fondamental de la religion chrétienne.
Enfin Desmarets a entrevu l'idée de la perpétuité des forces de la nature, rompu avec la mythologie, pressenti la fécondité littéraire du christianisme, et donné le signal do la guerre contre les plus grands des anciens. Il est, par sa date, le véritable chef du parti des modernes. Mais il manquait de tact et de mesure, il compromettait par l'incohérence de son esprit, et rendait ridicules par son outrecuidance, les vues les plus ingénieuses et les plus justes. Sans études, à peu près étranger aux arts, il ne pouvait généraliser ses idées, et il a restreint son point de vue à la poésie, particulièrement à la poésie héroïque. Sauf dans les Délices (krespritf où il s'étend davantage, il s'enferme dans un seul genre, il n'embrasse jamais toutes les formes de l'art. Enfin, dans Saint-Sorlin , l'homme extravagant et l'écrivain médiocre ont fait tort à sa cause. C'est par ces raisons que, malgré son droit de priorité, ce n'est pas lui, mais Perrault que l'on a toujours considéré comme le premier des modernes. C'est à Perrault que Desmarets lui-même confia le soin de défendre la cause que la mort le forçait d'abandonner. Quelque temps avant son dernier jour, en 1675, il adressa à son ami une invocation en vers, qui avait la solennité d'une volonté dernière. Il lui représentait la France, implorant son appui pour la défense de la vérité :
Viens défendre, Perrault, la France qui t'appelle ; Viens combattre avec moi cette troupe rebelle, Ce ramas d'ennemis qui, faibles et mutins, Préfèrent k nos chants les ouvrages latins...
Alors, emportant l'espérance d'avoir un successeur dans sa guerre avec l'antiquité, il s'endormit en paix, comme Amilcar après avoir dicté à Annibal son serment de haine contre Rome.